"Profession: Reporter" est un film tellement profond et travaillé qu'il en deviendrait quasiment ésotérique. Que ce soit par ses intentions utopistes ou son ambiance très posée, Michelangelo Antonioni accouche ici d'une œuvre très personnelle et, me semble-t-il, particulièrement difficile à concrétiser. Mais je dirais, non sans amertume, qu'avant on savait faire des films, ou du moins que la tendance générale ne lorgnait pas encore du côté des superproductions "pompes à fric" plates et sans réelle saveur. Ce film fait honneur à sa décennie et reste encore en 2011 une référence dans le genre. Très bien conservé, novateur et osé, "Profession: Reporter" est avant tout une réflexion philosophique portant sur le vrai sens de la vie. La notion d'identités et ici disséquées à travers l'évolution douloureuse et semée d'embuches De David Locke, journaliste "Reporter" décidant du jour au lendemain de changer de vie en empruntant les papiers et l'identité d'un cadavre lui ressemblant étrangement. S'en suivent évidemment des complications plus ou moins hasardeuses, mais qui globalement nous amène à témoigner de la malchance constante de ce héros extrêmement discret. La dimension réflexive de cette œuvre s'accroit au fur et à mesure que s'étouffent les chance de David Locke de mener une "vie entièrement formatée et normale". Véritable Puzzle intellectuel, le film joue essentiellement sur les non dit, les suggestions cachées derrière une caméra sereine, dissimulées entre les piètres dialogues et les nombreux regards et gestes perdus entre deux plans. Et c'est clairement fabuleux et maitriser, de manière à ce que chacun puisse décoder et interpréter le film de sa façon, sans trop se sentir bridé par une trame trop visible. Cet univers subjectif et drôlement humain se retrouve à travers le jeu sobre mais totalement crédible de Jack Nicholson, à moitié pommé, à moitié déterminé... mais totalement aspiré dans les tourbillons dangereux de sa nouvelle et fausse personne. La feu Maria Schneider nous offre quant à elle un pur moment de mystère, à la fois naïve, calme et superbe. La vision intimiste que propose le film est évidemment renforcée (et embellie) par cette mise en scène suffocante de tranquillité, sachant néanmoins se montrer plus corrosive à temps voulu. La photographie est simple mais maitrisée et les caméras évoluent avec volupté dans des décors variés (et souvent dépaysants). Le célèbre plan-séquence final laisse le spectateur pantois devant un dénouement intelligent, étrange et encore une fois camouflé. Bref, du début à la fin, "Profession: Reporter" nous surprend et nous dévoile un charisme que les cinéphiles apprécieront sans nul doute. A la fois simple et philosophique, Antonioni nous tend là une bien belle et intrigante photo, dénuée du moindre cliché! 16.5/20
Que dire d'un film aussi magnifique, dense, jouissif, bouleversant que Profession Reporter ? Spoilers dans la critique.
Simplement qu'il s'agit probablement du meilleur film que j'ai pu voir jusqu'ici.
Le film est beaucoup plus à fleur de peau qu'on ne le dit, il offre un véritable témoignage de l'humain, et c'est à travers une mise en scène irréprochable, que Michelangelo Antonioni propose un message pessimiste, froid, juste sur la condition humaine.
David Locke, le personnage principal, n'est autre qu'un aveugle qui a recouvert la vue pour mieux la perdre. Bousculé par les hommes, par la routine, il a voulu chercher ce qu'il ne trouvait pas, l'inconnu, le danger, une raison d'être. Figure raciniennissime s'il en fût, le protagoniste interprété par un Jack Nicholson magistral, est victime d'une destinée tragique.
Presque mécaniquement, l'homme est enfermé dans une situation inconfortable. Rattrapé par un passé qu'il abhorre, répudié par un présent qui ne le veut pas, il aura finalement une destinée funèbre, au cours d'une scène-clé du film, un final prodigieux d'inventivité et de perfection technique.
