Film dramatique, réalisé par Ronan De Suin, La Belle Bleue est un long-métrage possédant de belles qualités, mais aussi des tares fâcheuses, pour un résultat tout de même correct. L'histoire nous fait suivre un jeune homme taciturne et casanier invitant chez lui, un lundi soir pour tuer l'ennui, une jeune femme pleine de vie rencontrée virtuellement à le rejoindre dans son petit studio de dix-huit mètres carrés le temps d'une nuit sans lendemain. Seulement, suite à un isolement soudainement imposé à la population, elle est contrainte de rester chez lui. Elle va alors peu à peu s'enraciner dans sa vie alors que l'entente entre eux n'est pas au beau fixe. Ce scénario ne s'avère pas toujours agréable à visionner pendant toute sa durée d'un petit peu plus d'une heure et demie. En effet ,on assiste pendant tout ce temps à une intrigue mystérieuse dont on a du mal à saisir la substance dans un premier temps. Mais, au fil des minutes, le message prend forme, notamment dans sa dernière demi-heure qui ne laisse plus de doute quant à son objectif. Le récit est donc en demi-teinte, capable de très jolies séquences, mais aussi coupable de scènes agaçantes et barbantes. Cependant, le parallèle fait entre la condition des femmes et celle de la planète Terre, qui est au cœur de la narration, est judicieux une fois qu'on a toutes les pièces du puzzle à disposition, c'est à dire à la fin. Mais certains éléments de ce confinement peinent à convaincre, notamment le fait qu'ils soient seuls au monde malgré les nombreux paliers de portes voisins et qu'ils aient à disposition leurs smartphones et peuvent donc communiquer avec leurs proches étrangement absents. Il aurait fallu justifier ça pour qu'on y croit un peu plus. Le ton se veut lui très changeant, passant de moments de prises de becs à des moments plus tendres et d'autres plus amusants. L'ensemble est hélas porté par deux personnages pas très attachants et peu intéressants, interprétés par Ronan De Suin en personne et Ioanna André qui sont les seuls acteurs présents à l'écran. On aurait aimé les apprécier mais, s'ils mettent à nu leurs corps, ils ne le font malheureusement pas pour leurs âmes. On ne les sent pas suffisamment authentiques et sincères. Surtout, leurs personnalités et leurs comportements ne sont pas touchants. Lui est franchement pénible à toujours râler pour rien en surjouant la colère et elle est fatigante avec ses discours moralisateurs récités sans réel questionnement. Leurs échanges sonnent assez faux et vides malgré les divers sujets abordés uniquement en surface. La faute en partie à des dialogues pas assez approfondis et trop artificiels manquant de mots doux. Malgré tout, si leurs prises de têtes sont usantes, leurs moments de tendresses sont beaux, bien que trop rares et arrivant trop tard. Sur la forme, la réalisation du cinéaste français souffle elle aussi le chaud et le froid. Sa mise en scène part un peu dans tous les sens. Elle est détestable lorsqu'elle se contente de champs-contrechamps redondants et interminables, mais est aussi capable de fulgurances. Elle nous gratifie de quelques plans et images magnifiques de la nature, même si sont aspect clipesque et empilement fait là aussi un peu trop superficiel. Il faut dire qu'elle n'est pas aidée par son environnement étriqué de ce logement minuscule n'ayant que deux pièces distinctes. Difficile de se renouveler et d'être créatif dans ce lieu exigu qui aurait peut-être dû être un peu plus grand pour moins restreindre la mise en scène. Ce visuel tantôt sommaire, tantôt sublime, est accompagné par une très bonne b.o. mêlant morceaux de rap et compositions de musique classique. Ces deux genres fonctionnent bien, en plus d'être de bons titres et d'avoir un impact sur les images. Cette cohabitation forcée s'achève sur une jolie fin venant mettre un terme à La Belle Bleue, qui, en conclusion, est une œuvre à très petit budget méritant d'être découverte en dépit de ses carences, car derrière cette épineuse romance se cache un message méritant d'être entendu sur l'avenir de l'humanité toute entière.