En étant honnête, j'attendais énormément de ce "Destins croisés". Longtemps laissé dans les méandres d'Hollywood, ce scénario extrêmement alléchant a fini par être sauvé. Écrit par Colby Day, qui avait déjà scénarisé le très bon "Spaceman", l'histoire semblait être assez ambitieuse et intéressante. Pourtant, même si elle fut sortie du tiroir, elle n'a pas eu les honneurs qu'elle méritait. Après des années de questions sans réponses, le film a enfin fini par sortir, dans l'anonymat le plus total, et sur une simple plateforme de streaming. Étant réalisé par Andrew Stanton, lui qui avait été à la baguette d'excellents projets de chez Pixar, on était en droit d'en attendre un peu plus en ce qui concerne ce long-métrage. Malgré tout, et malgré tous ces déboires, le film est quand même là. Désormais, la vraie question est donc de savoir ce qu'il vaut. Et dans les faits, même si je suis plutôt déçu de certains points, je vous recommande fortement le visionnage. Ce qui fait la force de ce long-métrage est clairement son concept, via cette idée de suivre 3 histoires en parallèle, dans 3 temporalités différentes, et où, pourtant, chacune va amener les mêmes thématiques. Que ce soit dans la période du Néandertal, à notre ère, ou dans le futur, tout le film tourne autour d'un cycle. C'est une sorte d'approche entre la vie et la mort, avec la continuité de l'existence en sous-texte. En soi, le sujet est donc commun, mais amené via un prisme intéressant. On se rend rapidement compte des liens entre les histoires, et chacune d'entre elles aura sa spécificité. Pour la première, j'ai aimé l'approche sans dialogues, où la mise en scène et le jeu des acteurs doivent tout raconter. Et dans l'exécution, c'est plutôt bien réalisé, car on comprend toujours tout facilement. Pour la seconde, c'est peut-être celle qui se veut bien plus classique que les deux autres, mais l'attachement aux personnages est finalement plus fort ici. J'ai beaucoup aimé l'alchimie entre Daveed Diggs et Kate McKinnon, ce qui offre beaucoup de sympathie naturelle aux personnages. Et enfin, pour la dernière histoire, j'ai beaucoup aimé que le film ose aller sur des sujets aussi d'actualité, via la valeur d'une vie humaine ou l'importance d'une vie artificielle. En bref, dans sa globalité, le film est franchement intéressant. Il est porté par un montage qui relie toujours astucieusement les séquences d'une temporalité à l'autre, jouant sur des sujets ou des éléments communs. La musique très planante renforce également l'ambiance, et on se retrouve donc face à une petite expérience franchement pas désagréable. Mais comme je l'ai dit, le film a eu des difficultés à se faire, et ça se sent. J'avoue que je suis déçu de le voir être un peu limité en matière de décor et d'environnement, car ils sont peu nombreux et toujours filmés d'une manière très classique. Par ailleurs, je trouve que, si le final est convaincant, la deuxième partie du film manque de quelque chose. De grosses longueurs apparaissent rapidement, et j'aurais probablement aimé une sorte de second souffle à ce moment-là, que le film aille encore plus loin avec ces idées. Au lieu de ça, il reste un peu enfermé avec celles-ci, et c'est dommage. Il pose plein de thématiques, mais ne les amène jamais vraiment plus loin que le premier niveau de lecture. Et à ce propos, on remarque bien le manque de moyens. Plus de décors ou la possibilité de faire quelque chose de plus ambitieux aurait peut-être rendu un meilleur service à ces idées. C'est donc bien dommage, mais je resterai malgré tout plutôt positif quant à ce film. Pour moi, il est quand même bien plus intéressant que bien d'autres projets du genre, et c'est déjà une bonne chose. Pour conclure, une histoire probablement trop grande à adapter avec si peu.