Dès les premières images, j’ai été happé par l’ambiance oppressante de Évanouis. Cette nuit où 17 enfants du même cours prennent la fuite en toute synchronie, à 2h17 très précisément, m’a glacé d’effroi. L’ouverture, à la fois visuelle et narrative, est d’une force rare : un coup de maître, presque clinique dans sa précision, qui m’a immédiatement donné le frisson.
La narration fragmentée, à travers plusieurs points de vue (institutrice, parents, policiers) crée un récit qui se dévoile telle une mosaïque, pièce après pièce. J’ai beaucoup aimé cette approche en chapitres, qui fait émerger la tragédie progressivement, tout en gardant une tension poignante. Cette structure labyrinthique m’a empêché de lâcher prise, oscillant sans cesse entre empathie et suspicion.
Le casting m’a particulièrement marqué : Julia Garner incarne avec intensité Justine, l’institutrice traquée par les rumeurs, tandis que Josh Brolin offre un portrait déchirant d’un père en pleine psychose. Et que dire d’Amy Madigan, dont le rôle de Gladys (cette tante mystérieuse manipulatrice) est d’une puissance troublante : un vrai personnage cultissime du genre, à la fois terrifiant et fascinant.
Le film explore l’horreur comme une distorsion de notre réalité collective. Il mêle le fantastique à une inquiétante réflexion sur la peur, le deuil, la sorcellerie et la manipulation. Le crescendo final, bien que modifié à la demande du réalisateur pour ne pas être trop abrupt, conserve une puissance émotionnelle intacte.
Si je donne 4/5, c’est parce que, pour moi, Évanouis frôle le chef-d’œuvre du thriller horrifique, mais certaines ellipses narratives m’ont laissé sur ma faim (notamment autour de certaines motivations ou symboliques qui auraient mérité d’être davantage développées). Néanmoins, sa capacité à rester en tête bien après le générique, à hanter les pensées, en fait une expérience cinématographique rare.
En somme, Évanouis est un film qui m’a profondément bouleversé, avec son esthétique maîtrisée, sa densité émotionnelle et sa façon de déranger intelligemment. Je lui mets 4/5 (une belle invitation à suivre le travail de Zach Cregger, déjà remarqué avec Barbare (2022)).