Profession : Reporter renvoie à l'Eclipse, moins dans la réalisation que dans la reprise, mais non pas la redite, des thématiques essentielles de l'oeuvre. L'argent n'apparaît plus omnipotent dans l'objet de fascination qu'est Profession : Reporter. Cependant, le malaise reste au coeur des enjeux.
En témoigne une séquence symbolique d'une parfaite justesse (qui rappelle vraiment l'Eclipse), au cours duquel un ventilateur miteux ébouriffe Locke, qui croit trouver là un salut d'autant que le son du ventilo concorde avec le vol d'identité. Cependant, par ce procédé stylistique, Antonioni nous fait déjà percevoir que la tentative est perdue d'avance, vouée à l'échec.
Le monde court droit à sa perte, le cinéaste nous a prévenu.
Attention il ne s'agit pas d'un film sur le journalisme. Une fois ça dépassé on découvre Jack Nicholson déambulé d'une ville à l'autre, des paysages et des endroits très bien filmés toujours la caméra très bien placée. Le scénario aurait pu faire un très bon thriller mais ici c'est plutôt un sorte de road-movie contemplatif.
Subtil, envoutant, intelligent, fascinant. Voilà les premiers superlatifs qui me passent par la tête pour parler de ce film magnifique. Thriller psychologique superbement filmé et magistralement interprété par Mr Nicholson. A voir absolument et à revoir sans modération.
… Quand Michelangelo Antonioni filme l’Espagne, le Barcelone de Gaudi puis l’Andalousie, c’est magnifique, avec des images à couper le souffle. Malheureusement le scénario conçu en thriller est faiblard, plutôt ennuyeux et assez prétentieux… ça sent la grosse tête !
Technique exceptionnelle, un film d'Antonioni ne se raconte pas, il se vit. Eblouissement total, évasion hypnotique à travers un Nicholson totalement perdu, en quête d'une vie nouvelle à travers une nouvelle identité qui n'est pas sans risques. Le fameux plan séquence final est tout simplement hallucinant.
Faut le voir, juste pour le mémorable plan-séquence de fin qui restitue à lui tout seul la profondeur du questionnement métaphysique soulevé par le film dès son entame (changer d'identité mais dans quel but ?). Et Jack Nicholson, nouvelle prouesse.
A mon sens, le dernier très grand film d'Antonioni, dont la réalisation respire la maîtrise totale. Là où le film est particulièrement admirable, c'est dans sa facilité à nous faire comprendre l'état d'esprit des personnages, leur souffrance, sans la moindre parole, et ainsi de nous faire réfléchir aux thématiques du film naturellement, sans que l'on soit guidés ou orientés. Les toutes premières minutes en sont un brillant exemple: cette succession de plans absurdes des paysages arides, déserts, hostiles (superbement filmés d'ailleurs), le silence et l'austérité des personnages, totalement indifférents au journaliste; tout cela crée une atmosphère lourde et l'on comprend rapidement la lassitude que subit cet homme. Outre les grandes qualités esthétiques du film (une constante chez Antonioni), "Profession:reporter" est selon moi l'une de ses réalisations les plus profondes, un aboutissement dans sa quête réflexive. La souffrance de Locke, condamné à la banalité par un système dont il se résigne à accepter les codes (voir la scène de l'interview du président africain), pose l'éternelle question de la place de l'individu dans le monde qu'il entoure et de la douleur de vivre. La société enferme l'homme dans sa solitude, le réduit inexorablement à l'indifférence générale et celui-ci en souffre, ressent un manque et dans sa quête de liberté, cherche à fuir, à s'envoler (les superbes plans de Locke au-dessus de l'eau ou celui de la jeune fille dans la voiture, les bras écartés, en sont de superbes illustrations). Comme le disait Moravia à propos du film, Antonioni nous montre que ce n'est qu'en dehors de la société que l'homme peut vraiment exister. Mais l'extraordinaire plan final nous montrera les travers d'une telle démarche et nous rappelera que l'effacement de l'individu reste le travail de la mort.
