L'année 2024 était déjà bien chargée en produits singuliers, et en prime je rattrape "Emilia Pérez", non moins étonnant ! Déjà le pédigrée : un film français, tourné en espagnol, avec des acteurs multinationaux. Puis le ptich : un narcotrafiquant surpuissant fait appel à une avocate pour... l'accompagner dans son changement de sexe.
Ca sent la comédie, mais non. Avec "Emilia Pérez", Jacque Audiard brouille en permanence les pistes et les genres. Un peu d'humour (noir), mais aussi du drame, du thriller... et des chansons (!). Si comme moi vous n'êtes pas adeptes des films musicaux, rassurez-vous. Si les numéros sont nombreux, ils demeurent courts, utiles à l'intrigue (il s'agit surtout de rythmer les dialogues ou les pensées des personnages), et chorégraphiés avec énergie.
En résulte un produit filmique audacieux, tant sur le fond que la forme. Jacques Audiard maîtrise son récit, ne ménage pas les surprises tant dans la narration que dans la manière de la raconter. Et le cinéaste aborde avec intelligence des thèmes variés.
La transsexualité évidemment. Mais aussi la situation des femmes, la parentalité. Et il n'est pas tendre avec le Mexique, présenté comme un pays violent et corrompu jusqu'à l'os. Sans surprise, le film n'a guère été bien reçu sur place... A noter au passage que le tournage a été réalisé en studio français et pas du tout au Mexique.
En prime, l'ensemble est porté par des actrices fortes, dans des rôles compliqués. Zoe Saldana, que je vois pour la première fois jouer en espagnol, en avocate dépitée qui accepte cette étrange mission par peur et cupidité, avant d'y trouver un sens. L'actrice trans Karla Sofía Gascón, habituée des telenovelas, qui tient le rôle le plus étonnant du film, celui du trafiquant devenu femme. Espérons que cela la propulse vers les grands projets du cinéma ? Ou Selena Gomez en épouse troublée.