1982 : en à peine trois/quatre ans, les studios américains (et pas que) ont déjà bien essoré le slasher et même si Jason continue de tout défoncer au box office avec ses meurtres en trois dimensions, le public commence sérieusement à se lasser. C'est dans ce contexte que sort le film qui nous intéresse ici, réalisé par William Asher et tombé dans l'oubli le plus total ! Ça peut se comprendre puisqu'en fait, nous ne sommes pas vraiment devant un slasher. Même si le réalisateur use des codes du genre, enfin surtout sur sa fin en faisant un espèce de condensé pour surfer sur la vague, nous sommes plus ici devant un thriller psychologique. Billy Lynch, un adolescent de dix-sept ans, prévoie de partir l'année prochaine dans une université prestigieuse avec sa petite amie. Sa tante sérieusement dérangée et possessive ne le voie pas du même œil et va tout faire garder son neveu près d'elle. Le scénario est donc assez simple dans sa base, un adolescent un peu naïf et une tante complètement frappée. Mais le film va aller beaucoup plus loin ! Tout d'abord, j'adore la manière qu'à la folie de monter au sein de l'histoire et notamment bien-sûr à travers la tante qui devient de plus en plus folle, d'ailleurs brillamment interprétée par Susan Tyrrell qui y insuffle la folie et l'énergie nécessaire sans forcément tomber dans le ridicule (ce qu'était franchement pas gagné). Au début, c'est même presque gentillet et puis la frénésie de la tante se dévoile petit à petit. Ensuite, le film est un slasher gay-friendly ! Voilà, je ne sais pas comment le dire autrement mais il dénonce clairement l'homophobie et montre l'homosexualité sous un air positif, notamment avec le coach, figure paternelle de Billy (qui incarne d'ailleurs sûrement une homosexualité latente ou refoulée, victime d'une société conservatrice en étant en plus la figure du mama's boy malgré lui mais c'est un avis purement personnel). L'homophobie est représentée par le flic qui mène l'enquête (enfin, c'est un grand mot) particulièrement débile et borné dont le gros magnum symbolise très clairement une virilité exacerbée et dont les accusations reposent essentiellement sur la sexualité de ses suspects (ce qui nous offre d'ailleurs une scène complètement lunaire où il demande trente-six fois à Billy s'il est gay). Et par-dessus tout ça, le film ajoute une espèce de relation, au départ un peu étrange (même si on a vite compris où la tante voulait en venir) puis ensuite complètement incestueuse,
puisque l'on découvre en plus que la tante est en réalité sa mère. Élément important puisque lorsque Billy tue sa mère/tante, il commet du coup un matricide en plus de tuer le flic avec ce même gros magnum (il se réapproprie alors sa masculinité mise en doute par le flic) et du coup d'anéantir toute figure homophobe du film, en plus de protéger son coach gay/père de substitution.
Ça va être en tout cas difficile pour Billy de se reconstruire après tout ça ! Bref, vous l'aurez compris, " Butcher, Baker, Nightmare Maker" (ce titre a plus de charme je trouve) n'est pas un slasher comme les autres. Il lorgne davantage vers le thriller psychologique en plus d'apporter une représentation gay positive à l'écran, très rare dans le cinéma de genre américain du début des années 80 !