Douze ans après De rouille et d'os, Jacques Audiard poursuit son exploration des corps. Après les corps amputés, il s'attaque dans Emilia Perez au changement de sexe. En l'occurrence ici, celui d'un mafieux, Manitas Del Monte, chef de cartel en fuite, désireux de devenir une femme pour enfin se sentir lui-même. Il demande à Rita Moro Castro, une avocate chargée de défendre des criminels, d'orchestrer sa fausse mort ainsi que l'organisation de sa chirurgie de réattribution sexuelle. Devenu Emilia Perez, elle réapparaît alors dans la vie de son ex-femme dans le but de revoir ses enfants. Mais celle-ci n'était pas au courant des plans de Manitas, et a donc refait sa vie, le croyant mort. De nouveaux liens ambigus se nouent alors, sur fond de violence qui, elle, n'a jamais réellement disparue. La violence et la dissimulation, autres thèmes qui traversent l'œuvre de Jacques Audiard, de Un héros très discret à Un prophète ou Dheepan. Mais comme la musique est censée adoucir les mœurs, le réalisateur s'essaye ici à la comédie musicale, avec plus ou moins de bonheur. Si elle semble malvenue ou interroge sur sa place dans certaines scènes, dans d'autres elle apporte une flamboyance, une audace de scénario, une respiration bienvenue dans une ambiance plutôt sombre. Avec une mention spéciale à Séléna Gomez, parfaitement à l'aise dans ces scènes chantées et dansées. Au final, si Jacques Audiard maîtrise parfaitement le polar, la partie musicale plus inégale affaiblit un peu le film à l'idée osée sur le papier mais plutôt réussie.