Dans la cuisine des Nguyen
Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Dans la cuisine des Nguyen" et de son tournage !

Un projet de longue date

25 ans plus tôt, Stéphane Ly-Cuong était déjà un fan de comédies musicales puisqu'il était rédacteur en chef du site Regard en Coulisse, consacré aux comédies musicales. Il avait alors créé un personnage décalé, Yvonne Nguyen, pour parler avec un ton très personnel de l’actualité du théâtre musical à Paris. Il explique : "C’était une sorte d’alias, qui me permettait d’être plus libre. Je faisais par exemple beaucoup de digressions pour évoquer mes parents immigrés, la culture vietnamienne, etc." Quelques années plus tard, il a monté un spectacle intitulé Cabaret Jaune Citron, autour de ce même personnage.

Une comédie musicale née au sein de la Fémis

Dans la cuisine des Nguyen n'est pas une adaptation du spectacle Cabaret Jaune Citron, mais il en reprend son héroïne, Yvonne Nguyen, ainsi que ses thématiques, comme la quête identitaire et l’absence de représentations ou de modèles. Pour écrire le scénario de ce qui est son premier long-métrage, Stéphane Ly-Cuong a postulé et a été sélectionné à l’Atelier Scénario de la Fémis. Il y a eu de nombreuses versions du script du film, qui n'était pas destiné à l'origine à être une comédie musicale. Le réalisateur explique : "Je me conformais sans forcément m’en rendre compte aux clichés des films asiatiques sérieux, un peu contemplatifs, etc. Peu à peu j’ai assumé ma propre identité, mon style, ma tonalité et l’idée de faire une comédie musicale queer". Il a pu aussi inventer des personnages qui lui plaisaient et qui sont peu représentés, comme "des femmes de plus de 70 ans, des gens avec des rondeurs, des métisses, des gays."

Échappatoire

Stéphane Ly-Cuong revient sur sa passion pour les comédies musicales, un genre qu'il affectionne depuis sa plus tendre enfance : "C’est un genre qui transcende le réel, qui permet de se projeter dans un monde différent. Moi, j’étais un enfant avec des caractéristiques que je ne voyais jamais au cinéma. Je n’avais aucun modèle possible, aucune représentation à laquelle me rattacher. La comédie musicale, avec son côté décalé, magique, a été comme un refuge. On a le sentiment, en tant qu’enfant d’immigré, en tant que gay, qu’on peut peut-être trouver sa place dans cet univers-là."

La cuisine

L'héritage de la culture vietnamienne s'incarne dans le film à travers la cuisine. Le réalisateur se souvient qu'un ami proche lui avait dit à la sortie de son spectacle : "C’est marrant, toi tes thématiques c’est les mères chiantes et la bouffe !" Il développe : "Il se trouve que la cuisine, pour moi, est un moyen de communication à part entière. Quand ma mère voulait me faire plaisir ou bien voulait se réconcilier avec moi, elle me préparait mon plat préféré. Elle ne le faisait jamais innocemment".

Écrire les chansons

Stéphane Ly-Cuong a d'abord écrit une première version des paroles dans le scénario puis a peaufiné les rimes, la musicalité du texte avec sa co-parolière, Christine Khandjian. Pour la musique, il voulait faire appel à un binôme : d'un côté Clovis Schneider, avec lequel il avait collaboré sur son court-métrage Allée des jasmins, et de l'autre la DJ et chanteuse pop Thuy-Nhân Dao. Il leur a attribué à chacun des chansons, et sur d'autres, ils ont travaillé ensemble.

Le réalisateur raconte : "Dans mon écriture, j’avais des univers en tête, des couleurs musicales pour chaque morceau, que je leur ai communiquées : Yvonne c’est le Broadway de l’âge d’or, jazz et cordes, Gershwin, Cole Porter, Jerry Herman ; son ami Koko, c’est le disco première période avec des instruments acoustiques, des vrais cuivres ; la mère d’Yvonne, c’est la variété vietnamienne, parfois mélancolique, avec des touches de danses latines comme le cha-cha ; et Philippe Vernon, incarné par Thomas Jolly, c’est plus pop variété."

Thomas Jolly au casting

Thomas Jolly, metteur en scène de théâtre et directeur artistique des cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux de Paris, joue dans le film mais n'a pas du tout participé à l'élaboration des chansons. Le réalisateur se souvient : "On en parlait pendant le tournage, à l’automne 2023. Il était déjà jusqu’au cou dans la préparation des Jeux et il me disait que ce film était pour lui comme une petite récréation, un moment de détente, même si, bien entendu, il est toujours resté très sérieux et professionnel. Il n’a jamais tenté d’interférer sur quoi que ce soit."

Les deux hommes ne se connaissaient pas mais une amie de Stéphane Ly-Cuong joue Stella Spotlight dans Starmania, que Jolly met en scène, et les a mis en contact.

Des actrices impliquées

Ce sont les actrices qui chantent elles-mêmes dans le film. Le réalisateur tenait à ce qu'il y ait peu d'artifices. Il savait que cela ne poserait pas de problème avec Clotilde Chevalier, dont la scène de l’improvisation vietnamienne a été faite en direct et en plan-séquence. Quant à Linh-Dan Pham, elle a travaillé intensément avec un coach vocal.

Le choix de Clotilde Chevalier

Stéphane Ly-Cuong a rencontré Clotilde Chevalier à l'époque de son spectacle Cabaret Jaune Citron : "Clotilde était une des rares comédiennes de théâtre musical d’origine asiatique." Le réalisateur s'est battu pour imposer l'actrice, qui tient avec Dans la cuisine des Nguyen son premier grand rôle au cinéma : "Clotilde ne correspond pas forcément aux normes physiques en vigueur dans cette industrie. Elle avait 38 ans au moment du tournage et a toujours eu des rondeurs - ce qu’on voit peu au cinéma, et ce qui ne l’empêche évidemment pas d’être une superbe danseuse." Il était primordial pour lui de ne pas rajeunir le personnage lors de l'écriture, malgré les réserves qu'il entendait autour de lui : "On perdait quelque chose en la rajeunissant. Se planter à vingt ans, c’est une chose. On peut se relever, recommencer, on a l’avenir devant soi. Se prendre des échecs constamment jusqu’à quarante ans, c’est différent."

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