Audrey Ginestet a décidé de faire un film sur l'Affaire de Tarnac lorsqu'elle a vu la manière dont elle était traitée immédiatement après son déclenchement. La cinéaste a été choquée par l’emballement médiatique qui, parfois jusqu’à la diffamation, faisaient de ses connaissances (Manon est sa belle-soeur) des terroristes et de mauvaises caricatures de révolutionnaires. Elle précise :
"J’ai tout de suite pensé que j’étais au bon endroit, à la bonne distance pour raconter de l’intérieur ce qu’ils vivaient et qui n’avait à peu près rien de commun avec ce qui était exhibé. J’ai compris qu’un des principaux champs de bataille de cette histoire concernait les mots. Les mots qui les accusent, 'groupe à vocation ter- roriste, association de malfaiteurs, sabotage, manifestations violentes...'"
"Il y avait également les mots qu’ils sont accusés d’avoir écrits (L’insur- rection qui vient, signé du comité invisible, éd. La Fabrique), les mots avec lesquels ils et elles vont être capables de reformuler la situation, de se défendre et aussi les mots qu’ils ne disent pas."
Une des singularités du film est de ne pas suivre la dramaturgie classique pour évoquer ce genre de situation, avec, face à la manipulation politico-policière relayée par les médias officiels, une mobilisation des soutiens, le travail des avocats, etc. Audrey Ginestet précise :
"Je voulais éviter de simplifier l’affaire pour les besoins du récit. C’est aussi pour cela qu’il y a des registres d’images différents : j’ai tenté de rendre apparent le fait qu’il y a des zones d’ombres, des choses dont le film ne se préoccupe pas. Sans pour autant perdre le spectateur, je souhaitais lui faire sentir que cette affaire le dépasse, tout comme elle me dépasse et dépasse également les protagonistes du film."
Après avoir étudié la sociologie et le cinéma, Audrey Ginestet devient ingénieure du son, monteuse son et mixeuse pour de nombreuses productions radio, télévision et cinéma. Elle réalise deux courts métrages, Dokonan en 2004 et Spring Yes Yes Yes en 2012, ainsi qu’une websérie documentaire, Audiostories en 2016. Relaxe est son premier long métrage. En parallèle, Audrey est bassiste au sein du groupe Aquaserge.
Tout ce travail effectué par les inculpé(e)s sur les documents judiciaires, sur les mots ou encore sur les attitudes à avoir, est très éloigné de ce qu’on considère comme le fonctionnement normal de la justice, en particulier du côté de la défense. Audrey Ginestet confie :
"C’est également ce que m’ont dit des avocats en voyant le film : il montre l’appropriation du dossier d’instruction par les accusés eux-mêmes. Pour avoir suivi de près tous les rebondissements de cette affaire, je peux dire que la relaxe provient de cette appropriation – légalement réservée aux professionnels de la défense – par les inculpés."
Manon est le personnage central de Relaxe pour plusieurs raisons. Audrey Ginestet a ainsi vite découvert en la filmant qu’il se passait quelque chose entre ma caméra et elle : "Comme une vibration, un courant qui passe et qui peut toucher les spectateurs. Durant les 10 ans de l’affaire, Manon n’a fait aucune apparition médiatique, elle est restée en deuxième ligne, mais le moment du procès l’oblige à s’exposer et à redéfinir sa défense."
"C’est ce qui m’intéressait. Aussi, Manon tenait à ce que soient gardées des traces de ce combat afin que cela puisse servir à d’autres qui sont engagés dans des luttes semblables. C’est la raison pour laquelle elle a consenti à être filmée et a trouvé le courage de se montrer dans des moments de grande vulnérabilité", explique la réalisatrice.
Le film tel qu’il existe résulte d’un long processus. Audrey Ginestet a en effet beaucoup réfléchi en amont du tournage, mené des entretiens avec les inculpés et beaucoup lu : "Lorsque le tournage a commencé, j’avais un cahier avec un très grand nombre d’éléments qu’il me semblait importants de voir figurer dans le film."
"Encore fallait-il qu’il se produise quelque chose qui, en termes de rapports humains, d’émotions, de significations suggérées, advienne effectivement. Et, de manière un peu miraculeuse, ce que j’avais espéré pouvoir capter à un moment ou à un autre se trouvait dans les rushes", se souvient la cinéaste. Elle ajoute :
"Par exemple la scène du petit-déjeuner où il est question de la solitude de Manon, je l’avais souhaitée, mais je n’ai rien fabriqué. Cette préparation m’a permis d’anticiper d’où je devrais filmer et surtout de déterminer ce qui dans cette vaste affaire ne m’intéressait pas. Le montage a été assez long..."