La Slovénie n'est pas le pays cité en premier lorsque il est question du nationalisme dans les contrées de l'ex-Yougoslavie. Il n'empêche que le sentiment existe, auprès d'une certaine population, notamment dans des petites villes industrielles, où Slovènes et "étrangers" (de Bosnie) cohabitent. Pour traiter son sujet, Marko Šantić choisit de faire de son héros un amnésique, dont la mémoire sélective le ramène dans la ville où il a grandi, à la recherche de sa propre personnalité. Tourné dans des tons gris, Wake me ne cherche pas à donner de leçons mais entend montrer que n'importe qui a la capacité de changer, pour peu qu'il ait l'opportunité de penser par lui-même, sans haine ni ressentiment. Volontairement pas très aimable, notamment avec son personnage principal ambigu, le film impose son rythme au fil des minutes, à mesure qu'il s'insinue plus avant dans un environnement gouverné par l'animosité et l'intolérance. Dans ce petit monde, l'amnésie est à la fois un garde-fou et un piège. Elle ouvre aussi un champ de possibles à un scénario qui reste cependant fidèle à sa ligne et cherche avant tout la crédibilité de ses personnages et de son histoire, dans une veine très naturaliste.