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Pierre Phdb
24 abonnés
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4,5
Publiée le 25 mai 2023
Un film remarquable, excellent.
Une jeune étudiante doit effectuer un stage. Stage qui conditionne son avenir, mais aussi la réputation de son établissement scolaire. Dans une société où la réputation le paraitre sont des valeurs. Son regard sera autre. Regard sur ce qu'elle voit, constate.
Film qui interroge sur le système coréen les limites de l'acceptation pour la sauvegarde d'une réputation.
Habituellement peu évoqué dans leur cinéma, le suicide est pourtant loin d’être anecdotique dans la société coréenne. Pour preuve, le pays a le taux de suicide de plus élevé de tout l’OCDE ! Cela serait en partie du à la culture locale, où la pression sociale impose de travailler dur et de réussir à tous les niveaux. Il faut se rappeler que c’est en travaillant d’arrache-pied que la Corée du Sud est passée en à peine quelques décennies du statut de pays sous-développé à celui de grande puissance économique… « Daeum sohee » aborde frontalement cette thématique, à travers l’histoire (inspirée de faits réels) d’une jeune stagiaire qui sera exploitée comme du bétail. Kim Sohee est une lycéenne, qui doit réaliser une expérience en entreprise. Son professeur est ravi de lui avoir dégoté un stage chez un gros opérateur de télécommunication. Mais une fois sur place, elle se rendra compte, d’une part, du cynisme de son métier. Qui consiste principalement à entuber les clients pour les convaincre de ne pas résilier. D’autre part, elle subira les affres des call-centers, à savoir manager envahissant, culture de compétition, et cadence infernale ! Tout le monde en prend ici pour son grade. La jeunesse broyée et exploitée par des entreprises peu scrupuleuses. Un système d’éducation basé sur des taux de réussite, où personne ne se sent responsable. Des parents déconnectés de la réalité. Des particularités de la société coréenne, mais pas que. Le volet sur les call-centers pouvant sans doute être transposé sans mal en Europe. Le tout filmé avec grande sobriété, afin de mettre l’accent sur la situation cauchemardesque et les dialogues parfois ubuesques. Et porté par deux actrices principales très talentueuses. spoiler: A ce niveau, le changement de protagoniste en plein milieu du film est relativement osé ! Un film classique aurait démarré avec la police retrouvant le corps de Sohee puis démarrant l’enquête.
Je regretterai juste quelques lenteurs dans la seconde partie. La première prenant en revanche aux tripes.
Plus qu'un drame social mâtiné de film policier About Kim Sohee est avant tout une charge brutale contre les dérives de la société coréenne et du monde du travail. Et d'ailleurs pas uniquement coréenne, le propos pouvant clairement être transposé (avec quelques ajustements) à nos société occidentales. Critique des sociétés capitalistes qui sacrifient littéralement l'humain sur l'autel du profit, About Kim Sohee interpelle avec un fracas pourtant silencieux. Car c'est le récit de vies brisées, mais aussi de révoltes étouffées par un système bien trop prégnant pour pouvoir s'en défaire. Où quand la résignation prend le pas sur les idéaux, où quand l'inacceptable devient la norme. Où la déconnexion totale des puissants jette dans le désespoir les autres avec une violence rare, car aux yeux de tous sans que personne ne s'en soucie plus que ça finalement. About Kim Sohee c'est aussi l'apogée de l'individualisme. En résumé July Jung nous donne à voir une grande partie des maux profonds de nos sociétés actuelles.
En ça About Kim Sohee est réussi, car il amène le spectateur à ce sentiment de révolte et en même temps de résignation. July Jung le fait intelligemment, elle prend le temps (peut-être un peu trop) de bien installer le cadre, les personnages, et de monter doucement mais sûrement vers un dénouement en 2 parties qui ne laissera pas indifférent. Le tout avec une sorte de douceur presque gênante d'une société si calme en apparence, qui cache de nombreux drames. En ne forçant pas sur le côté policier July Jung, ne perd pas de vue son propos principal qui est d'alerter et de dénoncer. Intelligemment construit et très bien porté par les différents acteurs (en particulier Kim Si-eun excellente dans un rôle difficile) About Kim Sohee nous emmène inexorablement vers un fin qui donne à réfléchir, ce qui en fait une réussite.
