Sofia Coppola filme depuis toujours des spectres. Ses héroïnes ne marchent pas, elles flottent, prisonnières d'un monde trop vaste ou trop doré, légères comme des bulles de savon prêtes à éclater. Priscilla s'inscrit dans cette lignée.
Elle a 14 ans. Il en a 24. Elle est écolière, il est roi. Elle le regarde, fascinée. Il la choisit. C'est ainsi que commence l'histoire, non pas d'un amour, mais d'une transformation. Coppola ne peint pas la féminité comme un royaume d’échappées secrètes, mais comme un territoire d’occupation.
Coppola orchestre cette mue avec la précision d’un naturaliste. La mise en scène de Coppola, tout en velours et en silences feutrés, capte cet emprisonnement avec une douceur trompeuse. Les plans sont sublimes mais oppressants, cadrant Priscilla dans des espaces trop grands, trop vides, trop réglés. Les couleurs pastel ne sont pas une caresse, mais un linceul, une manière de masquer la violence d'une possession sans heurt, sans cris, mais totale.
Le corps de Priscilla n’est pas le sien. Il est un territoire sous contrôle. Elvis décide de ce qu’elle porte, de comment elle se présente, de quand elle doit désirer et quand elle doit attendre. L'abstinence avant le mariage, puis la distance après, deviennent des instruments de pouvoir. Ce n'est pas seulement son image qu'il maîtrise, c'est son être tout entier. Il n'y a pas d'affrontement, seulement une lente disparition. Jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'une ombre, un écho. Alors elle part. Enfin. Mais cette évasion n'a rien d'héroïque.
Cependant, un résulte une œuvre sans scénario où les acteurs se démènent pour sauver les apparences, mais même leur talent ne peut masquer l'absence d'un propos qui tourne en rond. La caméra, témoin, capture l'époque mais se contente de survoler les émotions.