367 notesEn savoir plus sur les notes spectateurs d'AlloCiné
35 critiques spectateurs
5
8 critiques
4
8 critiques
3
6 critiques
2
5 critiques
1
7 critiques
0
1 critique
Trier par :
Les plus utilesLes plus récentesMembres avec le plus de critiquesMembres avec le plus d'abonnés
Filtrer par :
Toutes les notes
Un visiteur
5,0
Publiée le 15 novembre 2007
Il deserto rosso est un film d'horreur. C'est le film le plus tragique, le plus noir, le plus triste, le plus déprimant, le plus gris, le plus sans espoir qui ait jamais été fait. C'est une peinture étraignante qui se perd dans la beauté parfaite de couleurs atones, dans l'angoisse du rouge (les cheveux de Monica Vitti sont une fixation pour Antonioni), dans l'instabilité du vert, dans les nuances perfides du gris, dans ces pâles tentatives de rendre lumineuse une vie humaine qui ne vaut rien, qui est aussi froide que cette magnifique Ravenna industrielle. Les paysages, la sensation d'aliéneté est encore plus forte que dans les autres films d'Antonioni, les clins-d'oeil (les jouets, les dessins, les bateaux, le brouillard, les couleurs du magasin, etc. etc. etc.), les détails, le dialogue, les acteurs (quoi de plus affligeant d'Ugo "non ha ancora ingRanato?"), le désespoir de la vie, l'inutilité de l'amour et la maternité. Risible dire que le désert rouge est mon "film préféré": le désert rouge est une terrible critique à la société, un témoignage d'aliénation et de folie, une oeuvre d'art d'une force inégalable. La torturée Monica Vitti ne rend que plus fort cette sensation avec son rire, son accent, ses interprétations magistrales. Il deserto Rosso est simplement un film imperdable, l'un des films les plus importants de l'histoire du cinéma. Lui donner 4 étoiles est si réductif... les chefs-d'oeuvre ne se notent pas.
"Le désert rouge" est pour moi le plus grand film d'Antonioni, ou en tout cas le seul à pouvoir rivaliser avec cet autre chef d'oeuvre absolu qu'est "l'avventura". C'est aussi à mon sens l'un des plus beaux films en couleur de toute l'histoire du cinéma. Rien de moins. Réalisé en 1964, "Le désert rouge" est considéré comme le dernier volet d'une tétralogie exceptionnelle (après "L'avventura", "la notte", et "l'éclipse") dont il serait en quelque sorte le film somme. On y retrouve effectivement les thèmes chers à Antonioni: solitude de la femme moderne, crise du couple, rapport de l'individu au monde qui l'entoure, perte de repères et de sens, errance qui entraîne une souffrance, une douleur de vivre. Mais le film n'est ni le portrait psychologique d'une femme névrosée, ni une critique du monde industrialisé qui serait la cause de ce mal moderne. Antonioni traite son sujet en évitant tout naturalisme et toute dénonciation critique. Sa démarche est purement artistique et se révèle ici par le traitement inouï de la couleur. L'utilisation de la couleur permet de révéler l'état psychologique et mental des personnages; les paysages sont le reflet des sentiments et des tourments intérieurs de l'héroïne (magnifique Monica Vitti). Antonioni parvient ainsi à transformer un monde à la base austère et froid (les usines, les tuyaux, les terrains vagues, les marres de pétrole et de boue) en un monde abstrait d'une immense beauté. Mais c'est paradoxalement ce monde intérieur magnifié qui semble être à la base de la crise du personnage (Guiliana crira elle-même qu'elle ne supporte plus toutes ces couleurs). Contrairement à sa réputation, "Le désert rouge" n'est pas un film "intellectuel". Il suffit simplement de se servir de ses yeux pour ressentir. Et cette émotion forte, transmise par l'abstraction du film, en dit bien plus et se révèle au final bien plus enrichissante que tout discours vaguement psychologisant... A voir absolument.
