Histoire vraie : salle Agnès Varda, le générique de fin se lance, c'est avec la bouche en cœur qu'on applaudit bruyamment...et qu'on entend les échos de nos propres applaudissements. Solitude. "Ah. Mince, personne n'a aimé ?" Eh bien non, visiblement, après ce moment de solitude (on entend encore les échos secs, vides, esseulés, de nos "clap clap" joyeux résonnant dans ce néant de silence outré... Ça nourrira nos prochains cauchemars), on assumera d'être la zinzin de service qui a vraiment bien aimé le trip sous stupéfiants (antidépresseurs ultra forts, noyés sous du whisky bon marché) de Die, My Love. Alors, assumons (on a défendu plus indéfendable). Le film s'ouvre donc sur une BO qui éclate les tympans en deux (les baffles de la salle ont failli rendre l'âme, ça crachait pire qu'une mauvaise fréquence FM), forçant nos voisins de siège à se boucher les oreilles en rouspétant, tandis qu'en bon public de concerts punks en fosse collée à la scène, on levait presque les bras (vraiment, "la zinzin qui aime", première minute du film). S'est ensuivi un drame sur le post-partum neuropathologique dégénérescent (de grands mots scientifiques pour dire : une maladie psychique aléatoire qui touche certaines femmes après l'accouchement, qui deviennent dingues sans aucune explication, voir le très beau film Hungry Hearts pour plus d'infos) qui nous a touché, comme on est plongé dans la tête de Madame (ce qui explique la BO à fond les baffles, les aboiements du chien ultra-forts et en continu, les bruits du quotidien sur-amplifiés... On vit le trouble avec elle), tandis que Monsieur se révèle être un mari démissionnaire ("Oh, allez, un clébard, et elle sera contente, en attendant la bibine me fera oublier dans quelle galère je suis..."). Dans leur rôle, Jennifer Lawrence et Robert Pattinson sont sidérants, ils semblent habités par leur rôle, tous deux indissociables des troubles psy qui les font chuter. Aussi, on n'a eu que compassion pour cette histoire de couple toxique, malheureux, qui aurait gagné à se faire soigner de suite, si seulement l'insouciance de la jeunesse et la fierté de l'époque n'avaient pas plus compté qu'un bon diagnostic psy (pour les deux parties du couple). Mention à la grande majorité de la salle qui râlait "qu'ils n'avaient rien compris" qui effectivement n'a même pas saisi que le personnage de Lakeith Stanfield n'existe pas...
Comment ne pas voir que seule l'épouse interagit avec lui (même avec sa famille, sur le parking, Pattinson semble ne pas les voir), n'étant donc qu'un fantasme sexuel compensant le délaissement de son époux...
"C'était trop compliqué", apparemment (on n'a pas compris cette critique, on vous l'avoue avec les bras ballants, ce fantasme étant un élément de niveau 0 en décryptage). La mise en scène est très loin d'être fine (les "scènes de chasse" au ras des herbes par Jennifer Lawrence deviennent vite risibles, malgré tout le sérieux irréprochable qu'y applique l'actrice), la scène de fin aurait pu s'offrir de meilleurs effets numériques (
l'incendie est laid, même qu'il soit dans la tête de l'épouse
), et le parti-pris d'être coincé dans la tête de Madame est très clivant (les scènes sont montées de façons psychédéliques, la BO arrache les esgourdes... Soit vous vous braquez, comme 99% de la salle - et on comprend parfaitement - soit vous levez les bras comme à un concert de punk anar', ce que ce film rêve d'être dans le monde du septième art, concrètement). L'interprétation transcendée du binôme Lawrence-Pattinson et les partis-pris très clivants (pour gueuler un bon coup sur ce que ressent une femme en post-partum extrême) ont fait de ce Die, My Love une super séance pour notre part, contre l'avis de tous (et les tympans en moins, mais on a l'habitude). Du coup, on n'entend pas les critiques adverses, c'est pratique. Clap, clap, clap...