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3,0
Publiée le 3 septembre 2024
« Un endroit où les gens vont pour disparaître. » Cet endroit, c'est Istanbul où se rend Lia pour retrouver sa nièce transgenre afin d'honorer la dernière demande de sa sœur décédée. Alors qu'elle explore la ville avec Achi, son compagnon de route, on suit en même temps, Evrim, une avocate trans qui défend sa communauté. "Crossing" est autant un portrait de cette ville pleine de contradictions que de ces personnes en mission. Une histoire chaleureuse et pleine d'humanité qui fait oublier les artifices maladroits du scénario. Pour ma part, j'ai préféré les moments avec Evrim, remarquablement incarnée par Deniz Dumanli, car le parcours de ce duo mère-fils de substitution pas toujours attachant est inégal même si c'est d'eux que viennent les quelques moments d'émotion. "Crossing" est finalement un film attendrissant plein d'espoirs déçus et de regrets qui se termine de manière émouvante. Pas mal.
Après son très remarqué premier long-métrage, « Et puis nous danserons », Levan Akin a fait une pause de cinq ans, très certainement impacté par les obstacles dû à la période Covid et ses aberrations totalitaires. Il nous revient en grande forme avec un nouveau film très différent sur la forme, la tonalité comme sur le fond mais qui traite tout de même des différences sexuelles en contexte. Ici ce n’est pas des personnages homosexuels qui sont au centre de l’intrigue mais des personnes transgenres qui en sont la toile de fond. Ainsi que le milieu dans lequel elles évoluent dans un Istanbul interlope et très loin de la carte touristique qu’on peut se faire de cette mythique ville turque à mi-chemin entre l’Asie et l’Europe et à l’histoire florissante. Elle est d’ailleurs presque un personnage à part entière puisqu’elle est filmée sous toutes les coutures. Un peu sur son versant touristique lorsqu’on voit la Grande Mosquée et les bords de mer entre la Mer Noire et la Méditerranée mais surtout dans ce qu’elle a de moins connu et de plus authentique et parfois sale. Des quartiers défavorisés aux bordels peuplés de prostitué(e)s en passant par des soirées technos clandestines, Akin nous présente une Istanbul au plus proche de la réalité et de ce qui fait vibrer cette ville si singulière. Rarement son pouls n’avait été aussi bien exploité au cinéma et elle participe au côté envoûtant qui se dégage de ce long-métrage raffiné et précieux.
Ce qui fait aussi le charme et l’émotion de « Crossing, passage à Istanbul », ce sont l’écriture de ses trois beaux personnages en quête de quelque chose. D’un parent pour l’une. D’une stabilité et d’évasion pour le second. Et d’une reconnaissance de genre pour la troisième. D’ailleurs, même si les pérégrinations de cette dernière, une avocate transgenre, sont tout autant captivantes que celles de cette professeure retraitée qui recherche sa nièce, elle aussi transgenre, et du jeune homme qui l’accompagne, son parcours semble artificiellement raccordé aux autres. Elle n’aurait pu être qu’un personnage secondaire de fin de récit mais le cinéaste a voulu insérer des séquences montrant son parcours. Pas inintéressant mais quelque peu chaotique et étrange sur le pan du montage. Ceci mis de côté, le film suit les errances et les recherches de ces trois protagonistes à travers des séquences anodines mais qui télescopent leur personnalité et on est happé par leur passé, leurs blessures et leurs buts. On pourra reprocher peut-être une dernière partie qui se traîne inutilement et un happy-end un peu forcé qui tombe comme un cheveu sur la soupe mais l’ensemble est assez beau, sincère et pertinent pour nous happer presque deux heures durant. Un film dramatique mais pas larmoyant à la fois simple et complexe qui vulgarise et traite la transidentité avec empathie tout en dressant un portrait magnifique de trois âmes en (re)construction avec beaucoup de finesse et de poésie au sein d’une ville filmée comme rarement.
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Autant le précédent film de Levan Akin, "Et puis nous danserons", ne m'avait pas réellement convaincu, autant celui-ci m'a beaucoup séduit, touché. Le récit raconte beaucoup de choses sans jamais les surligner, utilise pour ce faire l'humour et l'émotion. Un road trip, une quête qui préfère la douceur des sentiments aux hurlements...
Des années après sa nièce, une professeure géorgienne à la retraite franchit la frontière turque à son tour. Crossing Istanbul part d'un schéma classique, celui de la recherche d'une personne disparue, y ajoutant quelques épices : un compagnon de voyage inattendu et une plongée dans les milieux trans de l'ancienne Constantinople. Le film de Lavan Akin joue la carte de la bienveillance vis-à-vis de l'ensemble de ses personnages, et cette tendresse, presque naïve, participe de l'intérêt d'une œuvre qui explore un monde marginalisé mais très vivant, à l'écart des routes touristiques. Quelques pointes d'humour et d'insolence entre les deux protagonistes principaux ajoutent encore à ce morceau d'humanité que le cinéaste voit peut-être d'un œil un peu trop optimiste, évacuant tout sordide de sa palette et évitant dans le même temps de se complaire dans un exotisme malsain. Cette quête à la turque, sans être le film de l'année, confirme en tous cas la générosité du réalisateur suédois (aux parents géorgiens), auteur précédemment de Et puis nous danserons. Peut-être que le dénouement de Crossing Istanbul n'est pas totalement satisfaisant mais ce n'est que vétille, en définitive.