Drame social habilement construit, July Jung, dans un style complètement différent dénonce les mêmes maladies qui rongent nos sociétés que l'avait fait Bong Joon-ho avec Parasites il y a quelques années. Et si la Corée du Sud était le maître dans un cinéma critique et dénonciateur de nos sociétés actuelles ...
C'est un grand film social mais aussi un polar passionnant. Inspiré d'un fait divers, "About Kim Sohee" est une plongée au coeur de l'univers terrifiant des lycées coréens, des centres d'appel et de l'éducation nationale où règne la surenchère et où les élèves comme les employés sont traités comme des robots. Admirablement interprétée, l'oeuvre de July Jung brosse deux portraits de femmes magnifiques, l'une victime, l'autre résiliante, qu'une séance de danse fera se croiser rapidement.
D'après une histoire vraie, une vision cauchemardesque de la société sud-coréenne avec un monde de travail excessivement exigeant, un système d'éducation corrompu avec des élèves livrés comme de la chair fraîche et des relations humaines réduites au strict minimum. Le film comporte quelques longueurs pour décrire le calvaire de cette adolescente dans un centre d'appel mais l'histoire est forte et émouvante avec une enquête très prenante dans la deuxième partie. Un cinéma social très choquant et percutant.
Il y a peu de film pour lesquels j'attribue plus de 4 étoiles. About Kim Sohee en fait partie. Il parle de la misère sociale et des nouveaux esclaves engendrés par le système actuel et l'impossibilité de changer grand-chose à cet état de fait, car ce système est totalement verrouillé sur lui-même.. Il y a aussi deux portraits de femmes qui ont juste le tord d'être plus lucides que la moyenne pour leur bien, de gens au bord du burn-out dans une société où le seul mot d'ordre est "travaille ou crève !". Ce film fait partie des films qui dérangent (un peu) et qui touchent (beaucoup). Il parle aussi beaucoup des regrets que peuvent engendrer les situations a posteriori. Un film qui parle d'humains confrontés à des traitements violents, dégradants et inhumains. Actuellement le plus chouette film qui passe au ciné. Le cinéma asiatique est décidément beaucoup plus imaginatif et audacieux que le cinéma hollywoodien...
Le film est très clair et bien construit sur les failles du système éducatif, du travail, du constant besoin de performance. La première partie autour de Kim Sohee est assez dynamique et tirée par une bonne actrice. La seconde autour de l'inspectrice est beaucoup plus ennuyante et manque de contexte. L'inspectrice est assez insipide et on a du mal à bien comprendre son combat.
On se fait bien embarquer par cette histoire au cœur des tensions sociales et sociétales coréennes. Entre respect absolu de la séniorité, et sacralisation de l'éducation, le confucianisme n'a pas fini de faire des dégâts.
Bien plus sur le fond que sur la forme qui est assez quelconque
Mais j'ai rarement vu un film coréen qui égratigne autant le monde du travail et l'absurdité de la technocratie.
C'est un film sur la déshumanisation, l'aliénation en entreprise. Rien de plus parlant que de prendre le parti d'une jeune étudiante stagiaire qui va se retrouver emprisonnée dans un engrenage complexe, dans lequel chaque individu n'est qu'un pion malléable et remplaçable. Les fondements des cultures Est-asiatiques confucéennes basées sur le respect absolu de la hiérarchie sont pointées du doigt.
Mais le film est beaucoup plus universel dans le sens où il est adaptable a chaque société bureaucratique, dans lesquelles l'homme est soumis à un système qu'il ne peut contrôler, et ou la responsabilité des suicides liées au burn out n'est pas tant le fait d'individus et de managers , que d'un système qui s'auto protège.
Pris dans un engrenage, Kim sohee se retrouve à devoir choisir entre la peste et le choléra : un job qu'elle déteste, ou démissionner et être marquée d'une étiquette rouge qui l'a rendra inemployable.
