Je viens de voir le film intitulé "Niki", un film qui retrace une période de la vie de l'artiste Niki de St Phalle, au moment ou celle-ci arrive à Paris.
Le fait que la réalisatrice n'ait pas eu le droit de filmer les œuvres de Niki de St Phalle, l'a conduite à faire le choix radical de ne mettre en scène que la personne, le personnage Niki, joué par Charlotte Le Bon qui, du coup, doit manifester à elle-seule dans son jeu d'actrice, toutes les intensités des colères, toute l'énergie dépensée par Niki, sans que le spectateur puisse en mesurer les effets sur les œuvres produites. Mais ce n'était peut-être pas le propos de Céline Salette qui voulait manifestement se concentrer sur les obstacles existentiels rencontrés par l'artiste avant qu'elle ne soit reconnue. La scène qui représente le mieux, qui cristallise les outrages que l'artiste a subis est celle qui montre le psychiatre de la clinique où elle est enfermée, brûlant la lettre du père de Niki. Cette lettre était un aveu : en voulant demander pardon à sa fille, il révélait qu'il s'était livré à un inceste. De la part du psychiatre, la suppression de cette lettre, seul objet concret sur lequel Niki pouvait s'appuyer pour être écoutée et envisager éventuellement une reconstruction, est la manifestation par excellence de l'ordre machiste : le psychiatre ne veut pas se charger de considérations familiales qui remettraient en question l'autorité patriarcale et qui viendraient également troubler son travail confiné dans l'asile. En supprimant cette lettre, il couvre un criminel et il est assuré de laisser "sa patiente" entièrement démunie et sans défense. On comprend ici, les réactions de Niki, sa colère, ses cris, ses larmes. Mais il me semble que cette scène perd de sa puissance parce qu'elle est noyée dans un flux continuel de comportements, d'emportements identiques de l'actrice, aussi bien lors de sa rupture avec un amant ou après la visite d'un galeriste qui n'a pas apprécié son travail. Je ne sais pas si la réalisatrice s'est rendu compte qu'elle a dressé un portrait de femme qui est un cliché contre lequel les féministes ne cessent de lutter : la femme hyper-sensible, la femme qui pleure, la femme qui crie et qui se décide sur des coups de têtes. Aucune scène ne montre Niki réfléchissant, pensant, s'interrogeant. Seule la scène du jeu de fléchettes avec les deux jeunes frères nous la montre saisie, comprenant qu'elle venait d'assister à une représentation symbolique de "la mort du père". J'ai l'impression que la réalisatrice s'est laissée entraîner par les talents de son actrice, tous les actes de création sont dramatisés comme si l'art ne pouvait avoir qu'une fonction cathartique.
La dernière scène nous montre Niki en public, tirant sur des ballons accrochés sur un panneau et remplis de peinture. Nous ne voyons pas le résultat mais la caméra filme l'envol des pigeons au moment de la détonation. On peut espérer que la frustration causée par l'interdiction de représenter les œuvres de l'artiste donnera aux spectateurs l'envie de voir ou de revoir ses œuvres, en vrai, à l'air libre.