Aucun ours
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iof
iof

7 abonnés 146 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 22 janvier 2023
Comment faire du cinéma dans une province reculée ou tout est entravé par la tradition et la police ? Jafar Panahi qui nous avait déjà embarqué dans un taxi lors de son précédent film, déjoue les pièges avec une belle maestria. Une grande leçon de cinéma.
inspecteur morvandieu
inspecteur morvandieu

92 abonnés 4 231 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 4 février 2024
Déjà, il est important de connaitre le contexte, à savoir que le personnage principal est le cinéaste lui-même, Jafar Panahi, qu'il est en liberté conditionnel et menacé de prison par le régime iranien. Précisions sans lesquelles il parait difficile d'appréhender le film.
On découvre Jafar Panahi dans un village iranien à la frontière turque, dirigeant clandestinement un tournage et ses asistants de l'autre côté de la frontière à l'aide de son téléphone portable. spoiler: Sa préoccupation du moment est d'avoir une bonne connexion. Son nouveau film parle de candidats au départ vers l'occident avec de faux passeport.

Panahi se met en scène en cinéaste et citoyen modeste et impassible. spoiler: Il,pourrait, lui aussi, quitter son pays, la frontière est toute proche et aucun "ours" en vue, c'est-à-dire aucun soldat iranien. Mais sa place est au pays.

Longtemps, on se demande où Panahi veut nous conduire avec son intrigue minimaliste, ses quelques conversations anodines avec son équipe ou avec des villageois. C'est à la fin du film que Panahi fait passer ses messages; avec intelligence, il évoque les idées qu'il se fait de son métier de cinéaste en même temps qu'il dit le poids de la tradition et de la censure dans son pays. Son propos associé à l'"exotisme" iranien caractérise l'intérêt qu'on porte à ce film grave sans être plaintif.
Marc L.
Marc L.

68 abonnés 1 828 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 12 octobre 2023
Chez Jafar Panahi, comme chez beaucoup de réalisateurs iraniens mais de manière encore plus paroxystique, la fiction reste indissociable de la réalité ou plutôt, elle s’y mélange, la triture, s’emprègne et l’imprègne en retour, parfois même la remplace jusqu’à ce qu’il devienne difficile de déterminer si c’est la fiction qui s’inspire de la réalité ou s’il ne s’agit que d’un seul et même concept, artistiquement parlant. Dans le cas de ‘Aucun ours’, ce qu’on prend d’abord pour la fiction principale est en réalité un film que l’alter-égo du réalisateur à l’écran - joué par lui-même - s’efforce de tourner à distance, par délégation et webcam interposée, puisque le tournage a lieu en Turquie et que le cinéaste est coincé en Iran, de l’autre côté de la frontière. A toutes fins utiles, précisons que Jafar Panahi, le vrai, est sous le coup d’une interdiction de quitter le territoire iranien depuis plus de dix ans (et d’une interdiction de tourner, qu’il défie allégrement) et qu’il a d’ailleurs été incarcéré quelques mois après la sortie européenne de ‘Aucun ours’ pour propagande contre le régime. D’autre part, ce film, consacré à un couple de réfugiés qui tentent de gagner l’Europe, n’est une fiction qu’aux yeux du spectateur puisqu’à l’échelon de la “réalité cinématographique”, ce sont les réfugiés eux-mêmes qui se prêtent à l’exercice de la fictionnalisation de leur parcours. Pendant ce temps, à l’autre bout de la webcam, le réalisateur empêché pourrait quitter l’Iran et se rendre discrètement en Turquie à travers les montagnes mais ne se décide pas à sauter le pas. Il se retrouve également pris dans un conflit au sein du village reculé où il a établi ses quartiers : on l’accuse de détenir la preuve photographique qu’une jeune femme rencontre discrètement un homme du village alors qu’elle a été promise à un autre depuis sa naissance. On pourrait croire que de telles acrobaties conceptuelles verrouillent le dispositif et rendent le film froid et cérébral, entièrement dévoué à sa démonstration théorique. Il n’en est rien et l’histoire, proche de la fable, reste intrigante à souhait et permet autant à Panahi de fustiger les coutumes immuables et potentiellement meurtrières de ses compatriotes que de dénoncer les conditions dans lesquelles il travaille et de s’interroger sur le pouvoir et la responsabilité de celui qui produit des images.
Eleni
Eleni