L’histoire d’un homme qui saisit l’opportunité de changer de vie. Sur fond de guerre africaine dans un pays sans nom, la banalisation de la violence est évidente. Le journaliste devient l’objet d’une enquête. Peu de dialogues ou même d’action, tout ce passe dans la tête de l’ami Jack.
Il est des films qui vont bien au-delà des images qui sont données à voir; "Profession: reporter" est de ceux-là; miracle de cette prolongation du film par un ensemble de mouvements intérieurs profonds qui balaient la critique souvent entendue "le cinéma, c'est bien mais on y est entièrement passif". Dès l'entrée, on est pris comme dans un raz-de-marée au ralenti dont l'énorme vague n'en finirait pas de déferler: puissance méditative des images de cette Afrique au désert éternel dont le sable absorbe tout: les sons, les cris, les larmes, le sang. Le film va se dérouler au rythme lent d'une tragédie millénaire, celle de la recherche de sa véritable identité, de son moi profond. Journaliste en rupture de société, en rejet de son métier qui le contraint à des compromis voire des compromissions qui lui sont honteuses, Jack Nicholson campe bien son personnage mi-paumé mi-désabusé, en quête d'un sens à sa vie qu'il a perdu dans sa flatteuse carrière. Besoin de liberté, d'authenticité. Il va pour cela endosser une personnalité trouble et dangereuse et dans son errance rencontrera une jeune fille sans nom, sans passé apparent, sans amarres - excellente Maria Schneider, troublante de vérité et de sincérité, sans apprêt et sans fard, toute en regards retenus et pleins. Plus zen qu'un moine japonais, elle paraît pouvoir tout apaiser, tout résoudre, tout endurer: un genre d'éternel féminin dans un style taoïste - la femme est le ravin du monde". Le film est d'une lenteur mesurée, conséquente; l'image est simple et belle, les acteurs économes aussi. Peu de paroles, pas de musique: une sorte de minimalisme mais jamais ennuyeux, une invite au contraire à aller voir soi-même où s'ancrent tous les non-dits, les non-vus de l’œuvre. Bien que le sujet soit âpre et d'une violence contenue, on distingue dans une certaine nonchalance omniprésente le souffle des années 70 et de leur soubassement quêteur de sens, coloration philosophies orientales. On est à mille lieues du ciné fast-food, du commercial, du superficiel mercantile. Sous la lumière crue du Sud de l'Espagne, au rythme des vrombissements d'insectes et des jappements de chiens (en "off") , la scène finale est un bijou. Ellipse, dénouement, parabole, elle résume et sublime le film, instaurant la suprématie des coulisses sur la scène, de la profondeur sur le superficiel, du drame sur la comédie de la vie humaine. Film dans le film, sens dans le non-sens du monde - ce que précisément notre héros cherchait à fuir. Tout ce qui n'y est pas montré est soit suggéré par une bande-son porteuse de révélations, soit donné à penser au spectateur - décidément bien sollicité par ce film. Une bien belle fable finalement sur la difficulté à être soi-même dans un monde de faux-semblants (la vraie fausse interview d'un dirigeant africain tyrannique mais d'une politesse très lissée est à ce titre très révélatrice). Bravo et merci pour tout cela, Maestro!
Mon film de chevet, mon film culte. J'ai du mal à parler de ce chef-d'œuvre, de peur d'en trahir toute la richesse et la beauté. Comment ne pas penser à Rimbaud en le visionnant, à l'évocation de ce personnage, reporter en pleine ascension de carrière, qui choisit d'endosser l'identité d'un mort et de devenir trafiquant d'armes. Je est un autre donc, mais cette fuite se révèle vite sans issue. On n'a jamais filmé le désert de manière aussi belle, aussi vraie. Il se dégage de ce voyage vers nulle part une impression de mélancolie à mesure qu'on s'achemine vers son terme, qu'on devine tragique. Le terminus, un hôtel perdu au milieu de nulle part, au pied des arènes, pour un plan séquence qui est ce que j'ai vu de plus beau et de plus poignant au cinéma, au nom cruellement ironique qui rappelle le caractère dérisoire de toute existence humaine: hostal de la gloria.