De tous les films d'Antonioni, "Il deserto rosso" (1964) est peut-être celui par lequel mon coeur est le plus vivement chaviré. Et cela parce qu'il constitue le point d'aboutissement de cette courte et fulgurante période créatrice qui commence en 1960 avec "L'Avventura" et qui voit le réalisateur italien produire ses ouvrages esthétiquement les plus radicaux et les plus purs. À partir de "Blow up", il s'orientera vers un cinéma, certes de qualité, mais davantage en phase avec les attentes du grand public. Cela n'est pas un mal en soi, mais explique que ses partis pris ne s'y retrouvent plus avec la même acuité. Pour ce qui est du contenu, "Le désert rouge" s'inscrit dans la continuité avec les films précédents. Il se présente comme l'exploration de l'âme d'une jeune femme dépressive en déphasage complet avec son entourage, et nous fait vivre de l'intérieur la vision convulsive qu'elle a du monde. La forme qui résulte de ce contenu et qui l'épouse à la perfection est d'une beauté sans pareille. Elle se distingue dans l'oeuvre du réalisateur par la découverte éblouie de la couleur. Et cette découverte s'opère, comme chez tous les grands réalisateurs (on songe ici à Fellini, à Ozu, à Kurosawa, à Tati, à Godard, à Bergman, à Tarkovski...), sous le signe de la responsabilité la plus assumée. Si le cinéaste fait usage de la couleur, il ne peut le faire avec désinvolture. Il ne s'agit pas de reproduire les couleurs naturelles triviales, mais d'inventer un monde nouveau aux mille teintes nouvelles. Antonioni compte certainement au rang de ces cinéastes qui ont su éviter le piège du naturalisme et on se surprend à rêver, à la vision des splendeurs du "Désert rouge", que nos contemporains puissent se souvenir un jour que la couleur était à la fois une chance et un danger!
"Le désert rouge" n'est pas un film facile, c'est le moins que lon puisse dire. Ce film est une profonde méditation sur la femme, le sens de la vie, sur la valeur des sentiments et sur notre univers de béton et d'acier. Ces interrogations existentielles, si abstraites et complexes, les réflexions quelles inspirent aux personnages, sont rendues vivantes par le regard de la caméra et par une photographie exceptionnelle. Un parfum de Nouveau Roman aussi. Et Monica Vitti, spectaculaire dans son rôle, est ici au sommet de son art. Un film à ne pas manquer.
Très profonde et avec une grande réflexion sur la vie, la mort, et tous les thèmes que ceci englobe, voici une oeuvre à côté de laquelle il serait dommage de passer à côté. Antonioni est quelqu'un qui pose sa caméra, réfléchit et pose des questions, souvent sans réponse. A une époque où on tentait de monter des films montrant la joie de vivre (on était encore dans l'esprit après-guerre), le cinéaste prend du recul et se demande si la vie vaut la peine d'être vécue, si aimer est une chose bénéfique dans la mesure où elle apporte toujours de la souffrance en réponse. Ce qui me dérange, c'est la vision du monde extérieur. J'ai eu l'impression que le metteur en scène ne remettait que très peu en cause le comportement humain et se cantonait plutôt à filmer des décors tristes, sans vie, monotones et que ceux-ci étaient en fait responsables du désespoir ici omniprésent. La tristesse prend vite le dessus sur l'espoir mais celui-ci renaît le temps d'une séquence sublime (Vitti qui raconte l'histoire de l'aigle à son fils). C'est complexe et tout est transmis par un regard, une ombre, ou par une parole qui suggère bien plus qu'elle n'en dit. On retiendra notamment une phrase résumant très bien le malaise présent dans "Il deserto rosso". L'héroïne dit, simplement "Pourquoi regarderais-je la mer si ce qui se passe sur Terre ne m'intéresse déjà plus ?" Minimaliste et intimiste, porté par une actrice principale magnifique et excellente, ambigüe, mystérieuse, trahie mais finalement terrfifiante. Comme l'ensemble.