19 abonnés 146 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 1 janvier 2023
Élaboré, subtil et complexe "Aucun ours" est sans aucune doute un grand film. Panahi y ouvre des tiroirs, des croisements, qui nous font pénétrer dans l'intimité de ce que l'on vit dans un pays emmuré. Peu à peu on a l'impression de rentrer dans le cercle privé du réalisateur, voire d'en faire partie.
Patjob
Patjob

43 abonnés 755 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 6 février 2023
Le jour où je rédige cet avis (le 3 février 2023), on apprend que Jafar Panahi vient d’être libéré sous caution après sept mois d’emprisonnement et un début de grève de la faim. Le cinéaste est un chantre de la liberté et par conséquent un opposant identifié au régime des mollahs. Pour exercer son art, il agit depuis des années dans la clandestinité. Dans ce film au titre dont le sens se révèle lors de sa vision, Panahi se met à nouveau en scène en situation de création clandestine dans cet Iran liberticide. Il dénonce encore un fois le régime, mais aussi l’autre force liberticide qu’est le poids de traditions ancestrales obscurantistes dans l’Iran profond. Toute cette démarche est éminemment méritoire. Mais tout aussi admirables sont la richesse cinématographique et l’intelligence de conception du film, qui compensent ici très largement les faibles moyens mis en œuvre. Comme dans « Taxi Téhéran », le réalisateur joue sur l’ambiguïté réalité – fiction, avec une extrême habileté, et ce parti pris se révèle passionnant. Par exemple : dans le film, le film qu’il dirige à distance raconte une histoire -fictive- qui se révèle correspondre à la vie réelle des acteurs qui l’interprètent… Cette créativité impressionnante est une composante essentielle de l’œuvre. Le premier plan séquence en est un exemple frappant, qui contient deux surprises successives et se perpétue dans un lieu différent ! Alors, pour toutes ces raisons, Bravo et merci, Monsieur Jafar Panahi.
Léo Peteytas
Léo Peteytas

26 abonnés 127 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 6 octobre 2024
Figure majeure du cinéma iranien, artiste complet et héros pour beaucoup, Jafar Panahi livre avec Aucun Ours un film touchant, dans lequel il joue son propre rôle avec brio. Engagé contre les abus du régime iranien, critique envers les mœurs de son pays, son film est comme une lettre documentant sa recherche et ses conditions de travail. Le suivi parallèle de deux histoires, la sienne et celle des protagonistes de son prochain film qu'il dirige depuis un village reculé de montagne, à la frontière, a le mérite de traiter plusieurs thèmes : Le regard d'autrui - des villageois comme de son équipe -, le poids des traditions, la fermeture du pays et la dangerosité de la frontière, la quête de liberté, enfin. Tout s'entremêle parfois ; il faut dire que nonobstant sa relative "solitude", le Panahi intime que nous côtoyons est constamment sollicité. Drôle par son caractère - peu bavard, plongé dans ses idées, mais observateur, et dégageant une incontestable humilité/gentillesse -, qui m'a un peu fait penser au grand Marcelo Bielsa (Les deux hommes ont la même carrure !), et d'une grande humanité, le réalisateur, en s'installant au plus près des lieux évoqués dans le film qu'il tourne à distance, montre combien il est important de s'imprégner de l'esprit des sujets évoqués, en approchant, au plus près, de leur réalité. Ce réalisme nécessaire aux œuvres honnêtes est une force majeure de ce "Aucun Ours", qui transpire de sincérité. Quant au titre, mystérieux, que peut-on en dire ? Plusieurs interprétations sont possibles. Personnellement, je le prends comme une sorte de défi aux autorités iraniennes, aux artistes iraniens, et, un peu, à tout un chacun. L'ours de la métaphore, c'est l'interdit ; la peur de froisser, de tenter, de se lever contre l'arbitraire et le mal car les conséquences peuvent-être terribles. Les risques sont ce qu'ils sont ; hélas, Panahi le rappelle, quand l'injustice et les rapports de domination font loi, il y a des victimes. Mais justement : C'est pour elles, et pour éviter qu'il y ait d'autres victimes, ou simplement pour une juste cause, qu'il faut entreprendre ce qui semble devoir être entrepris. Il n'y a aucun ours sinon en notre for intérieur ; le comprendre, c'est comprendre que oui, décidément, il n'y a Aucun Ours.
Guillaume Lagane
Guillaume Lagane

5 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 27 novembre 2022
Un très bon film, rythmé par le chant du coq et les ordinateurs Apple. Une description assez dure de la vie dans un village azéri et dans la prison qu’est l’Iran.
Babou
Babou

