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Darkthor
6 abonnés
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2,5
Publiée le 2 juin 2024
Si vous voulez de l'absurde, ce film est pour vous. Ce film est bien évidemment une satire des politiciens, cruels, véreux, manipulateurs et autocentrés, qui détruisent tout sur leur passage. C'est un film avec un scénario très original avec un Pinochet vampire à prendre au millième degré et une bonne sœur exorciste.
Mais qu'est-il arrivé à Pablo Larrain ? Après ses excellents No et Neruda, à quoi rime cette comédie grotesque, ce délire sans queue ni tête ? Voulait-il démontrer qu'il sait faire de bons films avec n'importe quel scénario ? Et bien c'est raté.
Notre introduction est sombre et explicative, et la violence est à couper le souffle. La manière dont le personnage principal est présenté est élégante et captivante, et j'apprécie beaucoup la narration. L'imagerie est amusante et reste pertinente pour l'histoire, tout en étant parfois un peu loufoque. Des comportements perfides sont à l'œuvre, et j'espère qu'ils auront une incidence sur le déroulement de l'histoire. La cinématographie est réalisée de telle sorte qu'on a l'impression d'assister à une œuvre d'art en direct, et il est difficile de détourner le regard. La franchise des dialogues est à la fois comique et rafraîchissante, et suffisamment décalée pour être divertissante.
Une histoire merveilleusement racontée, une interprétation d'un vieux conte d'amour et de désirs, de passion et de solitude éternelle, qui touche autant par son émotion que par son esthétique visuelle.
Sans grande attente au démarrage Le Comte fut finalement une bonne surprise de part une esthétique et une bande son plaisantes. Le côté absurde et inattendu de certaines scènes m'a particulièrement plu.
Une satire gothique d'un régime et plus généralement de l'économie libérale. Une esthétique captivante qui rejoint l'absurdité du scénario. Ce film dresse un portrait vampiresque de la famille du dictateur Pinochet tout en déterrant les cadavres de l'histoire chilienne. À voir, même si parfois la critique politique tremble quelque peu et manque de subtilité.
Je dois avouer qu’au bout de cinq minutes, je me suis demandé : « Qu’est-ce que cette absurdité ? » Et pourtant, en poursuivant, j’ai été complètement happée. El Conde est une œuvre étrange, noire, souvent dérangeante… mais aussi brillante, et d’une richesse politique et artistique rare.
Ce qui frappe d’abord, c’est le choix audacieux de représenter Pinochet comme un vampire centenaire. Ce n’est pas gratuit : c’est une manière directe de montrer que certaines formes de pouvoir sont littéralement prédatrices, qu’elles se nourrissent du sang du peuple. La satire est crue, mais intelligente. Le lien historique entre Pinochet et Margaret Thatcher est bien réel, et le film en joue avec une ironie mordante. Derrière les dialogues absurdes, les cœurs broyés dans le mixeur ou les scènes grotesques, c’est toute la violence d’une époque qui ressurgit — celle d’un Chili brisé sous les bottes du néolibéralisme importé de Londres.
L’autre fil de lecture, tout aussi fort, c’est celui de l’hypocrisie religieuse. Cette nonne, censée "sauver les âmes", finit par céder à la tentation du pouvoir et du sang. Comme si personne ne pouvait rester pur dès lors qu’il touche à l’intimité du pouvoir. Le message est clair : on ne réforme pas un monstre, on devient lui.
Enfin, j’ai trouvé très juste la manière dont le film traite les questions d’héritage et de famille. Le déchirement entre les enfants, prêts à se trahir pour une part du butin, est à la fois universel (toute famille avec un patrimoine connaît ce malaise) et éminemment politique : c’est aussi ainsi que fonctionnent nos élites. Derrière les discours d’unité, tout se résume souvent à la répartition du pouvoir, de l’argent, du prestige. Ce film m’a aussi beaucoup fait rire. Un humour noir, très noir, qu’il faut mériter, car il repose sur une connaissance du contexte historique. C’est un cinéma qui ne cherche pas à plaire à tout le monde — et c’est tant mieux.
Mon passage préféré ? La fin. Lorsque l'on découvre que ce vieux vampire, ce monstre froid, a tout investi non pas dans des paradis fiscaux, mais dans… les livres. Une fortune dilapidée en culture. C’est à la fois pathétique, ironique, et presque poétique. Peut-être parce que c’est un peu mon cas aussi : je ne possède pas grand-chose, mais j’ai toujours mis mon argent (et mon énergie) dans les livres. Et dans ce choix-là, il n’y a pas de regret.
En somme, El Conde est un film inclassable, parfois lent, souvent absurde, mais terriblement intelligent. Il ne séduira pas tout le monde, mais il mérite d’être vu, pensé, digéré. Un film rare.