Ahmet, 14 ans, est un jeune collégien plutôt brillant qui, une fois sa journée d'école terminée, rentre dans un Yurt pour y vivre en collectivité, et surtout y apprendre une version radicale du Coran. Issu d'une famille aisée dans la Turquie de 96, il va se rebeller en payant violemment ses incartades auprès du tyrannique surveillant général. Entre désir de liberté et héritage familial, ce film évoque la religion à travers ce jeune qui va voir son corps se transformer, des amitiés se former, et donc remettre en cause cette éducation rigoriste. Ce récit d'une idéologie de la Turquie d'il y a 30 ans porté par un jeune acteur très juste est un premier long métrage remarquable pour comprendre l'histoire actuelle de ce pays oscillant entre fanatisme et laïcité.
S'étant fait remarquer dans les festivals, ce premier long-métrage réalisé Nehir Tuna et sorti tout récemment m'intriguait pas mal. spoiler: Et je dois dire que je n'en suis pas déçu ! Nous suivons ici une partie de l'adolescence de Ahmet, balloté entre un pensionnat religieux et une école laïque. C'est donc une sorte de teen movie mais sur fond politique assez intense puisque le film se déroule durant la fin des années 90, période durant laquelle la Turquie était partagée entre laïcs et religieux ; les dortoirs étant perçus comme des lieux de l'extrémisme islamique et très certainement que les écoles laïques étaient perçues comme "impures", inspirant même au mal, par les religieux. Un adolescent alors en recherche de soi-même et de sa sexualité fréquentant ces deux mondes opposés et étant surtout obligé de se plier aux règles de chacun est forcément perdu dans tout cela ! Car oui, Ahmet se cherche également dans sa sexualité, il la découvre dans un premier temps puis nous avons également un sous-texte gay prenant de plus en plus d'ampleur dans la relation entre Ahmet et Hakan, un autre pensionnaire avec qui Ahmet se lie d'amitié. Car oui, certes ils sont très potes m'enfin ils sont quand même sacrément proches, proximité atteignant d'ailleurs son apogée dans un champ mais je n'en dirai pas plus afin de ne pas spoiler ! Ainsi, le film est très intéressant puisque nous avons une vision de la Turquie à un moment critique via le prisme d'un adolescent qui ne comprend pas vraiment le monde qui l'entoure. Doit-il se plier aux valeurs notamment inculquées par son père ou alors vivre pleinement sa liberté d'adolescent ? Nous avons d'ailleurs à ce propos un passage du noir et blanc à la couleur très intéressant, qui survient à un moment qui n'est bien-sûr pas anodin puisque la couleur arrive lorsque Ahmet vit pleinement son adolescence, qu'il expérimente, visite et fait des conneries d'adolescent quoi finalement (rappelant d'ailleurs le passage du 4/3 et 16/9 dans "Mommy" de Xavier Dolan). Il sort enfin de son enfermement quotidien pour s'ouvrir littéralement à l'extérieur. D'ailleurs, pour rester sur la mise en scène, cette dernière est excellente, nous offrant de magnifiques plans, de même que la photographie d'ailleurs, nous donnant un très beau noir et blanc. "Yurt" raconte alors énormément de choses en si peu de temps mais sans que ce ne soit jamais brouillon ou bordélique, ça colle justement au propos, c'est-à-dire l'effervescence de l'adolescence.
Petite machine à remonter le temps afin d'observer la Turquie des années 90. Cela peut surprendre ceux ne connaissant pas l'histoire de ce pays, mais il y a 30 ans, la religion n'était pas forcément bien vue. Alors que l'Etat prône la laïcité, Ahmet suit des études normales le jour, et le soir rentre dans son pensionnat religieux. On voit comment la population rejette ces yurt. Ahmet est pointé du doigt seulement pour en faire partie. Une situation terrible pour lui, car il ne se sent pas heureux dedans. Les préceptes religieux ne l'intéresse pas, et seule la fierté qu'éprouverait son père le fait tenir. Le ton d'image en noir et blanc permet de se rendre compte de l'oppression qu'il subit. L'évolution de la photographie appuie sur la volonté d'émancipation d'Ahmet.
L'action de Yurt, l'excellent premier long-métrage de Nahir Tuna, se déroule dans le contexte bien précis de la Turquie de 1996 et 1997, soit une période charnière dans la bataille historique entre la laïcité et l’islamisme dans le pays. Le héros adolescent, Ahmet, est symboliquement pris entre ces deux tendances, fréquentant un lycée privé le jour et un dortoir géré par des religieux, le soir et la nuit. En partie autobiographique, le film déroule un récit d'apprentissage complexe pour son personnage principal, confronté à des milieux sociaux opposés ainsi qu'à un père qui alterne autorité et douceur. Le film se montre subtil dans la recherche d'indépendance de Ahmet et surtout d'affection, alors même que ses désirs ne semblent pas encore définis. Ce jeune turc en formation, joué par un acteur exceptionnel, Doğa Karakaş, sert de fil rouge à une histoire souvent surprenante sur le fond mais aussi dans la forme, avec une grande partie tournée dans un superbe noir et blanc. Le sujet majeur du film est à l'évidence l'embrigadement des corps et des âmes sous couvert de pureté et la résistance à cette sourde violence mais la réussite de Yurt tient aussi beaucoup à son aspect romanesque et sentimental, dans le bon sens du terme, dans une assez belle maîtrise narrative et formelle, surtout pour un premier long-métrage.
Aucun espoir, rien, pas l'ombre d'une lumière pour espérer éclairer la vie. Complètement glauque et désespéré. Le réalisateur livre au public ce qui n'aurait jamais dû sortir du cabinet de son psy. A ne pas voir avec des pensées suicidaires. A part ça l'objet est assez esthétique puisqu'il faut trouver un compliment à faire...
J ai eu le privilege de voir le film du talentueux Nehir Tuna, la réalisation , le talent des acteurs , est remarquable . Nehir retrace cette dualité très violente et cependant poétique avec une force onirique avec une photographie toujours juste de Florent Herry.