9 abonnés 121 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 20 décembre 2022
Qu'il est difficile de s'affranchir ! Des traditions, des conventions, de la pression sociale et politique. La liberté a un prix et ce film émouvant le montre. Avec, au bout du chemin, la mort et le désespoir (dans un coup de frein, comme s'il n'était plus possible d'avancer) pour ceux qui tentent de fuir. Cette œuvre prouve que la qualité d'un film ne dépend pas des moyens engagés. Tourné clandestinement, avec une équipe réduite, ce film porte avec force un message prégnant, appuyé par le contexte actuel. Impressionnant. Pour nous rappeler la chance que nous avons, nous qui sommes si éloignés de ces préoccupations. Pour le moment...
elisa
elisa

2 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 17 décembre 2022
Courageux Jafar PANAHI , défiant mollahs et oppression / répression politiques ! A voir absolument : pour approcher ces culture, croyances, coutumes, qui nous sont étrangères autant qu'étranges. Par nos entrées, nous apportons notre soutien (confortablement installés !) à la Résistance de ceux qui , bien qu'ils en soient privés, se battent encore et toujours pour la LIBERTE !
JEAN-FRANCOIS Bordier
JEAN-FRANCOIS Bordier

3 abonnés 32 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 3 janvier 2023
Pas facile de rentrer dans ce film dans le film qui a aussi la forme d un documentaire.

Il y a des longueurs dans la description des traditions ancestrales du village iranien
Et il n' est pas toujours facile de distinguer la réalité et la fiction

Mais c est à voir
Luc R.
Luc R.

1 critique Suivre son activité

5,0
Publiée le 4 décembre 2022
Sublime ! Un résumé impressionnant de la société iranienne. Scénario magnifique, tournage impressionnant.
Daniel Gonzalez10
Daniel Gonzalez10

3 abonnés 156 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 20 décembre 2022
Un beau film à l image du cinéma iranien
Dans ce film a tiroirs la quête de liberté la dispute à l amour
Mais in fine c est no future pour tous les acteurs
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 8 janvier 2023
Excellent film de Jafar Panahi. Drole, émouvant, pédagogique et poignant ! Le scénario est original et inattendu.
Canovaseric
Canovaseric

2 abonnés 11 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 25 janvier 2023
Tout est moyen en dehors de la vision que l'on doit avoir de l'Iran, du poids de la police et de l'état. Un film sur le manque de liberté, donc le sujet est grave. En dehors de ça, le film est long et la performance des acteurs moyenne. Bof!
1critique
1critique

11 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 14 décembre 2022
Mon analyse et critique en vidéo: https://www.youtube.com/watch?v=Ym_XziYcmzg

Le 23 Novembre dernier, alors que son réalisateur croupit dans une geôle insalubre de Téhéran,
sortait en France le dernier long-métrage de Jafar Panahi, dissident iranien à la renommée internationale.
Réduit à la détention quand d’autres artistes moins malheureux connaissent la censure, Jafar Panahi est un
jeteur de pont, une figure tutélaire relais entre le coeur d’une société iranienne écrasée par la radicalisation
du pouvoir et les nations étrangères attentives face à ce nouveau géant de la géopolitique internationale.
Jafar Panahi en prison, c’est une intelligence gâchée, c’est indignement couper les ailes d’un cinéma en
pleine maturité, c’est rompre l’écho d’une des voix les plus importantes et géniales du cinéma
contemporain. Car disons-le : Jafar Panahi s’est affirmé comme l’un des plus grands cinéastes de la
décennie, et à coup sûr aura la postérité qui lui est échu, y compris dans son pays d’origine quand les
temps y seront plus propices. Son travail d’analyse de la société iranienne est monumental, et sa mise en
scène limpide, jamais froide, toujours curieuse et attentive, tant sociologiquement
qu’anthropologiquement, fait de lui cet artiste qui dérange, car il ne trahit rien: ni ses ambitions
révolutionnaires ni la rigueur dialectique d’une telle entreprise. Si l’humanisme de Jafar Panahi est
évidemment moteur de son cinéma, il est une lumière plus discrète, venue de dos, bon à souligner les
contours de ses personnages, à les distinguer, qu’il traite comme des sujets d’études à part entière. Cette
sympathie froide de Panahi est caractéristique de la dualité de son cinéma: à la fois empathique et
chaleureux, immergé à l’intérieur des cercles, des familles, des traditions, mais toujours distant d’un pas,
ce recul de l’œil lucide qui ne prend pas parti sans avoir pris le soin de s’expliquer les rouages matériels
de la société et de la nature du récit. Dans Aucun Ours, cette démarche est perceptible et c’est à mon avis
l’une des meilleures raisons pour Jafar Panahi de se mettre en scène, dans un propos meta-textuel, où le
cinéma parle avant tout du cinéma. Sa personnalité, auquel s’ajoute le statut de libre-penseur poursuivi
par le pouvoir, est l’incarnation même de sa démarche philosophique et scientifique. Car Jafar Panahi
dans le film est un être essentiellement passif: si le film tente tant bien que mal de suivre une trame, à
savoir la réalisation d’un long-métrage de l’autre côté de la frontière turque, auprès duquel d’ailleurs il ne
peut tenir qu’une place de spectateur, Jafar Panahi est ballotté entre divers tourments familiaux et
politiques auquel il concède du temps et de la matière. Il ne fait aucune résistance aux circonvolutions du
récit : il se laisse porter sans jugement dans les affres de l’intrigue, à l’intérieur des cahutes en pierre ou le
long de la vallée de contrebande, et se plie aux traditions sanctifiées de la ruralité. Cette part documentaire
si chère à Godard est fondamentale dans le cinéma de Panahi, et le talent de Panahi est de la rendre
foisonnante comme la vie: dans chaque plan, il y a une porte de sortie, une rencontre humaine qui dévie le
cours naturel du scénario : il y a un bouillonnement intérieur comme une trace, un indice, qu’il ne faut pas
laisser échapper.

