J’éprouvais une saine méfiance à l’endroit de ‘Alien : Romulus’, épisode intermédiaire, mal nanti question budget, à la gestation incertaine, dont on ne savait s’il avait été appréhendé comme un film de cinéma ou comme du simple “contenu”. Passons rapidement sur le fait que les personnages y sont des GenZ et qu’il m’est donc personnellement très compliqué de m’identifier à eux : cela n’influe pas sur le déroulement des opérations, on n’est pas dans une franchise “Young adult” et le fait que les humains n’aient ici ni expérience, ni compétences ni connaissances pour faire face aux xénomorphes est en fin de compte rafraîchissant : après tout, dans l’écrasante majorité des gros vendeurs du box-office, la problématique est inversée. On le ressent d’ailleurs également dans les hommages et références un peu trop appuyés à divers éléments des autres épisodes de la franchise, qui témoignent à la fois du présumé manque de connaissances du jeune public vis-à-vis des oeuvres plus anciennes, du goût (tout aussi présumé) des quarantenaires pour le clin d’oeil de connivence et de la crainte révérencieuse de Fede Alvarez face au défi de s’approprier un matériau aussi légendaire. Pourtant, on retrouve ici un élément essentiel qui avait déserté la franchise depuis longtemps, la volonté d’échafauder un huis-clos étouffant dans lequel des humains plus ou moins vulnérables sont confrontés à une créature véloce, intelligente, meurtrière et impitoyable. Certes, les codes de l’époque exigent que l’action soit plus rapide, moins contemplative, que la tension ait à peine de s’installer que la Meute passe déjà à l’attaque : comme n’importe quel vieillard, je préférais la manière dont les choses se déroulaient avant mais cela n’empêche pas ‘Alien : Romulus’ de parfaitement fonctionner sur ce nouvel-ancien mode, sans oublier que Fede Alvarez a tout de même concocté quelques idées qui devraient pouvoir rejoindre la liste déjà nombreuses des moment iconiques de la franchise. Certes, il est possible de prendre ‘Alien : Romulus’ en défaut de cohérence, mais…désolé de le révéler aussi brutalement à ceux qui auraient noté une physiologie ou des comportements peu conformes au canon des anciens films : en vrai, les xénomorphes n’existent pas. On peut aussi trouver que la rupture générationnelle est brutale et qu’il est compliqué de raccrocher mentalement ce qu’on voit au film de 1979, alors qu’il se déroule chronologiquement quelques années plus tôt…mais à tout prendre, je préfère un film modeste et perfectible mais concentré sur sa mission principale comme l’est “Alien : Romulus” que des ambitions cosmogoniques mal assumées qui débouchent finalement sur des superproductions aussi boursouflées et décousues que ‘Prometheus’ et ‘Covenant’ qui, en dépit de leurs ambitions théoriques, n’entretenaient plus qu’un lointain rapport pratique avec la saga. D’une manière ou d’une autre, même s’il ne s'agit nullement d’un chef d’oeuvre ou même d’un épisode qui fera date, “Romulus” est le film le plus “Alien” depuis l’épisode tourné par David Fincher en 1992, et quelque chose avec lequel on passera un bon moment à condition de ne pas rester trop arc-bouté sur le passé ni d’espérer en conserver des souvenirs profonds. Au fond, on pourrait en dire autant de n’importe quel ‘Star Wars’, ‘Star Trek’, ‘Predator’ ou ‘Terminator’ sorti ces quinze dernières années.