Les biopics sont un exercice périlleux : il faut rendre justice à un artiste tout en évitant la simple récitation d’une success story. Monsieur Aznavour, réalisé par Grand Corps Malade et Mehdi Idir, navigue entre ces deux écueils avec un certain savoir-faire, mais peine parfois à trouver le souffle nécessaire pour s’élever au-delà du convenu.
Dès les premières scènes, l’attention portée aux détails frappe. La reconstitution du Paris des années 50 est soignée, les cabarets ont ce charme suranné qui évoque une époque révolue, et les costumes d’Isabelle Mathieu apportent une touche d’authenticité indéniable. La photographie de Brecht Goyvaerts, jouant sur des teintes chaudes et nostalgiques, renforce cette immersion dans le passé. À ce niveau, la direction artistique fait honneur au sujet.
Tahar Rahim, dans le rôle de Charles Aznavour, livre une performance investie. Il chante lui-même plusieurs morceaux, s’approprie certaines mimiques du chanteur et parvient parfois à capter son essence. Pourtant, quelque chose manque. Peut-être est-ce cette intensité innée, ce charisme magnétique qu’Aznavour possédait et qui, ici, semble légèrement atténué. Bastien Bouillon, en Pierre Roche, s’impose avec aisance, tandis que Marie-Julie Baup campe une Édith Piaf convaincante mais un peu trop sage.
Le scénario, bien que structuré, suit un schéma très balisé. La progression de l’artiste est racontée avec sérieux, mais sans réelle prise de risque. Le film passe d’un moment clé à un autre avec un certain classicisme, évitant tout réel vertige émotionnel. Si certains passages touchent juste – notamment les séquences de doute et de solitude de l’artiste –, d’autres semblent manquer d’ampleur. L’ensemble est solide, mais jamais transcendant.
Là où le film brille vraiment, c’est dans sa bande-son. Les compositions de Varda Kakon accompagnent parfaitement le récit, et les morceaux interprétés par Rahim, bien qu’inévitablement en deçà des originaux, bénéficient d’un certain soin. Ce sont dans ces moments que le film trouve son authenticité, qu’il parvient à toucher du doigt l’âme de son sujet.
Cependant, quelques longueurs viennent ralentir l’ensemble. Avec ses 133 minutes, le film aurait gagné à être légèrement raccourci. Certaines scènes paraissent étirées inutilement, et si la mise en scène est élégante, elle manque parfois d’énergie. Certaines séquences, censées être poignantes, ne parviennent pas totalement à provoquer l’émotion attendue.
Au final, Monsieur Aznavour est un film honorable, respectueux de son sujet, porté par une esthétique soignée et un casting impliqué. Mais il lui manque ce supplément d’âme, cette fulgurance qui aurait pu en faire une œuvre véritablement marquante. Un bel hommage, sincère, mais sans réelle surprise.