Film sur la censure qui consiste à empêcher de montrer, obligeant le cinéaste à toutes les
contorsions, mais aussi film sur l’auto-censure, qui consiste à ne pas savoir voir, de laquelle Jafar Panahi
apprend à se prémunir Le cinéaste possède une mission : servir au mieux la vérité! Le faux-monologue de
l’actrice Zara, brillamment mis en scène, est un manifeste fédérateur pour les oreilles et les yeux des
Iraniens de demain que Panahi souhaiteraient voir transfigurer la société théocrate, et qu’il fait participer
dans son film comme un appel au réveil collectif, Mais c’est aussi une mise en garde à l’attention des
sociétés occidentales auprès desquelles il entretient un succès nullement crédule, pertinemment conscient
que l’intérêt qu’il suscite s’inscrit dans un historique anti-musulman, dans une rhétorique droit de
l’hommiste paternaliste et infantilisante. Le cinéma du faux, surtout quand il s’agit des grosses
productions orientalisantes, est une gangrène historiographique, bien souvent issue des lectures libérales
du proche et moyen orient. Il sait que son succès n’est pas toujours désintéressé, et que la censure et la
propagande font tout aussi partie de l’Occident, dans une forme plus discrète, mais tout aussi pernicieuse.
L’insincérité, celle de son mari, qui finira de mener Zara au suicide, et de ses lamentations de quoi graver
le précepte du cinéaste, et peut-être de tout bon cinéaste: "Elle a supporté la torture, l’exil, mais elle n’aura
jamais supporté le mensonge".

L’Iran n’est plus une nation quelconque à l’échelle du monde. Contrairement au récit occidental, l’Iran est
une nation émergente techniquement moderne, et le bouillon traditionnel de rites et de superstitions; la
mainmise d’un pouvoir totalisant, à l’image de ces ours montés de toute pièce. La force de Panahi, au
travers de ses déambulations, est de séparer le grain de l’ivraie, de faire la part belle entre ce qui relève
véritablement des valeurs fondamentales du pays persan et ce qui relève de l’enclave politique. Il parvient
à renverser le couple conservatisme/progressisme en l’immergeant dans le concept de lutte des classes:
entre ce qui appartient véritablement à l’axologie populaire et ce qui relève de la culture bourgeoise et
dominante : c’est-à-dire au culte de la soumission.

