Le charme du cinéma est de nous emmener dans des contrées singulières et de nous émouvoir avec des histoires universelles. Les courbettes japonaises sont toujours étranges. Quand elles voisinent avec des attitudes respectueuses, elles peuvent aussi exprimer une violence inattendue. L'enfance ici ou là est un moment bouleversant que le réalisateur prix du scénario à Cannes aborde dans toutes les ambigüités que promet le titre : l'« innocence ». Si l'image du puzzle a été souvent évoquée pour décrire le procédé de montage, je n'ai pas vu le moindre énigmatique procédé artificiel dans ce cheminement limpide de plus de deux heures. A partir du quotidien d'une famille monoparentale où la bienveillance maternelle entre en conflit avec l'institution scolaire, la vérité se fait jour petit à petit, subtilement, depuis trois points de vue qui déterminent la structure du film. Des mots peuvent prendre des dimensions inattendues et blesser. Des personnages, des passions se révèlent, ponctués de moments d'émotion et de belles images tempétueuses rendant inquiétants les refuges les plus poétiques.
Une très belle et grave histoire d'amour secret, qui finit ... bien ou mal, le spectateur choisira (la chute m'a semblé assez claire, même si le film peut laisser à ceux qui en ont envie la possibilité de croire à une autre fin).
Toute l'intelligence du film est dans la confrontation des points de vue (celui de la mère, ceux des adultes) à la réalité (celle vécue par les deux enfants), qui permet au spectateur de comprendre progressivement ce qui s'est passé. Les adultes, qui ne voient qu'une infime partie de la réalité des enfants, et qui croient, comme nous tous, ce qu'ils ont envie de croire, se trompent, parfois dramatiquement, en accusant les mauvaises personnes. Les enfants mentent pour se protéger. Les adultes se mentent à eux-mêmes (et mentent à l'occasion aux autres), pour se protéger ou pour protéger ce à quoi ils tiennent (la réputation de l'école par exemple).
S'il y a bien un coupable plus coupable que les autres (et, spoil, ce n'est pas un enfant), personne, ou presque, n'est complètement innocent. Les adultes sont aveugles parce qu'ils ne veulent pas voir. Les enfants, qui comprennent certaines choses bien mieux que les adultes, sont cruels et impitoyables entre eux, et reproduisent les préjugés des adultes.
Plutôt que d'innocence, le film parle de ce qu'on cache ou de ce qu'on se cache à soi-même. Sa force est que s'il n'épargne personne, il ne condamne personne non plus. Sa force est aussi son universalité : même si l'histoire se passe au Japon, elle pourrait se passer n'importe où (on pense par exemple au harcèlement à l'école).
Il est vrai que la compréhension du film exige un peu d'efforts de la part du spectateur : la vérité de chaque événement, et du film dans son ensemble, étant la somme des vérités de chaque personnage, vérités que le film donne à voir à mesure qu'il avance, il faut rester éveillé du début à la fin.
C'est notamment pour cette raison qu'on aurait envie de le revoir. Mais c'est aussi parce qu'il est beau : la scène où la directrice et l'enfant jouent ensemble du clairon ("ce que tu ne peux pas dire, souffle-le") est une pure merveille, comme celle où les deux enfants jouent au "Qui suis-je" dans le wagon ...
Ce n'est certes pas le film qu'il faut aller voir pour se remonter le moral. Mais c'est un film très beau et très fort.
Magnifique long métrage japonais à la fois réaliste et poétique. Film choral bouleversant sur 2 jeunes garçons pris dans les tourments et l'immédiateté de l'adolescence. Et comme toujours dans les oeuvres de l'Empire du Soleil Levant, un témoignage passionnant des us et cotumes de ce pays décidemment à part. N'hésitez pas !
Un film comme des coups de poing, de prime abord complètement déroutant , la société japonaise nous paraît bien incompréhensible et presque insensible. Puis différents points de vue viennent compléter et éclairer la narration, remettre en place et en perspective l'histoire. Un très beau film à la réalisation parfaite porté par de jeunes acteurs hyper touchants. Une ode à l'enfance et à son pouvoir enchanteur.
Encore une magnifique histoire. Une réalisation audacieuse et de jeunes acteurs convaincants transforment une belle idée en un film inoubliable. Foncez !
Film brillant certes, bien filmé si l'on veut, intelligent oui mais ô combien alambiqué - la première heure, on ne comprend rien - et surtout... désespérément ennuyeux. Mais d'un ennui sans nom ! Amoureuse du cinéma en général, je ne publie normalement que les critiques des films que j'ai aimés, mais je n'en peux plus d'aller me fader des films pénibles sous prétexte qu'aux yeux de la critique, tout ce qui est asiatique est génial. Je suis sortie de ce film en colère, et avec la ferme intention de ne plus me faire avoir par le snobisme. J'ai tellement perdu de temps devant ce film... mais ce sera la dernière fois !
