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3,0
Publiée le 10 avril 2023
La descente aux enfers d'un homme tout proche du succès... Shakib, un journalier qui travaille là où il peut, se fait embaucher sur le tournage d'un film sur l'Holocauste pour construire des décors. Lorsque l'acteur vedette tombe malade, Shakib se retrouve dans la peau d'Hitler alors qu'il n'a rien demandé et qu'il ne sait pas jouer... L'acteur en herbe est logé dans la maison du dictateur construite pour l'occasion et on lui demande de ne recevoir personne sauf qu'il fait venir Ladan, une travailleuse du sexe sourde et muette avec qui il a tissé des liens. Un choix qu'il va être lourd à assumer. Au-delà de l'histoire de cet homme qui va être victime de son entourage, Houman Seyyedi s'attarde sur toutes ces personnes exploitées par cette industrie. Les personnes à la tête du film sont présentées comme des êtres égocentriques qui pensent uniquement à leurs propres intérêts. Une grosse production avec des travailleurs payés une misère et utilisés comme en témoigne cette scène où des salariés, dont faisait partie Shakib, se retrouvent à incarner des juifs déportés. "World War III" est un film tragique au scénario intelligent qui monte tout doucement en puissance avec un très bon Mohsen Tanabandeh dont l'évolution de son personnage caractérise bien le film.
Le cinéma iranien nous a habitués à apprécier ses récits à tiroirs où un engrenage fatal suscite une succession de scènes amenant à un degré tragique de fatalité. World War III, au titre métaphorique, ne procède pas autrement; entraînant des conséquences pour le moins inattendues. Le cadre dans lequel se déroule le long-métrage n'est guère banal : celui d'un plateau de tournage d'un film sur les atrocités du 3ème Reich, dont le caractère douteux parait évident. Est-ce à dire que le monde du cinéma ressemble à une entreprise fasciste, avec ses strates d'autorité et l'arbitraire de ses décisions, vis-à-vis de ses plus humbles serviteurs ? C'est ce que sous-entend le côté méta du film, au cœur d'une intrigue qui, par ailleurs, ne lésine pas sur les rebondissements, y compris en son dénouement. Choisi pour représenter l'Iran à l'Oscar du meilleur film étranger, World War III ne manque ni d'inspiration ni de rythme et bénéficie de l'interprétation exceptionnelle de Mohsen Tanabandeh. Il n'est cependant pas interdit d'estimer que le film pousse le bouchon un peu loin dans ses développements, de telle manière qu'il en perd une grande partie de sa crédibilité, en dépit de scènes très réussies, parfois en dehors de la tonalité générale, telles celles réunissant le héros avec une prostituée sourde et muette.