Dans Miséricorde, Alain Guiraudie nous plonge dans une campagne occitane lugubre, à l’atmosphère oppressante où chacun épie son voisin. Le retour d’un ancien employé de boulangerie à l’occasion des funérailles de son ancien patron va raviver les tensions et bouleverser les relations du village. Entre la veuve, le fils, les amis d’enfance, les liens se délitent, se tendent, et prennent des tournures inattendues.
La mise en scène, volontairement minimaliste, se limite au village et à la forêt alentour. Tout y est lent, presque figé, à l’image de cette vie rurale enclavée, en apparence paisible mais profondément troublée. Le film joue sur ce paradoxe entre banalité et inquiétude, entre immobilisme et dérèglement progressif. Sans musique, Miséricorde s’en remet uniquement à l’image et aux dialogues pour construire sa tension sourde. Ce dépouillement sonore accentue le sentiment d’étrangeté, mais participe aussi à une forme d’ennui assumé.
Le personnage principal, interprété par Félix Kysyl, est au cœur de cette mécanique du malaise. Manipulateur, inquiétant, parfois agaçant, il trouble l’équilibre du village et transgresse les normes sociales avec une froideur désarmante. Seul le prêtre parvient à le déstabiliser, notamment lors d’une scène saisissante autour de la conscience et de la mort : « Tout le monde s’arrange avec sa conscience. » Catherine Frot, quant à elle, brille une fois de plus dans le rôle complexe et ambigu de la veuve.
Si Miséricorde déploie un climat étrange et réussi, son propos reste difficile à saisir. Le titre suggère une forme de pardon, de jugement moral, mais la portée de cette réflexion reste floue. Le film évoque des thèmes profonds – le deuil, la culpabilité, la recomposition des liens – sans les explorer pleinement.
On sort de la projection avec un sentiment diffus de malaise, provoqué autant par l’atmosphère que par le trouble laissé par ce personnage central. Mais ce n’est pas un film que l’on recommanderait à tous. Lent, parfois hermétique, il peut laisser le spectateur sur le bord du chemin, à moins d’avoir deux heures à accorder à une expérience dérangeante, plus que véritablement éclairante.