En lançant ce film, je ne m’attendais pas du tout à découvrir une œuvre frôlant autant la perfection. Là où beaucoup de films s’égarent dans des symbolismes trop lourds ou artificiels, I Saw the TV Glow parvient à allier profondeur thématique et puissance cinématographique. Je suis habituellement le premier à rejeter les œuvres qui sacrifient le récit au profit de métaphores vides (le film Men, par exemple, est l'un de mes films pestiférés). Mais ici, la symbolique ne parasite jamais la narration, au contraire, elle l’enrichit. Avant d’être idéologique, I Saw the TV Glow est un grand film, tout simplement.
Le personnage principal vit dans la peur, prisonnier d’un cerceuil (comprendre le placard) qu’il n’ose pas ouvrir. Il se réfugie dans une existence toute tracée, spectateur passif de sa propre vie plutôt qu’acteur de celle-ci. La scène finale illustre magistralement cet enfermement :
À cinquante ans passés, il assiste à l’anniversaire d’un enfant, entouré de chants forcés et de claquements de mains qui s’accélèrent, jusqu’à devenir insupportables. Cette montée en intensité n’est rien d’autre qu’une métaphore du temps qui file, de l’implacable passage des années et de la fugacité de l’existence. Il en vient même à adopter une position foétale au sol et à crier "Maman !". Voilà plus de cinq décennies que son intérieur bouillonne, il regarde dans ses entrailles une vie entière refoulée, puis remet le tout sous une couche de vêtements, pour enfin s'excuser auprès de gens indifférents qui lui tournent le dos. Il n'a pas juste refoulé sa vie, il l'a gâchée.
Tout y est :
le bar gay, l’essayage de robe, le père caricature du bigot alpha male, la transition de la télévision cathodique vers l’écran plat avec cette réplique déchirante : "J’ai même une petite famille, et je l’adore…", prononcée avec désolation. Même le grand antagoniste, qui porte le nom de "Mélancolie", condense le cœur du film.
Difficile de croire que tant de spectateurs aient pu passer à côté d’un sous-texte aussi clair et omniprésent.
Réduire ce film à une imitation de Lynch, comme certaines personnes l’ont fait, c’est passer totalement à côté de sa singularité. Certes, I Saw the TV Glow s’ancre dans une nostalgie marquée (stickers MTV, ambiance des années 90,
et même une apparition d’une actrice de Buffy, clin d’œil savoureux pour ceux qui la reconnaîtront
) mais ce film est tout sauf un pastiche. Le film se tient de lui-même, avec une cohérence totale de bout en bout. Sans exagérer, je pense que c'est un des meilleurs films de 2024.