Loin du biopic, Maria est une incantation, un chant du cygne sublimé par l’image et la voix. Le film ne cherche pas à raconter la vie de Maria Callas, mais à en ressusciter l’ombre, à en capturer le frémissement ultime, ce moment où le corps vacille sous le poids du passé, où la voix n’est plus qu’un écho de sa propre splendeur.
Angelina Jolie habite le rôle avec une intensité rare. Elle n’imite pas la diva, elle l’incarne, la devine dans ses silences, dans ses colères, dans cet abîme d’orgueil blessé qui la consume. Ici, la Callas n’est plus la prêtresse infaillible qu’elle fût sur scène, mais une femme en exil d’elle-même, enfermée dans le luxe glacé de son appartement parisien, fuyant un monde qui ne la comprend plus. Son regard, perdu dans des souvenirs délabrés, dit tout du paradoxe de son existence : une icône vénérée, et pourtant plus seule que jamais.
La mise en scène est somptueuse, opposant la grandeur d’autrefois à la déchéance du présent, entre éclats d’or et lumières crues. Les scènes d’opéra, filmées avec maestria, sont des fragments de gloire que la Callas convoque dans sa mémoire, comme pour en conjurer la disparition. La prouesse du film tient aussi dans ce travail sonore audacieux : la voix de la cantatrice se mêle à celle de l’actrice dans une fusion inédite, troublante, où réalité et illusion s’effleurent dans un ultime aria.
« Maria » est un voyage au cœur du crépuscule, une élégie somptueuse où l’icône s’efface peu à peu derrière la femme, où la voix s’éteint doucement, emportant avec elle un pan de l’éternité.