Dag Johan Haugerud explique que La Trilogie d’Oslo est en partie née de son besoin de remettre en question les structures sociales dominantes, comme la famille nucléaire. Il voit ce modèle comme un héritage culturel rigide, auquel il est difficile d’échapper, tant il façonne nos attentes affectives et nos schémas relationnels. À travers ses personnages, il veut explorer d'autres manières de vivre et d’aimer, en marge des conventions.
Dag Johan Haugerud insiste sur son désir de participer activement au débat contemporain sur le genre, en posant des questions simples mais puissantes : "C’est quoi l’identité de genre, exactement ? Qu’est-ce que cela fait d’avoir un genre, et qu’est-ce qui différencie, émotionnellement parlant, l’expérience d’être un homme, une femme, ou une personne non binaire ? Nous posons sans cesse des limites à nos propres vies mais aussi à celles des autres."
"Une chose que j’ai toujours considérée comme loin de moi pourrait-elle en fait faire partie de moi ? Les deux protagonistes de DÉSIR notamment essayent de répondre à ces questions à travers leurs conversations."
Pour Haugerud, la trilogie montre que la pratique sexuelle ne correspond pas toujours à l’étiquette qu’on adopte (hétéro, homo, bi, etc.). Il rappelle que cette idée n’est pas nouvelle, mais qu’elle reste encore mal intégrée dans la représentation. À travers ses personnages, il cherche à illustrer cette complexité et cette fluidité de manière naturelle, sans l'imposer comme une problématique.
Le réalisateur Dag Johan Haugerud assume clairement que les scènes de sexe explicites sont presque toujours fausses à l’écran, car elles représentent rarement la vraie intimité. Il préfère laisser la sexualité hors champ ou dans le non-dit, et créer une tension beaucoup plus réaliste par l’attente, le silence, les dialogues ou les gestes. C’est un parti pris artistique fort, en cohérence avec la pudeur et la finesse du projet.
Lorsqu’il parle de Tinder ou Grindr, Haugerud fait preuve d’ambivalence : il reconnaît que ces outils ont facilité l’accès à la sexualité et aux rencontres, mais il exprime une inquiétude. Il trouve problématique que la dimension la plus intime de nos vies soit confiée à des plateformes commerciales. Ce regard critique traverse la trilogie, où les personnages cherchent à préserver ou redéfinir l’intimité en dehors de la logique marchande.
"RÊVES, c’est l’histoire d’un premier amour qui bouleverse tout, un événement intense et dévorant. Sa puissance restera gravée dans la mémoire de Johanne comme un événement merveilleux à côté duquel les expériences ultérieures feront pâle figure. Un premier amour, c’est déroutant, car le désir mental et le désir physique ne se déploient pas nécessairement au même rythme. Même si le choc amoureux peut sembler une force irrépressible, Johanne n’est pas forcément physiquement capable d’absorber des émotions aussi intenses."
"Dès lors, le décalage entre la conception mentale et l’expérience physique lui semble traumatisant. Ce premier amour suscite également l’envie des adultes qui en sont témoins, la mère et la grand-mère. Lorsqu’elles découvrent les écrits de Johanne sur ses premiers émois de jeune femme, elles sont amenées à reconsidérer leurs choix passés en matière de sexe et d’amour. Les trois femmes ont chacune leurs propres expériences et opinions vis-à-vis du désir, de la liberté, de l’émancipation et de la responsabilité, mais celles-ci ne sont pas figées et se contredisent parfois."
"Outre l’amour, RÊVES explore aussi la façon dont le désir sexuel peut justifier certaines actions envers les autres, et comment même une expérience aussi délicate et profondément personnelle que le premier amour peut avoir une valeur marchande."