Une comédie dramatique qui amorce son intrigue dans la légèreté (le procès de Cosmos, un petit chien qui a mordu une femme), la poursuit dans l'absurde (le chien serait misogyne) et fait tomber son couperet brutal dans une dernière partie qu'on n'a pas vue venir (aussi, on n'en dira rien, pour vous garder la surprise, mais : on ne s'attendait clairement pas à ça). Le Procès du chien est à l'image de son héros, il vagabonde gaiment un peu n'importe où (on est confronté à toutes les théories fumeuses quant à la morsure, on rigole de bon cœur devant les "boutons d'expression" du chien, devant la scribe qui est au bout de sa vie dans ce procès de l'Enfer... Beaucoup de bonnes idées qui fusent !), mais en s'oubliant parfois un peu sur le tapis de mamie (on n'explore jamais
l'origine de sa misogynie : aurait-il été frappé par une femme dans sa jeunesse ? C'est le cas typique des traumas genrés chez les animaux ; et de même : la victime ne voulait-elle vraiment que réparer son visage, ou existait-il un appât financier/rancœur dont on ignorait l'existence ? Ne s'est-elle pas servie du chien pour saborder son ex ?
...). Alors même si cette comédie manque parfois de consistance, au profit de ses éclats de folie (qui fonctionnent souvent) et surtout d'un François Damiens qui est le vrai chien déchaîné de cette farce, on apprécie cette histoire qui nous reste en tête, après visionnage. De repenser à la caractérisation de l'animal en tant qu'objet (une honte), de repenser à ceux qui ignorent tout du chien (même les enfants savent qu'on ne caresse pas un chien n'importe comment) et se plaignent de s'être fait mordre ensuite (c'est même devenu un business dans les procès, aux États-Unis...on peut les gnaquer, nous aussi ?), de repenser que la peine de mort s'applique volontiers à un chien qui a mordu plutôt qu'à des meurtriers multi-récidivistes (l'argument est cité : oui, le film ose dire les choses)... Sous ses airs de comédies loufoques, Le Procès du Chien (oui, on met une majuscule, parce qu'il le mérite) est un film très politisé, bien heureusement, pour nous faire réfléchir à la place de la vie (sa sacralisation ou au contraire son mépris, en fonction de l'être vivant dont on parle), et à la Justice qui ne fait pas grand cas de nos amis à pattes, vivement que cela change. Pour tous les "Cosmos".