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Simon Bernard
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3,0
Publiée le 14 avril 2023
Une lycéenne Coréenne est placée par son école dans un centre de service client pour son stage obligatoire afin de valider son diplôme. Le travail est difficile, la jeune femme a un caractère fort et un drame en suit un autre jusqu'à la catastrophe. Une inspectrice se donne pour mission de comprendre et dévoiler les coulisses de la tragédie. En salle le 5 avril.
spoiler: About Kim Sohee est divisé en deux parties distinctes : avant et après le suicide de Kim. Là où le début nous montre à travers les yeux de la personnage les travers d'une société coréenne basée sur le travail, la réussite professionnelle et ne pas faire de vagues, la fin cherche à expliquer la machine. Verdict : le problème est structurel et insolvable à l'échelle de la policière, aussi déterminée soit-elle. Le film est assez réussi et parvient à indigner son spectateur mais il pourrait le faire dans un temps plus réduit.
Récompensé à Reims Polar du prix du jury, le deuxième long-métrage de July Jung s’inspire d’un fait divers marquant qui a fait changer la loi coréenne sur l’encadrement des stages. Construit en deux parties symétriques, d’une durée à peu près équivalente, le film prend le temps d’installer son personnage éponyme et de construire sa machine à broyer professionnelle, puis d’introduire un nouveau personnage féminin central qui va petit à petit opérer la déconstruction de ce système. Ce schéma narratif très clair et bien pensé demande une certaine durée, mais à aucun moment nous ne risquons l’ennui ou le décrochage. L’horreur nous est révélée sans esbroufe, sans effet grandiloquent aucun, dans une mise en scène remarquable par sa sobriété, un montage classique, une volonté de rendre la caméra neutre et presque invisible, de donner cette impression quasi documentaire, quand en réalité tous les choix ont dû nécessiter une grande réflexion pour produire cet effet oppressif : les écrans en gros plan qui paraissent immenses, le brouhaha permanent de la batterie de stagiaires répondant simultanément aux appels, les vibrations du portable qui ajoutent à la pression, les regroupements dociles des jeunes femmes au look très similaire, face à l’imposant tableau chiffré. Dès que nous entrons dans l’entreprise, nous ne voyons plus des individus, mais une masse dans laquelle chacun et chacune est considéré comme un numéro remplaçable, corvéable à merci, manipulable via la promesse de primes qui ne viendront jamais.
Les rares scènes où certaines co-stagiaires de Sohee acquièrent un peu d’individualité se situent généralement en extérieur, sur le parking, lors d’une courte pause, ou à des moments où la tension culmine et vient créer une brèche dans le système, le plus souvent quand quelqu’un finit par craquer. Mais au-delà de l’organisation du centre d’appel, la cinéaste dresse le portrait de toute une société obsédée par la réussite sociale et incapable d’entendre le mal-être de ses enfants. Tous et toutes sont des maillons de la chaîne qui conduit au drame : les professeurs qui font peser sur chaque élève le poids du rang de leur école et des possibilités offertes aux cohortes suivantes, les parents qui transmettent la « valeur travail » et n’ont eux-mêmes pas le temps et l’énergie de se soucier du bien-être ou des passions de leurs enfants, les conditions globales de vie des couches prolétaires de la population qui se sentent en permanence acculées, les jeunes pris dans la compétitivité et la cruauté d’un système où chacun(e) doit lutter pour survivre, laissant peu de place à la solidarité.
Symboliquement, le film oppose le poids des nombres, présents partout, sur les murs de toutes les institutions publiques ou privées, qui envahissent l’espace et sont opposés à toute revendication humaine et indépendante, qu’elle soit formulée par Sohee (Kim Si-eun) ou par l’enquêtrice (Bae Doona), mais aussi dans le logiciel qui permet à chaque stagiaire du centre d’appel de voir en temps réel son taux de réussite, à l’expression artistique libératrice qu’éprouvent les deux femmes, mais aussi certains personnages secondaires, via la danse. « Pourquoi dansait-elle ? », s’interroge à un moment la détective, comme si chaque action devait avoir un objectif, répondre à un but.
Superbe et triste histoire du destin brisé d'une adolescente face à une société sans humanité, à l'exception d'une policière inspirée. Un trés beau roman filmé et joué avec grande maîtrise. Un exemple pour notre cinéma...
une œuvre puissante , sociale et politique. un film bouleversant construit en deux actes autour de deux héroïnes victimes d'un système mafieux d' esclavage moderne, interprétées par deux actrices formidables .
Ce deuxième film de la très prometteuse July Jung dénonce l'exploitation des stagiaires scolaires par les entreprises coréennes.
Il met en avant l'absurdité de la compétition étendue à toutes les sphères de la société : compétition entre les employés d'un même centre d'appel, entre centres d'appels, entre écoles de formation, entre académies, etc
Une pression sociale généralisée susceptible de broyer les plus faibles, mais aussi certains des plus solides. Un des points forts du film est d'ailleurs de s'attacher au sort d'une vraie combattante, qu'on ne s'imagine pas craquer facilement.