À l’image de son film, que le réalisateur Jafar Panahi veut comme une alternative à la propagande
iranienne, le personnage Jafar Panahi entend faire vivre une rupture métaphysique majeure. L’imbroglio
autour de la promesse de mariage, vieille tradition patriarcale sans justification métaphysique, dessine les
contours d’une société du serment et de la parole consacrée. Mais si une cérémonie comme le
lavage de pieds est porteuse de sens, en tant qu’elle véhicule un flux symbolique véritable et participe au
tissu social, la parole sacrée érigée en justice participe à le déchirer. Panahi le montre: la parole est sujette
au marchandage, et les tenants du pouvoir, aussi petit soit-il que celui du maire, s’accommodent bien
d’une parole tronquée à des fins diplomatiques. Dans ce genre de tribunal, auquel le personnage de Jafar
Panahi se confronte comme Socrate devant les sophistes, il règne l’arbitraire au nom du serment, mais
cette parole sacrée a perdu de sa force, et par extension, son critère de vérité. À cette problématique
contemporaine, Jafar Panahi entend bien apporter la charge de la preuve, ici, c’est le rôle tenu par la
photographie et le cinéma, la photographie comme trace formelle d’un événement dans le temps, et le
cinéma, ces 24 vérités par secondes, comme le témoignage dans un espace et un temps délimité, Ainsi,
Jafar Panahi crée une rupture métaphysique majeur, en contradiction des infrastructures iraniennes salies
par la corruption et l’idéologie réactionnaire. L’enregistrement vidéo ou la captation photographique sont
des innovations cruciales dans les luttes citoyennes, ils ont servi de preuve des répressions, des exactions,
et de tous les débordements, au proche et moyen orient, en Asie, en Amérique, et même en Europe, en
témoigne récemment la guerre en Ukraine ou encore la crise des gilets jaunes en France. Plus concrète
que la parole, la preuve matérielle est une étape décisive dans la lutte du peuple iranien pour une
réappropriation de la notion de justice. L’intérêt excessif des villageois pour la photographie de Panahi
prouve bien que la rupture métaphysique est en germe, qu’il existe déjà quelque part un affaissement de la
croyance en la parole sacrée qu’il s’agit de conduire jusqu’à son terme. Le refus des images à travers
l’iconoclasme millénaire de l’Islam, mais que les sociétés musulmanes ont ou non appliqué, avec plus
ou moins de force, tout comme le christianisme n’était pas destiné à l’iconophilie il y a des siècles, est
en train de s’émousser par une sorte d’empirisme et sous le mouvement des révolutions à travers le
monde
.
Cependant, la scène du tribunal prouve bien que la preuve par l’image est un progrès nécessaire,
mais pas suffisant. Le personnage de Jafar Panahi a beau sceller son témoignage dans la carte mémoire de
son appareil photo, il ne joue pas le jeu de l’accusation et certifie ne pas posséder le cliché tant convoité.
La raison est simple: quel est l’intérêt d’une telle photographie? Avec brio, Jafar Panahi ouvre une
problématique majeure : celle de l’appropriation collective de l’image, en termes plus politique, celle de la
socialisation des moyens de production photographiques et cinématographiques. Le rôle du cinéaste-
reporter est-il de porter à charge un individu dans une querelle de mœurs ? Non, cela l’état Iranien le fait
très bien : à savoir produire des images que pourtant il réprouve, à des fins répressives ou de propagande.
Un cliché, une vidéo, est falsifiable, tronquable, on peut l’instrumentaliser à des fins politiques et en
détourner le sens à loisir. Jafar Panahi n’est pas un juge , et une image univoque est une preuve beaucoup
trop friable. Ce qui donne du sens à l’image : c’est le récit. Tout l’« intérêt de l’oeuvre de Panahi se trouve
ici résumé : les enjeux artistiques et intellectuels sont les seuls à pouvoir donner une voix conséquente à
l’image. Quelque part, la mise en abyme reboucle sur elle-même : la forme du film est une démonstration
du fond du récit. Par sa réalisation ingénieuse, Jafar Panahi met en scène sa propre démarche artistique et
intellectuelle qu’il veut pour preuve de la supériorité dialectique sur les outrages totalitaires du pouvoir
iranien. À la fois invitation à produire collectivement des images, et à les agencer dans la forme la plus
pure du journalisme ou de l’objet d’art, le film est une invitation philosophique au dépassement de
l’opinion et de la doxa, une invitation à repenser le monde à partir des articulations logiques de la
philosophie millénaire arabe. Mais plus encore, le film sonne comme un avertissement à ces curieux
occidentaux qui du haut de leur prétention laïque, se délectant de la chute d’un obscurantisme religieux
amalgamé, semble retomber dans une mythologie quasi-religieuse : celle de l’image sans récit, à l’heure
où le système politique et économique occidental nourrit tous les mensonges pour sa propre survie.
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