On se souvient tous du très inutile Crime de l’Orient-Express, de l’affreuse bouillie numérique de Meurtre sur le Nil, alors on pouvait se demander l’utilité d’un troisième volet à cette relecture des livres d’Agatha Christie par Brannagh. Mais bon, donnons lui une chance avec un scénario original cette fois. Eh bien, c’est plus appréciable. En effet, même si la révélation finale n’est qu’à moitié inattendue, force est de constater que d’avoir une histoire inconnue aide beaucoup à apprécier le film, là où dans les deux précédents, le fait de déjà connaître la fin n’offrait même pas cet intérêt. L’histoire n’est pas hyper passionnante, la faute à un rythme un peu terne, à un manque de moments vraiment forts et à des personnages peut-être moins excentriques qu’à l’accoutumé. Elle n’en reste pas moins correcte et se laisse suivre sans trop de déplaisir, en particulier car elle lorgne gentiment vers l’horreur et le fantastique, un peu comme dans un bon Sherlock Holmes, ce qui, sans créer de suspense puisqu’on imagine le choix scénaristique, n’est pas déplaisant à l’occasion.
Les personnages comme je disais manquent d’excentricité pour vraiment emporter le morceau. Le casting est plutôt bon, avec même des acteurs de moindre envergure très talentueux (Jude Hill est excellent), Camille Cottin surprend agréablement, Kelly Reilly est radieuse, Kenneth Brannagh n’est toujours pas le Poirot le plus mémorable, mais ça passe. Pour les autres, c’est très correct, mais les personnages ont une écriture un peu plate. On est loin pour le coup des protagonistes du Crime de l’Orient-Express, et j’ai même envie de dire, on sent qu’on est dans un cosy mystery quasiment écrit d’aujourd’hui (l’adaptation de Christie est, parait-il, lointaine). Les personnages s’inscrivent un peu dans les clichés du genre, hormis l’enfant précisément, et ce n’est pas pour rien si finalement c’est lui qui retient le plus l’attention.
Visuellement le film est très au-dessus du précédent opus. Si les premiers plans de Venise font un peu peur, après c’est tourné en dur et ça fait plaisir. Le film sera toutefois surtout un huis clos dans un palace vénitien aux allures gothiques. C’est beau, la photographie a du charme, la mise en scène de Brannagh est convenable. Pour qui aime les ambiances gothiques, le film propose de quoi se satisfaire, avec cette atmosphère tempétueuse en extérieur. Il y a aussi quelques introductions fantastiques un peu fugaces mais appréciable et plutôt bien faite. Je ne peux pas dire que le film ne transpire pas ce côté un peu fabriqué par moment qu’avaient aussi les deux épisodes précédents, avec ce côté théâtral voulant que tous les objets soient bien à leur place dans un décor un peu artificiel par moment, ni qu’il y a des fulgurances de réalisation (un meurtre reste tout de même assez marquant, tant il arrive de façon surprenante et violemment), mais c’est bien fait et sans dégouliner de numérique. La bande son est correcte également, sans plus.
Pour ma part, Mystère à Venise est un honnête cosy mystery, assez beau et plutôt prenant. J’ai apprécié l’atmosphère, le scénario plus inattendu que de coutume, des acteurs convaincants. C’est un film ludique, qui divertira à n’en pas douter celui qui recherche un pur polar. Mais des amateurs de films d’ambiance, d’horreur, de thriller, pourront également apprécier s’immerger dans ce film sympathique. 3