Le mécanisme d'humiliations successives (on pense aux Dardenne) de la première partie du film est assez éprouvant, mais son effet est contrebalancé par la deuxième partie du film, que la présence de la toujours rayonnante Doona Bae illumine.
Cette deuxième partie fait toute la qualité d'About Kim Sohee, en variant et en approfondissant les points de vue. La façon dont la policière s'approprie le destin de la jeune fille devient le coeur vibrant du film.
Confier à des étudiants des stages sans rapport avec leurs études, intégrez-les à votre personnel, mettez tout le monde sous pression en compétition, gérez-les par Excel et vous avez réunis les conditions de la démotivation d’une jeunesse vite dépressive faute d’être revancharde qui s’évade dans l’alcool Pour un peu, nous sombrerions avec les deux actrices principales dont l’interprétation, exceptionnelle de justesse et d’intensité, nous entraine. Etes-vous certain que ce problème n’est que Coréen ?
Réalisation magnifique ! Chaque plan a une signification et est savamment calculé en conséquence. La prise de son est éblouissante, surtout au regard des productions françaises désespérément monophoniques. Les voix sont ici spatialisées; on se sent investi, responsabilisé. Quant au sujet, il épouse totalement celui de "l'etabli ", sorti la même semaine : c'est l'actualisation de la maltraitance ouvrière, délocalisée aujourd'hui vers les call centers. Film passionnant, déprimant, mais, hélas, si actuel !
Voici le film , qui nous fait regretter la Corée du Nord avec une perfection dans l'analyse d'un système et un esthétisme de l'histoire, cela pourrait arriver aussi en France , précisément cela est une question courante dans la solitude que c'est de passer de l'école au monde du travail ou personne ne vous vois et les conséquences sont catastrophiques.
Une oeuvre passionnante qui porte haut le cinema politique, les hors champs subtiles, au coeur d'une société violente mise en lumière par ce film témoignage
Il y a bientôt 9 ans, la jeune réalisatrice coréenne July Jung avait impressionné la Croisette avec "A girl at my door", son premier film, présenté dans la sélection Un Certain Regard. Depuis, rien ! Autant dire qu'on pouvait être impatient de voir son deuxième film. "About Kim Sohee" est ce deuxième film, il était de nouveau à Cannes, en clôture de la Semaine de la Critique 2022 et il est ... un peu décevant ! Partagé en deux parties de longueur égale, il raconte l'histoire de Kom Sohee, une jeune fille qui termine ses études dans un lycée agricole en faisant un stage dans un centre d'appel de Korea Telecom. Son travail : s'efforcer de faire changer d'avis les clients qui appellent pour résilier leurs contrats. Le film montre une société coréenne (aux deux sens du mot société !) obsédée par les notations et les classements, une société dans laquelle le droit du travail n'est pas respecté, une société qui, par le travail proprement dit et une ambiance de travail détestable, va arriver à pousser Kim Sohee au suicide, alors qu'au départ c'était une jeune fille pleine de vie et de vigueur. Fin de la première partie, avec Kim Si-Eun, une jeune comédienne très convaincante dans le rôle de Kim Sohee. La deuxième partie met en scène Oh Yoo-jin, une inspectrice de police qui va se battre pour montrer que le suicide de Kim Sohee est bien autre chose qu'un suicide banal, se rendant chez Korea Telecom, rencontrant des ami.e.s et les parents de Kim Sohee, se rendant dans l'école où étudiait Kim Sohee, se rendant au ministère de l'éducation nationale pour comprendre pourquoi la qualité des stages est si mal évaluée, rencontrant partout des gens qui se renvoient la responsabilité de ce suicide. Une dénonciation en règle de la société coréenne pour laquelle seul compte le profit et qui broie ses jeunes que ce soit à l'école ou dans la vie active, ce qui entraîne un fort taux de suicide chez les jeunes. Pour interpréter Oh Yoo-jin, on retrouve Doona Bae, déjà policière dans "A girl at my door" et présente dans de nombreux films coréens. Il parait qu'en Corée, une histoire similaire à celle vécue par Kim Sohee a abouti à faire modifier la loi sur les conditions de travail des stagiaires. Mais alors pourquoi trouver décevant un tel film, au thème très fort et très bien interprété ? Tout simplement, parce qu'il manque de rythme, qu'est trop long et souvent répétitif. Vraiment dommage !
Édifiant, cette histoire sur la vie des écoles et des entreprises en Corée ! Magistralement interprétée par cette jeune actrice au destin tragique. Ça en dit long sur notre avenir...
En 2016, en Corée, une jeune étudiante effectue un stage dans un call-center et y découvre des conditions de travail déshumanisantes.
