Depuis des décennies, la franchise Alien alterne entre gloires passées et tentatives de renaissance plus ou moins réussies. Alien: Romulus, sous la direction de Fede Álvarez, s’inscrit dans cette lignée avec une volonté manifeste de revenir à l’horreur pure, aux effets pratiques et à une atmosphère claustrophobique. L’entreprise est honorable, et le film parvient parfois à capturer l’essence du Alien original, mais il manque cette étincelle qui transformerait une expérience correcte en une œuvre marquante.
Visuellement, Romulus s’efforce de recréer l’ambiance pesante et industrielle qui a fait le succès de la saga. La station Renaissance est un décor réussi : sombre, froide, presque oppressante. L’inspiration du Nostromo et du jeu Alien: Isolation est évidente, et cela fonctionne. Chaque recoin semble imprégné d’histoire, chaque couloir suintant renforce la menace rampante qui rôde dans l’ombre.
Le souci, c’est que tout cela manque d’impact. La photographie, bien que soignée, manque d’un parti pris tranché qui marquerait les esprits. Là où Alien jouait avec les contrastes et les ombres pour créer une tension palpable, Romulus reste appliqué, mais sans jamais basculer dans l’audace. Ce n’est ni laid ni désagréable à regarder, mais c’est aussi dépourvu de cette identité forte qui a fait la renommée des premiers films.
L’un des aspects les plus problématiques du film réside dans son écriture des personnages. Cailee Spaeny fait de son mieux avec Rain, l’héroïne du récit, mais son arc dramatique manque de profondeur. Si elle est compétente dans l’action, elle n’a pas cette présence magnétique qui pourrait la faire entrer au panthéon des grandes figures de la franchise.
Le reste du casting oscille entre le correct et l’anecdotique. David Jonsson s’en sort bien en androïde, apportant une dose d’ambiguïté intrigante, mais ses enjeux sont sous-exploités. Les autres membres de l’équipage existent avant tout pour être les victimes d’un scénario qui ne leur laisse que peu de place pour briller. On ne s’attache pas réellement à eux, et leur sort nous laisse globalement indifférents.
Là où le film aurait pu surprendre, il choisit la sécurité. Aucun personnage ne se démarque véritablement, aucun dialogue ne marque durablement l’esprit, et même les tensions internes au groupe semblent mécaniques.
Là où Romulus réussit, c’est dans sa capacité à générer une tension progressive. Les facehuggers sont toujours aussi dérangeants, et certaines scènes parviennent à capturer une vraie intensité horrifique. L’utilisation d’effets pratiques apporte une texture bienvenue aux créatures, et le film évite la surcharge numérique qui avait plombé Alien: Covenant.
Mais une fois encore, tout cela semble calibré, prévisible. On retrouve les mêmes ficelles que dans les précédents volets : la lente découverte du danger, la traque dans les conduits, l’inévitable confrontation finale. Ces éléments fonctionnent, mais ils manquent d’inventivité. Là où Alien instaurait une peur viscérale et où Aliens électrisait par son rythme effréné, Romulus reste sage, trop fidèle à son cahier des charges pour vraiment surprendre.
Álvarez veut clairement prouver son amour pour la saga, et il le fait savoir à travers de multiples références aux films précédents. Si certaines sont habilement intégrées, d’autres paraissent forcées. L’apparition d’un certain androïde, en particulier, frôle l’exploitation pure et simple et ajoute un malaise qui aurait pu être évité.
Les liens avec la mythologie de Prometheus et Covenant sont également présents, mais ils semblent plus décoratifs que réellement significatifs. Le film veut plaire aux fans de la première heure tout en rendant hommage aux préquelles récentes, ce qui donne parfois une impression d’hésitation dans sa direction globale.
Alien: Romulus est un film qui fait le travail sans jamais briller. Il respecte la franchise, propose quelques bons moments de tension et affiche une réalisation solide, mais il lui manque ce supplément d’âme qui aurait pu en faire un incontournable. Trop respectueux pour oser l’innovation, trop académique pour provoquer une véritable frayeur, il s’inscrit comme un volet correct mais oubliable dans la saga Alien.
Un divertissement honnête, mais loin d’être un classique.