Pakula ou Fincher ne sont pas loin
Bien que le belge Fabrice Du Welz réalise depuis 2004, je n’avais découvert son cinéma qu’en 2021 avec Inexorable. Avec ces 155 minutes de thriller, il frappe un grand coup. Belgique, 1995. La disparition inquiétante de deux jeunes filles bouleverse la population et déclenche une frénésie médiatique sans précédent. Paul Chartier, jeune gendarme idéaliste, rejoint l'opération secrète « Maldoror » dédiée à la surveillance d'un suspect récidiviste. Confronté aux dysfonctionnements du système policier, il se lance seul dans une chasse à l’homme qui le fera sombrer dans l’obsession. Quand le mot FIN apparaît sur l’écran, on s’attend presque à entendre résonner les accents lugubres du générique des Dossiers de l’écran qui firent la gloire et la grandeur de l’ORTF – puis d’Antenne 2 -, durant 24 années. Car il y aurait tant à dire sur tant de laideur, de lâcheté et de compromission face à l’innommable. Une vraie claque !
Le cinéaste avait vingt ans lorsque l'affaire Dutroux a éclaté : je pensais naïvement que le monde des adultes était un lieu rassurant et bien organisé. Et comme beaucoup de gens de ma génération, je me suis fracassé sur une histoire dantesque, avec de la rétention d'informations, de l'absurde, du ridicule, de la médiocrité, de la négligence. Mais pour porter cette histoire à l'écran, Il fallait trouver le bon axe, le bon regard, la bonne distance, sans jamais heurter les victimes. Aussi ce film reste-t-il une fiction. Car, en vérité, que suis-t-on exactement dans ce film. La transformation d’un jeune flic, plein d’illusions, un peu chien fou et qui, très vire, va se heurter aux dures réalités de sa fonction, à la guerre des polices – police, police municipale et gendarmerie -, aux ambitions des gradés qui ne pensent qu’à leur carrière, et aux magouilles politico-sexuelles des puissants… Bref, un bourbier dont on ne sort pas indemne. La fameuse affaire Dutroux ne sert que de toile de fond à ce portrait aussi passionnant que révoltant.
Ce film doit évidemment beaucoup à la présence inspirée du jeune Anthony Bajon, qui, comme plusieurs autres, confirme tout le grand bien qu’on pense de lui depuis 2018 et La Prière de Cédric Khan. Il est ici tout simplement formidable. Mais Alba Gaia Bellugi, Alexis Manenti, Sergi Lopez, ne sont pas en rets. Pour les seconds rôles, on a mis les petits plats dans les grands avec Béatrice Dalle, - pour une fois presque sobre -, Laurent Lucas, Lubna Azabal, Jackie Berroyer ou Mélanie Doutey. Emotion à fleur de peau dans un film qui nous prouve que le Mal est là, profond, indicible et dévastateur. Incontournable !