Ici tout est affaire de réputation, de politique du chiffre, de banalisation du suicide. La flic apporte une lueur d'espoir, elle qui se prendra d'affection pour Kim au travers de ses vidéos, et qui sera la seule a essayer de bouleverser le système
Kim Sohee est une lycéenne passionnée par la danse. Durant sa formation, elle est envoyée en stage dans une plate-forme téléphonique dont l’objectif est d’empêcher les clients de résilier leur abonnement de télécommunication. Face aux pressions des managers, celle ci ne va pas supporter cette charge mentale et commettre l’irréparable. C’est beau, et bien réalisé.
Ce n’est pas la grande forme dans le monde du travail, et plus particulièrement dans celui des plateformes téléphoniques, là où des employés passent leur temps à tenter de convaincre des clients récalcitrants de prendre des abonnements ou de renouveler coûte que coûte, quitte à essuyer des insultes et subir l’agressivité de la part de clients mécontents et aussi des chefs.
Dans ce monde, impitoyable et déshumanisé où seules priment la logique capitaliste, les chiffres et la performance individuelle, les dégâts collatéraux sont parfois terribles et irréparables.
Dans son nouveau film, la cinéaste coréenne July Jung nous propose un récit en deux parties qui pose un regard sans concession sur la société coréenne, et plus largement sur le monde capitaliste et ses dérives.
Dans la première partie, on découvre comment une lycéenne en stage dans une société d’appels téléphoniques se retrouver livré totalement à elle-même. Dans la seconde partie, il est question d’une enquête policière, à travers laquelle la réalisatrice dénonce un système totalement perverti, où l’école, l’entreprise et les institutions sont liées entre elles de manière totalement absurde, où chacun, mécaniquement, est contraint à la performance, sans se soucier de l’aspect humain des choses.
A ce titre, About Kim Sohee, de par sa dimension presque documentaire, est un film édifiant et éclairant, presque didactique par moment, mais toujours dans le bon sens, n’oubliant jamais de raconter une histoire, aussi triste soit-elle, pour dénoncer un système pourri de l’intérieur.
Ultra libéralisme: négation de l'individu Ce film à la précision chirurgicale s’appuyant sur un fait divers relatif au surmenage au travail décortique la violence du modèle ultra libéral sud-coréen. Kim Sohee, étudiante d’une filière professionnelle, est une fille pleine de vie passionnée de danse type K-Pop. Son stage de fin d’étude avec embauche à la clé va se dérouler sur une plateforme téléphonique de service. Objectifs, mise en concurrence entre collègues, pression de la hiérarchie, discréditation, valeur de l’individu systématiquement rapporté à ses résultats chiffrés ; tous les éléments sont bien présents pour montrer la déshumanisation du travail et l’absence de sens des taches exercées qui finissent par broyer bon nombre d’individus. C’est la première partie.
Suivra une seconde partie, celle qui mènera l’enquêtrice à décortiquer le fonctionnement coercitif de l’entreprise de Kim Sohee, reflet de l’organisation même de la société sud-coréenne. Dans cette seconde moitié plus démonstrative et moins incarnée, l’enquêtrice décrypte les rouages d’un système éducatif et professionnel dévastateur ; l’individu est nié au profit de résultats et de tableaux Excel aux voyants verts. Lorsque le financement des écoles est fonction de résultats chiffrés, toutes les dérives sont permises, il est donné blanc-seing à toutes les entreprises peu scrupuleuses de légitimer ses pratiques. C’est terrible, car il est impossible de trouver soit un coupable ou même une loi, une décision ou structure responsable ; c’est un système prônant la logique de marché comme organisation des rapports sociaux qui est responsable.
Entre polar et drame, ce film distille un malaise de bout en bout comme le cinéma sud-coréen sait si bien le faire. Ne seraient-ils pas des lanceurs d’alerte pour nos sociétés occidentales que l’on conduit insidieusement vers ce type de modèle ?
Même si la deuxième heure est didactique, c’est une claque qui doit nous pousser à être vigilent.