Un très très grand film d'un très grand metteur en scène. Le film est envoutant, passionnant, troublant parfois et j'adore ça. J'adore ce genre de film qui laisse les spectateurs découvrir le film par eux mêmes, implicite, ce qui est de plus en plus rare de nos jours. Les acteurs sont superbes, Nicholson toujours aussi charismatique et impressionnant. La fin est impressionnante, l'une des meilleures scènes finales de l'histoire du cinéma, avec ce plan séquence incroyable, signature d'un grand metteur en scène. Un grand film.
David Locke est reporter pour la télévision anglaise. Alors quil est en Afrique pour tourner un documentaire, un homme lui ressemblant étrangement décède. David Locke décide, sur un coup de tête, de prendre lidentité de cet homme qui se révèle être un trafiquant darmes.
2h06. Ca ne parait pourtant pas si long. 2h06. 2h06 durant lesquelles les échanges dialogués entre les personnages se limitent souvent à 3 répliques de 2 lignes. Cest terrible à dire mais on sennuie. Effectivement on ne pourra jamais ôter à ce film le jeu dacteur, linventivité des mouvements de caméra, les décors très réussis...Mais on sennuie. Lénorme défaut de ce film reste donc la lenteur, parfois hallucinante et totalement inutile dans la progression dramatique (les scènes du début sont particulièrement longues), si progression dramatique il y a. On reste sur un statu quo durant les trois-quarts de luvre, tandis que certains éléments introduits par le scénario disparaissent comme par enchantement (que sont devenus les intermédiaire du trafiquant darmes ?).
En sortant de la salle, je tente de faire une synthèse : ai-je aimé, ai-je détesté ce film ? En fait je suis déçu. Les fondations du scénario sont excellentes, mais larchitecte sest trompé dans les étages... Dommage car la façon de filmer est elle une véritable leçon de cinéma. Comme quoi on ne peut pas toujours être entier sur tout.
Comme chez tous les grands auteurs il y a des thèmes récurrents chez Antonioni, l'identité ou les problèmes de communication. On retrouve surtout ce désenchantement car sous ses airs légers, Profession: reporter offre une vision complètement désabusé du monde. C'est l'histoire d'un anti-héros, David Locke, qui croit fuir sa vie en prenant l'identité d'un mort. Symbolique ou réelle la mort traverse chaque image, celles des archives où des africains sont exécutés, les siennes où les personnages ne semblent en rien rattaché à la vie. David Locke ( Nicholson grandiose ) change de vie mais reste incapable de retrouver une étincelle de vie, on apprend au fur et à mesure que ses espoirs comme ses rêves se sont dilués avec le temps. Le désert résume assez bien ça, le vide de ses relations comme son absence de volonté. Les hommes sont des coquilles vides semblent suggérer Antonioni, suggérer car ses plans sont des portes ouvertes à des myriades d'interprétations. Il guide notre intuition mais nous laisse façonner la morale de l'histoire, le sens. Le titre français mal retranscrit perd la force du "passenger", car c'est bien d'un voyage qu'il s'agit, les gens sont des passagers, physique et temporel, ils parcourent les lieux comme leurs propres vies, vite et sans influence. Malgré les trésors que déploient la nature (paysages magnifiques) c'est surtout à l'homme qu'on s'intéresse, seul et éphémère. Comme des moments d'éternité les films d'Antonioni restent gravés dans la rétine, et l'on ne finit jamais vraiment de les décortiquer.