Nous sommes allés voir Olivia un mercredi après-midi un peu morose, en famille, sans attente particulière, sinon celle de partager un moment ensemble. Ce qui devait être une simple sortie s’est finalement transformé en une expérience marquante, aussi bien pour les enfants que pour les adultes.
Dès les premières minutes, le film frappe par sa dimension sensorielle. Les sons, les images, les textures sont travaillés avec une grande finesse. On a presque l’impression de sentir les odeurs des aliments, de toucher les matières, de ressentir les ambiances. Tout est très incarné, très vivant, et surtout très accessible. Les enfants sont immédiatement happés par l’univers du film, sans effort, sans explication superflue.
Le scénario est bien écrit, fluide, et parfaitement dosé. L’histoire avance sans longueurs, les péripéties s’enchaînent naturellement, et le film sait rester à hauteur d’enfant tout en abordant des situations parfois sombres. Il faut le souligner : Olivia n’édulcore pas la réalité. Certains passages peuvent surprendre les plus jeunes par leur intensité émotionnelle, mais le film prend soin d’emmener le spectateur vers une conclusion porteuse d’espoir, sans facilité ni faux happy end.
Les personnages sont particulièrement attachants. Certains choix esthétiques peuvent diviser, mais ils servent un propos clair qui est d'éviter la caricature. Chaque personnage évoque quelqu’un que l’on connaît, ou que l’on pourrait rencontrer. Ils sont imparfaits, crédibles, humains et c’est précisément ce qui les rend touchants.
Le film raconte le basculement brutal d’une famille, autrefois relativement stable vers une vie de grande précarité, à la suite d’un décès et de difficultés professionnelles et financières. La vie d’Olivia, de sa mère et de son petit frère est entièrement chamboulée. Le récit alterne alors entre des moments très sombres et d’autres plus apaisants, car Olivia est avant tout un film sur les émotions, sur ce que l’on ressent quand tout s’effondre, et sur la manière dont on avance malgré tout.
Le film aborde avec beaucoup de justesse la tristesse, la dépression, l’imagination comme refuge, mais aussi le rôle trop lourd que peut parfois porter un enfant.
Olivia devient le pilier de sa famille. Elle soutient sa mère, s’occupe de son petit frère, cherche des solutions, crée des liens, noue des amitiés. Elle est arrachée à une partie de son enfance et contrainte d’endosser des responsabilités d’adulte.
Le film accorde également une place très juste au petit frère d’Olivia, confronté à cette situation malgré son innocence. Il subit les bouleversements sans toujours les comprendre, souvent tenu à l’écart des explications jusqu’au dénouement, et doit pourtant sacrifier son quotidien, sa stabilité et une part de son insouciance pour ne pas se retrouver seul et pour ne pas abandonner sa famille.
Le rêve des enfants d’aller en Italie devient alors particulièrement poignant : ils pourraient saisir cette échappatoire, mais ils refusent de partir sans leur mère, faisant passer le lien familial avant leurs propres besoins.
À travers les enfants le film montre avec beaucoup de délicatesse comment ils portent parfois des choix trop lourds pour leur âge, par amour et par loyauté.
Maman Fatou incarne la force féminine pure. Elle rassure, nourrit, protège et guide son entourage avec une présence constante. Elle ne se contente pas d’entendre, elle comprend et réagit, toujours avec justesse et bienveillance. Son fils reflète à la fois la fragilité et la résilience de l’adolescent confronté à l’adversité.
Dans ce récit, chaque personnage est à la fois central et secondaire : chacun est le héros de son propre film, et c’est cette richesse qui rend l’histoire si humaine et si profondément émouvante.
L’un des messages les plus forts du film réside dans cette idée : on ne peut pas tout contrôler, encore moins prévoir l’avenir. Ce qui dépend de nous, ce sont nos réactions, nos choix, notre capacité à regarder la réalité en face, même lorsqu’elle est injuste ou douloureuse. Se mentir ou cacher la vérité n’est pas une solution. C’est en acceptant la situation, en s’entourant des bonnes personnes, en prenant soin de soi et des autres, que l’on retrouve peu à peu une forme de contrôle sur sa vie.
La fin du film n’est pas un conte de fées. La situation reste incertaine, mais quelque chose d’essentiel est retrouvé : la capacité d’agir, de choisir, d’espérer. Et c’est un message extrêmement fort à transmettre aux enfants.
Olivia est une très belle surprise. Un film d’animation profondément humain, sensible, parfois difficile, mais toujours juste. À 32 ans comme à 7 ans, il est impossible de rester insensible aussi bien dans les moments de joie que dans les moments de douleur. C’est une expérience rare qui parle autant aux petits qu’aux grands. Je le recommande sans hésitation, précisément parce qu’il ose aborder des thèmes profonds avec sincérité, intelligence et humanité.