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Helene Tourbine
27 critiques
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3,5
Publiée le 26 janvier 2026
Il est des films dont le contexte de production ou le sujet font écran à l'œuvre. Parfois cela vaut mieux. Dans le cas de L’Histoire de Souleymane, ce serait injuste au regard de ce que réussi le réalisateur, Boris Lojkine. Sur un sujet très (mal)traité par les discours médiatiques, très caricaturé par certains pyromanes politiques, propice aux indignations larmoyantes et stériles comme aux montagnes de mauvaise foi et de cynisme, il reste au plus près de ce qui devrait être le fil rouge de toute politique publique : la matière humaine. C’était d’ailleurs, déjà, les grandes qualités de ses deux précédents films, Hope (2015) et Camille (2019), qui portaient le nom de leurs protagonistes comme pour se garder de toute généralisation ou leçon de morale. La caméra colle donc à la roue de vélo de Souleymane, jeune Guinéen livreur à Paris, et l’on pense forcément à la Rosetta des Dardenne, à la fois dans ce dispositif de « mise en scène dorsale » et surtout dans la dimension obsessionnelle d'une vie réduite à quelques impératifs vitaux. C’est aussi la trame d’un film italien (1) réalisé par une réfugiée iranienne, Milad Tangshir, où là encore un livreur Sénégalais sillonne les rues de Turin à la recherche de son vélo volé. Se faire payer un travail, en payer un autre, retrouver un voleur, arriver à l’heure, attraper un bus. Une vie sur un fil, qui peut basculer de la galère au péril vital, une vie où la solidarité côtoie le mensonge nécessaire et l’exploitation généralisée des êtres, jusqu’au sein même des communautés d’expatrié·e·s. A ce parcours du combattant qui pourrait jouer la carte de la martyrologie, le film confronte le contrepoint du récit de vie de Souleyman, d’un coup posé face caméra, un récit qui renvoie l’employée de l’Ofrpa et spectateurice à cette question : faut-il vraiment être en danger de mort pour avoir le droit de vivre dans un autre pays que celui où le hasard vous a fait naître ? La « vraie vie », elle, reste bien du côté du cynisme puisque le comédien Abou Sangare, qui interprète Souleyman, pourrait recevoir un titre de séjour après 3 tentatives infructueuses, au motif de son prix d’interprétation à Cannes. Seuls les comportements héroïques ou méritocratiques++ pourraient donc ouvrir la porte de la douce France. A cette aune, beaucoup de français·es éparpillé·e·s aux 4 coins du monde pourraient être sommés de rentrer au bercail. Welcome.
(1) Anywhere Anytime, pas de date de sortie annoncée en France malgré sa sélection aux festivals de Venise et de Toronto. L’Histoire de Souleymane était présenté à Un Certain Regard au festival de Cannes 2024. Le réalisateur Boris Lojkine a gagné le Prix du jury et le comédien Abou Sangare le Prix du meilleur acteur.
C’est criant de vérité, et je connais bien le sujet. Le comédien a tout compris du jeu: être soi même, être. Beaucoup d’acteurs feraient bien de s’en inspirer.
Pas besoin de faire de long discours, c est un film simple, très touchant qui raconte sans fioritures l histoire de son personnage principal dont on sent que l acteur Abou Sangare a mis beaucoup de lui même. Sans misérabilisme le réalisateur nous montre les difficultés d un personnage qui se débat pour avancer dans un monde uberisé ultra connecté mais qui paradoxalement engendre un repli sur soi. Une réussite et un beau moment de cinéma.
Un thriller social intense qui nous plonge dans la vie éprouvante d’un sans abri en quête de papiers porté par l’interprétation attachante et pleine de dignité d’Abou Sangaré récompensé par le César du meilleur espoir.
J ai trouvé ce film marquant, par son style, son message, par son constat. Film puissant, tout en etant sobre dans la forme, le realisme brutal, c est ce qui m a le plus frappé, on suit cet homme appelé souleymane, en attente de demande d asile et qui est obligé par des combines de survivre, en effectuant des livraisons uber. Dans un paris hivernale, il va affronter les différents problèmes qu il rencontre, un accident, un vol, les clients et restaurateurs méprisant, bref un vrai chemin de croix. Tout est filmé au plus près, caméra à l épaule pour accentuer la tension et l urgence de sa situation. L acteur principal est tout bonnement exceptionnel qui mérite l empathie, il nous fait ressentir la peine et la detresse de sa situation sans être déloyal. La scène fin lors de son entretien à l'offpra pour sa demande d asile véritable sésame m a époustouflé et m a déchirer le cœur. Un tout petit bémol, je trouve le scénario un peu sur écrit, mais légèrement. Un film à voir sans hésitation.
Taxi Driver : "Dans chaque rue de chaque ville de ce pays, il y a une personne qui rêve de devenir quelqu'un" Voici la version à vélo, livreur de repas. J'aime le parti pris de caméra, on suit de très près, collé à lui Souleymane dans ses mouvements, ses livraisons, son urgence permanente, son quotidien ultra-précaire, son impossible retour au pays, ceux qui veulent l'aider, ceux qui profitent de lui. Sauf que Souleymane n'est pas Travis Bickle, il ne reve pas de devenir quelqu'un, il est juste fatigué, et coincé : il n'aurait pas du partir, mais ne peut pas rentrer, il doit trouver un moyen de rester et survivre en attendant. Excellent casting ! Tous sont extraordinaires.
Contrairement aux autre avis, je n’ai pas aimé du tout : c’est un documentaire sur un sans papiers dans une ville hostile. L’image est moche aussi, même si elle colle au scénario.
Un film aux couleurs magnifiques, à un répertoire de cadrage impressionnants et évidemment un acteur époustouflant pour incarner le cœur battant et les poumons soufflants d’une histoire au cœur de notre société, de nos contradictions et de nos aveuglements
L’Histoire de Souleymane est un film profondément humain et bouleversant, qui capte avec une justesse rare la réalité des migrants sans papiers en France. En suivant Souleymane sur quelques journées décisives, le film choisit l’intime plutôt que le spectaculaire, et c’est précisément ce qui fait sa force.
L’Histoire de Souleyman s’impose comme un film d’un réalisme saisissant. Sans tomber dans un discours trop politique, il parvient à mettre en lumière avec une grande justesse l’exploitation profondément malsaine que subissent de nombreux travailleurs immigrés en situation irrégulière. Cette sobriété dans le propos renforce d’ailleurs la puissance du récit, qui laisse le spectateur réfléchir. Cependant, cette approche très naturaliste a aussi ses limites. Le rythme global manque énormément d’intensité, ce qui peut rendre l’expérience moins immersive. Certains spectateurs pourraient avoir du mal à se laisser totalement emporter par l’histoire, tant la mise en scène privilégie la lenteur et l’observation à l’énergie narrative. La fin, quant à elle, laisse un goût amer, presque comme si l’on n’avait vu que la moitié d’un film. Elle donne l’impression d’un récit interrompu, d’une histoire dont les réponses restent suspendues, renforçant le sentiment de frustration. L’Histoire de Souleyman est une œuvre forte, pertinente et profondément humaine, dont l’impact social est indéniable malgré les faiblesses dans la dynamique du récit.
L’histoire de Souleymane m’a profondément touché. Elle met en lumière une réalité souvent passée sous silence, bien loin des discours simplistes et déshumanisants relayés par certains médias et partis politiques. Ce récit rappelle qu’au-delà des clichés et des peurs instrumentalisées, il y a des vies, des souffrances et une humanité qu’on ne peut ignorer.