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3,0
Publiée le 21 septembre 2023
Curieux et sceptique à la fois, Nandor Fodor, parapsychologue, se rend sur l'ile de Man pour enquêter sur une prétendue mangouste qui parle. Adoptée par la communauté locale, elle leur rendrait visite et leur ferait des confessions sur leur vie. Une histoire abracadabrantesque inspirée de faits réels... Le film d'Adam Sigal est excentrique et léger, mais pose des questions intéressantes et conduit à une réflexion sur la croyance. « Les gens veulent juste être heureux. Il faut laisser les gens croire ce qu'ils veulent. » Cet aspect n'est évidemment pas très approfondi avec le réalisateur qui laisse les gens faire leur propre avis sur cette histoire en gardant l'ambiguïté autour de cette mangouste. "Nandor Fodor and the Talking Mongoose" n'est jamais à mourir de rire et de nombreuses scènes paraissent plus longues que nécessaire, mais j'ai trouvé un certain charme à ce film porté par un bon Simon Pegg.
Croyez-le ou non mais dans les années 30, sur la petite île anglaise de Man, les médias de l'époque ont rapporté la possible existence d'une mangouste parlante prénommée Gef. La rumeur est devenue si persistante parmi des habitants jurant avoir conversé avec Gef qu'elle a obligé des scientifiques à venir sur les lieux afin d'enquêter et dénicher le mystérieux animal...
Une anecdote issue du folklore populaire comme une autre mais qui, aujourd'hui, inspire ce film d'Adam Sigal pour se questionner sur ce qui nous motive encore à croire en l'extraordinaire dans un monde aux limites désespérément rationnelles. À travers son héros, un spécialiste de l'occultisme mettant en lumière les raisons cartésiennes derrière ce type de croyance tout en conservant le secret espoir d'enfin faire face un jour à l'inexplicable, c'est bien sûr tout l'esprit de contradiction humaine vis-à-vis de l'existence d'un tel être qui débarque sur cette île pour s'y confronter, partagé entre l'envie irrépressible d'étaler son savoir pour prouver à tous le non-sens d'une mangouste parlante et, peut-être plus ou moins inconsciemment, celle de satisfaire sa curiosité par rapport à la possible porte laissée entrouverte sur l'extraordinaire que pourrait entraîner la réalité de cet animal...
Inscrivant cette dualité propre à chacun dans le tandem formé par le chercheur et sa secrétaire à l'esprit plus ouvert, le film ne se donne donc pas pour principal objectif de réfuter ou non l'existence de Gef (il prend même assez vite parti grâce à certains éléments) mais en joue pour interroger les personnages et donc "interlocuteurs" de la bête sur le refuge que peut représenter une telle aberration face au réel.
En un sens, "Nandor Fodor and the Talking Mongoose" se rapproche thématiquement du tragique "The Wonder" (de Sebastián Lelio et avec Florence Pugh) mais traite ici ce besoin de croire pour pallier les pires maux dans une atmosphère beaucoup plus légère, en adéquation avec le ridicule de son petit mythe animalier et agrémenté d'un humour so british (la discussion avec le poivrot du village, haha !). Et, dans sa légèreté de ton, le long-métrage d'Adam Sigal fonctionne plutôt bien grâce à son casting on ne peut plus sympathique (Simon Pegg, Minnie Driver, Christopher Lloyd et... la voix de Neil Gaiman, un choix parfait) ou aux découvertes très amusantes autour de la famille hôte de Gef. Malheureusement, lorsque le film se voit plus grand et tente d'apporter de la gravité à son discours, il faut bien avouer qu'il semble ne rester qu'à la surface de ses ambitions, comme s'il se contentait de les esquisser pour en revenir à des finalités toujours trop simples ou à l'évocation restreinte de quelques pistes intéressantes (l'imaginaire du cinéma comme héritier de ce folklore).
En cela, "Nandor Fodor and the Talking Mongoose" n'est pas la récréation la plus désagréable à suivre autour de ce sujet passionnant -et il faut reconnaître que l'idée d'une mangouste trop bavarde a de quoi fasciner- mais il en reste trop souvent au stade d'un brouillon de quelques chose de bien plus drôle et marquant basé sur la même histoire invraisemblable.
Casting au jeu délicat, minimaliste. Réalisation confortable, quelque peu duveteuse. Séquençage un tantinet démonstratif, mais contrebalancé par ce verni drôle et parabolique s'instillant juste comme il faut, l’un dans l’autre proposés vers un style intègre et allant.
Pétulance dickenssienne du traitement fantastique, avec cette langueur sténographique doucement courroucée, amèrement ingénue, à l'égal de la créature Gef spoiler: dévoilée à l’image hélas, d’où perdant beaucoup de son effet transfiguratif .
Comme d'en dessous son ruisselet fripon, des quelques maigres cordes fabulistes traditionnelles, si peu audibles de nos jours, le fleuri candide du métrage - quoiqu’abouti - est quasi de trop.
Nandor Foror et la mangouste parlante, depuis sa résolution, s’insinue en nous au renoué d'une élongation d’enfance :
Jumelage à l’ontologie cinématographique, entre d'une part : l’ambigüité définitive, à la source de toute excavation scientifique ; et d'autre part : la parole bucolique, cette poétique élémental du fondement.