Une comédie noire subtile mais pas très captivante qui symbolise les dernières heures du régime franquiste, à travers une famille bourgeoise désemparée par l’amnésie de son chef de clan qui angoisse de perdre ses privilèges. 2,25
Carlos Saura est au début de sa période "symboliste" qui va culminer dans son célèbre Cria cuervos, 6 ans plus tard. Le trait est assez appuyé et le discours volontairement confus. On a parfois l'impression d'être dans un film de Bergman terminé par Bunuel. Antonio, le protagoniste principal est à moitié paralysé et amnésique après un accident de voiture. Sa famille lui joue des scènes de son enfance pour lui faire recouvrer la mémoire et, si possible, indiquer où se trouve son compte en Suisse. Traumatisé, sujet à des fantasmes récurrents, Antonio revit la guerre d'Espagne, ses années de riche industriel ... L'allégorie nous semble claire aujourd'hui, vu la situation de l'Espagne de l'époque avec un Franco déclinant dans un pays dominé par une bourgeoisie qui n'a une angoisse : perdre ses privilèges.
On imagine bien que ce pamphlet ou satire politique prenant pour cible Franco et son régime ait pu, en 1970, paraitre subversif et déplaire, en tout cas, au pouvoir encore en place. Métaphorique, Carlos Saura désigne le dictateur espagnol sous les traits d'un homme amnésique et grabataire, paralytique et incontinent, dont la famille -c'est le côté farce du film- tente désespérément de lui soutirer son numéro ce compte en Suisse. Pour autant, le fim n'a rien d'une comédie. Le propos de Saura, à force d'être implicite, finit par devenir franchement obscur. On devine la dénonciation d'un régime anti-démocratique et essoufflé mais les symboles, et au-delà les particularismes politiques et historiques espagnols, nous échappent le plus souvent. Film austère et monotone, "La jardin des délices" est une satire sur le mode intellectuel qui, s'appuyant sur une mise en scène et une dialectique imagées, prend le risque de rester insignifiante et confidentielle pour beaucoup.
On sait que le tableau fameux de Jerome Bosh exposé au musée du Prado a Madrid porte le nom du " jardin des délices ".
Peinture codée elle fut l'objet de controverses quant à son interprétation, mais la plus commune lors de la réalisation du film était la représentation de la vie et de la condition humaine.
La référence au tableau de Jerome Bosh qui est au Prado, ce que "la Joconde " est au Louvre, est évidente dans le film de Saura.
On sait que le réalisateur avait entamé une suite de neuf films avec sa compagne d'alors, Geraldine Chaplin, qui n'apparaît ici que furtivement même si cet opus de Saura lui est dédié.
A travers le portrait d'un ancien chef d'entreprise sans foi ni loi, sévèrement handicapé après un accident de la route, c'est un portrait d'une famille et sans doute de la bourgeoisie de l'époque.
Pas épargnée par Saura, il porte sur elle un regard acide et sans concession. Aucun des personnages ne mérite la considération ( peut-être l'épouse à la fin) et chacun des personnages est vu comme un handicapé moral.
Agréable à suivre, " le jardin des delices" est avant tout une œuvre symbolique, parfois considérée comme un des titres majeurs de l'auteur. Ce dernier point est sans doute discutable.
On notera surtout la présence de Jose luis Lopez Vasquez, excellent acteur, qui donne chez Saura sa meilleure interprétation dans " la cousine Angélique " un des fleurons de la filmographie du grand réalisateur espagnol.
Un riche industriel, suite à un accident, a perdu la mémoire. Sa famille veut qu'il retrouve la mémoire, et pour cela certains membres de la famille vont mimer différents moments de sa vie, de sa jeunesse, afin qu'il se rappelle de son passé, et surtout des numéros secrets des coffre-forts.
Film métaphore sur un pays : l'Espagne qui nous est présentée ici comme un handicapé ayant perdu la mémoire (des massacres et des horreurs de la guerre civile). Mais aussi aventure intérieure d'un homme seul face à la maladie. Une réalisation très honnête de Saura, sans excès stylistique, mais très agréable à suivre. Le scénario, un peu simple, avec peu d'événements dans un lieu presque unique. Importance de l'acteur principal qui porte tout le film sur lui.