À son image est adapté du roman du même nom de Jérôme Ferrari. Pour l'occasion, Thierry de Peretti se livre pour la première fois à l’exercice de l'adaptation. Le réalisateur, à qui l'on doit, entre autres, le réaliste film sur la mafia corse Une vie violente et l'intense thriller Enquête sur un scandale d'état, explique : "À la lecture de À son image, j’ai été vite captivé, mais aussi troublé, parce que je venais de finir Une vie violente et j’ai eu l’impression que le roman, d’une certaine façon, dialoguait avec mon film."
"Dans un premier temps, j’ai pensé que ce serait idiot de l’adapter, parce que ce serait vouloir refaire la même chose en changeant juste les personnages… Mais, curieusement, c’est exactement cela qui m’a donné envie de le faire. Refermant le roman, j’en ai tout de suite parlé à mon producteur, Frédéric Jouve, qui en a acquis les droits."
"La nouveauté pour moi, c’est en effet que le point de départ est un roman. Les événements politiques qui rythment le récit sont historiques (ils appartiennent aussi à mes propres souvenirs d’enfant et d’adolescent) : l’affaire Bastelica-Fesch, le double homicide de la prison d’Ajaccio, la mort de Robert Sozzi, la scission au sein du FLNC…"
"Mais les personnages sont de purs personnages de littérature. Pour moi, qui ai fait jusque-là seulement des films dont les personnages sont inspirés de personnes qui ont existé, c’était excitant, mais aussi un peu flippant."
Thierry de Peretti explique pourquoi il a opté pour une voix off à la troisième personne : "Ce n’est pas un film sur la parole, comme l’étaient peut-être mes deux films précédents, mais c’est vrai qu’est arrivé dans le processus, pas immédiatement mais assez vite, cet outil, cette voix off. C’est contradictoire, parce que cette voix, c’était pour nous un moyen pour que soit prise en charge une partie des dialogues et pour faire une économie de texte, mais en même temps, ça le remet ailleurs ! Le langage n’est pas absent du tout."
"On avait envie de ne pas oublier la littérature, nous avions à cœur de continuer à dialoguer avec le roman, même si le scénario allait probablement nous déporter assez loin du texte original."
Thierry de Peretti a tourné A son image dans des endroits en Corse qu'il connaît très bien et dont il peut presque anticiper la lumière en fonction des moments de la journée. Il précise : "Avec Josée Deshaies, qui signe l’image du film (et qui avait fait celle de mon premier court métrage) et Toma Baqueni, le chef décorateur (qui a aussi travaillé sur mes deux films précédents), nous cherchons des axes de caméra et des durées de plans qui permettent à la lumière de bouger presque en temps réel, sous nos yeux. La lumière dans une tragédie permet aussi qu’on ne soit pas trop accablé par ce qui se joue."
A l'origine, Thierry de Peretti a envisagé faire À son image avec les actrices et les acteurs d’Une vie violente. Mais le cinéaste a alors buté sur la question des âges. Les comédiens étaient en effet trop âgés pour le début du récit (qui a une grande place dans le scénario) et trop jeunes pour la fin de l’histoire : "Cette question de l’âge et du temps qui passe (dans le roman, vingt-cinq ans se déroulent entre le début et la fin) a été un vrai casse-tête pour moi jusqu’à assez tard."
"Nous avons, avec Julie, pris la décision qu’il n’y aurait qu’une seule distribution d’actrices et d’acteurs proches en âge des personnages au début de l’histoire, mais ayant une maturité suffisante pour que le spectateur puisse croire à eux quand ils auraient trente ans dans le film."
"Nous avons donc commencé ou recommencé un casting depuis le début en se disant que le film se déroulerait non pas sur vingt-cinq ans, mais plutôt sur une quinzaine d’années, même si ça impliquait de condenser les temps et de rapprocher de manière un peu artificielle les repères historiques."
Dans un premier temps, Thierry de Peretti n'a pas fait passer d’essais à partir du scénario à ceux qui se présentaient au casting, mais a mené avec eux des séances d’entretiens. Le réalisateur se rappelle : "Exactement à la même période, il y a eu les émeutes et l’embrasement de la rue corse après l’agression en prison d’Yvan Colonna. Bien sûr, cela a percuté ou orienté la façon dont les entretiens ont été menés par Julie."
"Les acteurs qui ont finalement été choisis pour jouer les personnages principaux sont dans la vie particulièrement imprégnés de la réalité contemporaine de la Corse : Clara-Maria Laredo, qui joue Antonia, ou encore Marc’Antonu Mozziconacci, Andrea Cossu, Pierre-Jean Straboni, Savéria Giorgi, Barbara Sbraggia, Louis Starace, Harold Orsoni, mais aussi Paul Garatte, Antonia Buresi, Victoire Dubois, Alexis Manenti, Cédric Appietto avec qui je travaille souvent."
"C’est donc aussi leur façon de vivre ou de penser cette réalité qui crée une dynamique avec les personnages. Nous avons passé du temps ensemble pour réfléchir à tout ça, à cette histoire que le film raconte, à répéter, improviser, réécrire. Ce sont tous des acteurs d’une exceptionnelle intensité et intelligence de jeu."
A son image a été présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2024. Thierry de Peretti est familier de la croisette puisque Les Apaches a été montré à la Quinzaine en 2013 et Une vie violente à la Semaine de la critique en 2017.
Dans A son image, Thierry de Peretti incarne le prêtre, parrain d’Antonia. Un homme que l'on découvre vêtu de cuir, avant qu’il n’enfile sa soutane… Le metteur en scène raconte : "Je ne voulais surtout pas que ça soit quelque chose de méta : le réalisateur joue le prêtre, ça pèse tout de suite des tonnes ou bien alors ça renvoie à toute une tradition de cinéastes qui incarnent des prêtres et je ne voulais pas m’inscrire de cette manière-là. Finalement, le rôle est modeste, et ça m’a permis d’être dans le film et d’éprouver avec les actrices et les acteurs ce récit-là. Mais ce fut peu confortable pour moi, j’avoue."
"Je suis parti deux semaines en immersion au séminaire Saint Luc à Aix-en-Provence. J’ai été accueilli pendant la formation des prêtres et très touché par cette communauté prête à embrasser la vie pastorale. Ils m’ont laissé étudier avec eux durant leurs cours de christologie et de théologie morale ou d’histoire du christianisme. Cela a permis de mettre à jour mes représentations sur ce qu’est la pratique de la foi catholique aujourd’hui. Le directeur du séminaire possède une immense affiche du Parrain dans son bureau : nous avons beaucoup parlé de la culpabilité de Michael Corleone !"