Oh, une jeune fille qui court les bras en l'air, une possédée de 02h17 ! Non, juste nous, qui avons tenté de fuir la vision de
Benedict Wong avec ses atroces yeux exorbités
... On en a encore des frissons. A part sa longueur abusive de plus de deux heures, dû à son parti-pris (ultra audacieux) de montrer la même histoire sous plusieurs angles différents (ce qui rallonge singulièrement l'avancée de l'intrigue), Évanouis possède quelques scènes d'épouvante qui marquent assez durablement (très honnêtement, quand on a essuyé un Smile 2 classifié en -16 pour deux gouttes de sang, et que celui-ci se contente d'un -12, on se demande ce que fument les gens qui allouent ces classifications : peut-être viendront-ils aussi courir les bras en l'air, y'a de la place dans les rangées du bas). En tout cas, la première qualité qui marque est l'envie de faire peur, vraiment peur, en montrant tout (et en limitant les jumpscares idiots : il doit y en avoir seulement trois ou quatre, avec un coup d'archer sur un violon dans la BO : vous ne pourrez pas les louper) donc en n'épargnant pas le choc répété d'un
crâne sur un autre, en montrant un visage déformé de Benedict Wong
(désolé, on n'arrive pas l'oublier) qui pourchasse sans relâche une Julia Garner (une excellent actrice, décidément !) terrorisée et qui ne comprend rien à la situation (un peu comme nous), en s'offrant une scène finale qui n'a rien à envier à celle du Parfum, sauf qu'en plus, ce sont des enfants innocents (ce qui nous rend assez fébrile dans les films d'épouvante). La mise en scène est soignée, la BO (quand elle veut bien lâcher ce fichu violon) est qualitative, l'intrigue est très mystérieuse (on suit tour-à-tour les personnages, et chacun apporte une pièce au puzzle), et finalement ce n'est pas tant la question "d'où ils sont passés, les gamins ?" (car on le découvre étonnamment tôt !) que celles de "pourquoi, et comment ?" qui intéressent (une subtilité dans l'enquête qui ne se contente donc pas de remettre la main sur les enfants). Ce que l'on découvre (sans aucun spoiler, car cela vaut le coup) est loin de ce que l'on s'imaginait, est bien défendu par les images horrifiques que cela provoque (à défaut d'être bien expliqué : pourquoi
la vieille sorcière avait besoin des enfants ? Elle n'a pas l'air plus guérie à partir du kidnapping, et elle n'explique jamais clairement son plan, alors on ne sait pas trop ce qu'elle voulait en faire
...), et le jeu d'acteurs est là pour achever la bonne qualité du film. Julia Garner est parfaite en jeune professeure portée sur la boisson qui subit l'accusation publique, en plus d'être désespérée pour sa classe qui a disparu (elle nous fend le cœur), le père d'élève un peu brut de décoffrage qui retourne sa veste après "un certain incident" est un bon personnage à suivre, et même
la vieille sorcière sans sourcils et avec sa perruque rousse à la frange du Diable
est un visage étrange qu'on n'oubliera pas (en plus de Wong). Les quelques jumpscares plus bas du front nous ont évidemment fait quitter tout contact avec notre siège :
le demi-gamin à la place du lustre, la sorcière qui surgit devant la lampe torche dans la cave...
Ça ne vole pas haut dans ces rares moments, mais on ne peut pas dire que cela ne fonctionne pas (à part un abus total des scènes "Oh une porte ouverte, ça fait peur, attendons devant..." : une fois ça va, pas dix). Autrement, Évanouis se démarque de la concurrence horrifique par sa mise en scène audacieuse d'imbriquer toutes ces histoires subjectives ensemble, laisse Julia Garner, Josh Brolin, Benedict Wong et Amy Madigan être plus que parfaits pour leur rôle, ose montrer des scènes plus crues que d'habitude, et s'offre un scénario solide pour faire frissonner juste ce qu'il faut. Si vous voulez un chouette film d'épouvante, arrêtez tout, levez les bras, et courez dans votre ciné le plus proche. Pas à 02h17, par contre.