Oscillant entre film sentimentaliste commercial et belle œuvre cinématographique « L’attachement » laisse une impression incertaine.
Côté sentimentaliste commercial, le film est très intelligemment calibré pour répondre à un public large, plutôt féminin, mais pas que…
Il y a des jeunes enfants adorables de naturel, éveillés, curieux, en un mot à croquer, qui vous font chavirer.
Il y a des larmes, des rires, de l’amour.
Chacun pourra aspirer à un personnage.
Les jeunes amoureux trouveront ici, des extraits rêvés d’une vie amoureuse comblée.
Les jeunes femmes à la recherche d’un partenaire, trouveront à la fois la vision d’un homme idéal et un personnage, plein d’énergie auquel s’identifier en la personne d’Emilia. Fini la solitude. L’amour, l’homme parfait existent, ils vous attendent, lá, juste derrière votre porte, il suffit de les saisir…
Les femmes, d’âge mûr se rassureront avec le personnage de Sandra. Elles sont séduisantes et bien plus profondes, à la fois solides, sensibles et psychologues, intelligentes et cultivées..
les hommes aussi se rassureront, ils peuvent être parfaits, pères attentionnés et séduisants, presqu’aussi capables qu’une femme… c’est pas gagné d’avance…
Si c’est trop parfait, c’est une comédie sentimentale ! Peu importe qu’elle soit émaillée d’événements dramatiques. Le traitement n’est pas réaliste.
D’ailleurs ce père et conjoint parfait, totalement et naturellement ravagé par la perte de sa compagne en couche, ne se laisse pas abattre. Il est d’une résilience tout à fait extraordinaire.
En 24 mois, il accueille seul, son nouveau né (c’est déjà du boulot) tout en s’occupant de son jeune beau-fils, des obsèques de sa compagne (ça aussi c’est compliqué) et de son deuil. Puis il gère la perte de la garde de son beau-fils, qu’il considère comme son propre enfant. Ce qui ne l’empêche pas de décider de continuer à vivre et de trouver, temps et énergie, pour créer de nouveaux liens affectifs, d’embrasser 2 femmes et d’en épouser une.
Entre temps, il doit retourner au boulot, sa compagne tombe enceinte et fera une fausse couche. On décidera du voyage de noces, on se séparera et se rabibochera.
Et oui ! Tout ça en 24 mois, en plein deuil affectif… pas de temps à perdre. Au diable, les vertus du deuil ! C’est d’une autre époque.
Personnellement, j’ai connu des divorcés plus altérés…
Alors certes, de temps en temps, il sanglote, s’interroge. N’a-t-il pas le mauvais œil sur lui ?…
Et puis, ça repart !
Dans la vraie vie, un conseil, évitez un tel partenaire ! Ce n’est plus de la résilience, c’est limite de la psychopathie.
Côté belle œuvre cinématographique, on a une actrice charismatique, essentielle au film, en la personne de Valeria Bruni-Tedeschi. Et un Pio Marmaï toujours juste et naturel.
On a aussi, un regard juste et renouvelé sur la société actuelle qui nous offre une galerie moderne de personnages qui attisent notre intérêt. Du père investi, au médecin, tout juste trentenaire et hyperactive, en passant par la voisine, tous ces personnages mériteraient un développement plus réaliste.
Dans la même veine, on a quelques dialogues qui pourraient ouvrir un traitement à la Woody Allen.
Et surtout, par moment, quelques scènes où la caméra se pose avec une infinie délicatesse.
Donc un sentiment incertain pour ce film.
Les amateurs de comédies sentimentales seront comblés. On retrouve dans ce film, sous un angle renouvelé, les mêmes mécanismes.
Si Carine Tardieu a visé volontairement une comédie sentimentaliste commercial, c’est diablement bien fait.
Dans le même temps, transparaît l’aspiration à une œuvre plus profonde et naturaliste sans pour autant tomber dans le marasme. C’est pourquoi mes pensées se sont tournées vers Woody Allen.
Les qualités sont là.
Mais Carine Tardieu passera-t-elle le pas de porte?