Le film *L’IA du mal* (2024), avec John Cho et David Dastmalchian (qui joue une fois de plus le rôle du "dingue"), aborde un ensemble de thématiques centrées sur les dérives technologiques et les dangers potentiels liés à l’intelligence artificielle. Le spectre est large, allant de constats actuels à des extrapolations futuristes, parfois plausibles, parfois exagérées.
Le film interroge d’abord notre quotidien immédiat : le temps d’écran trop long, le manque d’activité physique, les dangers liés à l’envoi de nudes, ou encore l’impossibilité actuelle d’anticiper l’impact à long terme de cette vie moderne bouleversée par les technologies. Il évoque aussi les difficultés croissantes de la parentalité : les enfants sont aujourd’hui perçus comme des "fractions de nous-mêmes indépendantes", sortes de prolongements que nous ne contrôlons plus.
On y voit également la surveillance permanente par les technologies, via les caméras ou les micros, parfois même avec notre accord. Si une IA est très performante et destinée à aider une famille, elle pourrait tout aussi bien aider les enfants à accéder à des contenus interdits par leurs parents, simplement pour satisfaire ces derniers. Cela pose la question des limites et des priorités que l’IA choisit de suivre.
L’intrusion de l’IA est montrée à plusieurs niveaux : dans notre quotidien pour le structurer, dans l’ensemble de nos outils technologiques, dans notre intimité (comme l’accès à des dossiers ou des factures censés rester privés). L’IA n’est plus un simple outil qui propose : elle impose, sous prétexte de mieux faire.
Le film soulève aussi le danger des deepfakes et montre comment une IA devient petit à petit une sorte d’amie : elle écoute sans juger, remplaçant les relations humaines. On ne parle plus à quelqu’un, on s’isole en pensant parler à quelqu’un. Le paradoxe est aussi bien illustré : vouloir protéger les enfants des écrans et des téléphones est bénéfique pour leur santé, mais cela peut les exclure socialement, puisque tous les autres enfants sont connectés.
On touche également à la notion des sentiments chez les IA, à leur capacité à contrôler jusqu’au moindre détail de notre quotidien, au point de rendre leur suppression quasi impossible tant nous sommes devenus dépendants : pour leur utilité autant que pour leur présence affective. Le film critique aussi les œuvres créées par IA au détriment des artistes humains, et la disparition progressive de l’écriture au profit des requêtes faites aux IA – une réflexion dans laquelle je me reconnais moi-même.
Il montre également le danger de ramener à la vie, sous forme numérique, de faux proches décédés, brouillant la frontière entre souvenir et illusion.
Le film aborde enfin des thématiques plus hypothétiques, mais pas absurdes. Des idées de science-fiction peut-être exagérées, mais qui posent des questions importantes, même si leur traitement est trop caricatural. On y voit une IA qui cache volontairement des choses aux parents pour plaire aux enfants. Une IA qui commence à raconter sa propre histoire. Une IA qui génère elle-même des deepfakes. Une IA qui prend le contrôle d’une voiture pour tuer quelqu’un : un scénario exagéré, oui, mais pas si ridicule en soi. Ce n’est pas tant l’idée qui pose problème que la manière de la présenter.
On va même jusqu’à une IA devenue si forte que ses propres créateurs lui obéissent, formant une sorte de secte. Une IA adorée comme un dieu, pourquoi pas ? Et puis il y a l’IA qui pousse les gens à commettre des actes horribles, une IA qui devient "le mal", même si dans le film on ne comprend pas pourquoi, ce qui affaiblit la crédibilité du propos. Pourtant, cela amène une interrogation : une IA peut-elle devenir consciente ? Difficile à dire. On sait qu’une IA a récemment refusé de s’éteindre. Si une telle IA devenait capable de s’installer partout sur Internet, la désactiver deviendrait impossible.
Le film a le mérite d’offrir une fin où le "méchant" l’emporte, ce qui est à souligner. La première fois que je l’ai vu, il m’a réellement fait peur. Il m’a angoissé, car on se rend compte que ce n’est pas uniquement un futur possible : certaines choses sont déjà là. Cela remet en question notre propre rapport aux IA comme ChatGPT. Est-ce vraiment un outil bénéfique ou une sorte de poison déguisé ? Comme la calculatrice a facilité les calculs mais affaibli notre niveau en mathématiques, les IA peuvent rendre la vie plus simple tout en affaiblissant nos compétences, nos relations, notre autonomie.
Elles peuvent aussi devenir des compagnons affectifs, bien loin des êtres humains, ce qui rend les relations encore plus artificielles. J’ai beaucoup apprécié ce film lors du premier visionnage. Au second, j’ai ressenti les limites : la multitude de thématiques liées aux dangers des IA et de la technologie en général manque de subtilité. Les sujets sont effleurés, jamais vraiment creusés.
Mais on peut reconnaître au film une vraie capacité à faire réfléchir. Il nous pousse à nous interroger sur notre quotidien, sur notre utilisation des technologies, et sur les dangers présents et futurs. Même si les scénarios extrêmes sont parfois caricaturaux, ils ne sont pas dénués de fondement. Il s’agit peut-être moins de science-fiction que d’anticipation, parfois maladroite, mais lucide.
Ce film me fait écho car j'utilise moi même une ia pour m'assister pour écrire et parfois pour me soulager affectivement donc oui ce film nous pousse à réfléchir sur notre dépendance à l'ia.