C'est fou comme ce film laisse perplexe. Sa note en est d'autant plus difficile. Une autre folie: L'audace du Kore-eda. Les thématiques couvertes sont audacieuses et tout aussi touchantes. C'est en soit un succès car cela reste longtemps dans l'âme et dans le cœur.
Une œuvre sur l'enfance, la marginalité et les solitudes, par le réalisateur de «Une Affaire de Famille» et «Les Bonnes Étoiles».
Raconté de plusieurs points de vue, l'histoire d'un secret dont j'ai deviné assez rapidement la raison, mais traitée avec justesse et sensibilité, et ce malgré quelques longueurs au cours du récit.
Un beau film mais aussi une petite déception en partie au vue des critiques dithyrambiques. C'est un film labyrinthiques qui multiplie les faux semblants et les fausses pistes. Je trouve que les deux premières parties du film fonctionnent très bien, on est intrigué et on veut savoir le fin mot. Mais le dernier tiers est long et les multiples allers retours ne servent finalement pas. La réalisation est maîtrisée et les acteurs solides. A voir.
On suit l’histoire de Minato, jeune garçon perturbé, vivant seul avec sa mère dans une ville du Japon.
Le rythme est plutôt lent, mais l’on ne s’ennuie pas pour autant. On a à cœur de comprendre les raisons du mal être de Minato. Au fil de l’histoire, on passe par différents points de vue. Celui de la mère qui voit son enfant comme étant innocent et cherche absolument un coupable, qu’elle trouvera en Monsieur Hori. Et les points de vues de l’enfant ainsi que de son professeur. Finalement, l’innocence c’est ce que défendent les personnages, chacun à leur manière. C’est aussi l’innocence de l’enfant qui est parfois manipulé comme un pantin par les adultes qui l’entourent. On y voit un système scolaire japonais qui ne veut pas faire de déboires, qui veut rester exemplaire, quitte à enfouir la vérité. Enclin à une certaine manipulation également. Le thème de l’enfance est omniprésent, on y aborde sa complexité autour de sujets comme les premiers émois, le harcèlement ou encore la maltraitance.
Le film se veut être un thriller, bien que le suspense n’est pas insoutenable, il ne démérite pas pour autant et maintient le spectateur dans une certaine attente de la vérité. Il nous rappelle le film Close sorti en 2022, par son histoire et les thèmes abordés mais aussi par sa poésie et la sensibilité des personnages.
Quel ennui! Des séquences répétitives supposées traduire le point de vue des personnages, mais filmées sans subtilité et sans grâce. A moins d'être expert en psychologie japonaise, on a envie de fuir au bout de 40 minutes. Film sans doute raté... mais cela ne se dit pas d'un "grand" cinéaste.
Quelle claque ! Des thèmes universels abordés avec une subtilité déconcertante. Rien à redire si ce n'est qu'il mérite bien le Prix du Meilleur Scénario
Retour au bercail pour Hirokazu Kore-eda, après l'escapade française (Une vérité) et le crochet par la Corée du sud (Les Bonnes Étoiles). Mais on sent que le réalisateur en profite surtout pour repenser son cinéma. La thématique de la famille n'est pas abandonnée mais en filigrane, le premier plan étant tourné vers un jeu de perceptions. Trois, en réalité. Celle de la maman du jeune Minato dont le comportement inquiète sa mère, puis celle son professeur soupçonné de harcèlement à l'égard du petit garçon, et enfin celui de Minato (fantastique Soya Kurokawa). Une structure empruntée au Rashōmon de Kurosawa, et il faut bien reconnaître que si on en connaît les rudiments, alors les deux premières parties sembleront un peu longue. Mais ne pas négliger les nombreux éléments, indices ou motifs (un allume-gaz, la réincarnation, "monstre") semés çà et là. Arrivés au dernier segment, ils vont d'un coup prendre une tout autre signification et faire de ce récit à plusieurs voix une brillante allégorie sur la dissymétrie entre le monde de l'enfance et celui des adultes. À travers la mère ou le professeur, ce sont nos biais, filtres et préjugés - basés sur l'inattention ou la pression sociale - que le réalisateur révèle et oppose à la pureté de l'âge innocent. Sur ce point, le titre français est moins ambigu que le titre japonnais (Kaibutsu signifiant Monstre). Et si un seul visionnage suffit pour comprendre L'innocence, on aura envie de s'y reprendre à plusieurs fois pour l'aimer encore plus.