Le film « Au bord du monde » est une véritable claque de mise en scène. Dès les premières minutes, on sent une volonté de plonger le spectateur au plus près des personnages, et cela fonctionne parfaitement grâce à une caméra constamment collée aux acteurs. Cette proximité donne une intensité incroyable à chaque scène et crée une immersion presque étouffante par moments, mais toujours captivante.
Mara Taquin livre une performance exceptionnelle. Elle porte le film avec une justesse impressionnante, entre fragilité et tension permanente. Son regard et sa présence suffisent souvent à transmettre des émotions sans avoir besoin de dialogues appuyés.
La réalisation est tout simplement brillante. Chaque plan semble pensé pour nous enfermer avec les personnages, au plus près de leurs émotions. Et impossible de ne pas retenir cette scène sous la pluie, absolument magnifique, aussi bien visuellement qu’émotionnellement. C’est le genre de moment de cinéma qui reste en tête longtemps après la séance.
« Au bord du monde » est un film puissant, maîtrisé et profondément humain. Une œuvre qui prouve qu’avec une grande direction d’acteurs et une mise en scène inspirée, le cinéma peut encore surprendre et bouleverser. Je recommande sans hésiter.
Dans les couloirs d’un service psychiatrique fermé, une jeune infirmière découvre un univers où la frontière entre soin, contrôle et humanité devient de plus en plus trouble. Au bord du monde suit cette immersion au plus près du réel.
Alexia (Mara Taquin), 25 ans, débute comme infirmière stagiaire dans une unité psychiatrique fermée. Idéaliste et volontaire, elle découvre rapidement un quotidien marqué par les tensions humaines, l’épuisement des soignants et la violence institutionnelle. Malgré les mises en garde de Joëlle (Nathalie Richard), infirmière cheffe expérimentée qui lui rappelle la nécessité de garder une distance émotionnelle avec les patients, Alexia se rapproche de Mila (Sasha Deprez), une jeune femme internée qui ne comprend pas sa présence dans l’établissement.
Pour Guérin Van de Vorst et Sophie Muselle, le titre Au bord du monde résume autant l’état psychique des patients que celui d’une société qui peine à regarder certaines souffrances en face. L’hôpital psychiatrique devient une sorte de miroir grossissant des fractures contemporaines, précarité, isolement, fatigue mentale ou exclusion sociale. Les patients vivent dans un entre-deux permanent, séparés du monde extérieur, parfois même coupés du réel ou de leurs proches.
Cette idée du « bord » traverse toute la mise en scène du film. Les couloirs fermés, les portes sécurisées et les plans séquences renforcent cette sensation d’enfermement progressif, comme si chacun tournait dans un espace suspendu hors du temps. Le service psychiatrique devient presque un territoire parallèle, ni totalement intégré au monde extérieur, ni complètement isolé de lui.
Mara Taquin est bouleversante. Elle avait déjà captivé l’attention dans des films comme Le Mohican, La Petite, et Rien à foutre. Mais ici, elle atteint quelque chose de plus brut, de plus organique. Cette proximité crée une sensation documentaire très forte. Le personnel semble moins désincarné, moins « institution ». Les corps restent visibles, humains, fatigués parfois. La caméra colle littéralement aux personnages, dans des plans séquences qui étouffent autant qu’ils captivent. Le spectateur n’a jamais le confort d’une coupure de montage venant le sortir émotionnellement d’une scène.
Ce qui frappe surtout, c’est l’absence totale de caricature. Les soignants ne sont ni des bourreaux froids, ni des saints sacrificiels. Ils composent avec un système sous tension permanente, entre protocoles, manque de moyens et nécessité de protéger des patients parfois dangereux pour eux-mêmes. Le film capte très bien cette zone grise morale, extrêmement difficile à représenter au cinéma sans tomber dans le militantisme simpliste.
La chanson « C'est Toujours un mystère » agit presque comme une extension psychique du film. Pas une illustration musicale au sens classique, mais une irruption émotionnelle. La psychiatrie cesse alors d’être uniquement un cadre médical pour redevenir un territoire humain traversé par les obsessions, les pulsions contradictoires et cette difficulté permanente à mettre des mots cohérents sur la souffrance intérieure.
Avec Au bord du monde, Guérin Van de Vorst et Sophie Muselle signent une œuvre d’une rare intelligence émotionnelle sur la psychiatrie contemporaine. Un film inconfortable parfois, mais profondément humain dans son regard sur la fragilité, la solitude et les limites du dévouement.
Dans ce film, on est carrément immergé dans l’univers d’un hôpital psychiatrique. Cette bonne réalisation nous permet de découvrir dans toute sa réalité, le travail complexe des soignants dans ce type d’établissement. La personnalité de la jeune infirmière stagiaire Alexia, magnifiquement interprétée, traduit très bien les difficultés et parfois même les limites dans la prise en charge de ces patients aux comportements souvent imprévisibles et auxquels il faut faire face. Ce premier long métrage de ces réalisateurs belges, également scénaristes, est vraiment une réussite.
Bernard CORIC
(Film visionné en projection de presse le 07/05/2026 au Centre Wallonie à PARIS)