Il y a deux façons d’aller voir "About Kim Sohee". La première, analytique,, est de ne rien connaître de l’histoire que raconte le film et d’y découvrir progressivement le chemin de croix parcourue par cette jeune étudiante. La seconde, synthétique, est de savoir que sa mésaventure a fait sensation en Corée du Sud et y a provoqué un changement de législation. Avec cette information en tête, le destin de Kim Sohee devient emblématique de celui des stagiaires sud-coréens, exploités par des entreprises sans foi ni loi pour des salaires de misère.
Dans un cas comme dans l’autre, on est pris au piège d’un procédé scénaristique qui nous enferme et nous étouffe. On voit la radieuse Kim Sohee se faner lentement dans un milieu professionnel toxique, sans trouver chez sa famille ou chez ses amis de planche de salut. On voit son travail lentement la broyer en se demandant où cette descente aux enfers la conduira et nous conduira avec elle.
"About Kim Sohee" est bizarrement construit en deux parties distinctes. Dans la seconde, Donna Bae campe une enquêtrice aussi mutique (on ignorera jusqu’au bout le traumatisme qu’elle vient de traverser) qu’obstinée. Remarquée dans "Les Bonnes Etoiles", elle vole la vedette – et la tête d’affiche – à la jeune Kim si-eun qui interprète Sohee. Cette seconde partie leste le film, qui dure au total 2h17, de quarante-cinq minutes supplémentaires dont on peut se demander si elles étaient utiles.
Une belle semaine pour le cinéma intelligent! Apres avoir vu, hier, les horreurs de la condition ouvrière en 1970 grâce à l'Etabli, nous découvrons aujourd'hui les horreurs de la société coréenne -en 2016. Ce film, réalisé par July Jung, nous révèle à quel point cette société, du bas en haut des structures sociales, est régie par la dureté, la compétition forcenée et le respect absolu d'une hiérarchie qui peut tout se permettre. Dans les bureaux de chaque structure un énorme tableau montre la position de celle ci parmi ses pairs.... et ça commence au niveau du lycée professionnel -agricole en l'occurrence. Là, il s'agit de compter combien d'élèves terminent leur stage de fin de scolarité, et l'enseignant se démène pour les caser tous. Les garçons, en usine, même si ça ne correspond pas du tout à leur formation, et la plupart démissionnent, c'est trop dur.... Parmi les filles, Sohee (Kim Si-eun). Elle vient d'une famille pauvre, père transporteur, mère au foyer, même si ça ne voit pas à l'embauche, avec ses chemisettes au col bien boutonné et ses gilets; elle n'est pas très bonne élève, un peu trop rebelle peut être, mais elle est gaie et elle fait partie d'un groupe où des femmes de tous âges dansent au son de la K-Pop..... Elle va enfin gagner de l'argent! Elle atterrit dans un centre d'appel pour une société qui vend de l'Internet. Elle est donc chargée de répondre aux clients, en général mécontents, qui appellent pour résilier leur abonnement. Le rôle des conseillères est de persuader le mécontent de ne pas résilier, au moyen de tous les arguments imaginables (tout est écrit!) et même si elles ont au bout du fil un furieux éructant qui les traite de p... et de salope, de lui proposer, puisqu'il n'est pas content, une autre formule qui lui conviendrait très bien. Bien sûr il y a un manager qui écoute toutes les conversations et peut intervenir quand ça dérape trop. Jun Ho (Sim Hee-seop) est plutôt bienveillant. Mais il est soumis aux pressions de sa hiérarchie.... Et le groupe est mal classé! et Sohee est lente! Et elle découvre qu'elle ne touche pas ses primes. Eh oui! Insouciante comme les gens de son age, elle n'a pas lu son contrat en détail Les primes sont retenues et ne sont versées qu'à la fin du stage; comme ça, si le stagiaire démissionne, il n'a droit à rien. Voilà pourquoi le centre n'utilise que des stagiaires, et voilà qui arrange bien le lycée.... Il parait que depuis 2016, suite à cette triste affaire, la législation a changé. Dans la deuxième partie, on suit Oh Yoo-in (Doona Bae qu'on a déjà vu dans un rôle similaire dans Les bonnes étoiles), inspectrice opiniâtre et déterminée à faire progresser la justice, qui pense qu'un suicide n'arrive jamais comme ça, si par ailleurs tout se passe bien dans la vie familiale, sentimentale et amicale....Le film prend alors un petit tournant vers une enquête policière. Et la police aussi n'aime pas trop faire de vagues.... Vous sortirez essoré de cette plongée dans les dessous d'un pays qu'on nous présente toujours comme exemplaire: les gens n'y font pas la grève..... tout va bien! C'est absolument passionnant, c'est à voir absolument.
Une très belle et délicate démonstration. Le gouvernement par les chiffres ne donne que des malheureux par manque d'humanité.
Film en deux parties, la première nous emmène au plus près des rêves écrasés d'une jeune fille et la seconde démontre ce que nous sentions : la solitude des écrasés...
Un seul bémol : l'instabilité de la caméra mais chacun ses gouts.