C'est l'histoire d'une revanche pour les célibataires à chats quinca accros aux Malboro.
- Cette critique contient des spoilers -
Un film sur les liens entre les gens, l'amour, l'amitié, l'attachement.
La réalisatrice témoigne d'une grande maitrise dans le déroulé du scénario, et notamment dans sa capacité à faire apparaitre et vivre ses personnages. Tel la belle mère d'Alex qui semble souffir d'Alzeihmer ("Cécile", touille dans le vide à l'enterrement) avant que ses apparitions ultérieures nous montrent que le choc était ponctuel et lié au décès de sa fille (on lui confie ensuite Lucille seule, le toast...). Notons aussi la rareté d'une héroïne célibataire de 60 ans et les multiples scènes dans lesquels les femmes dominent (le repas en famille de Sandra auquel participe Alex).
L'Attachement m'a paru d'une grande complexité et d'une grande délicatesse, creusant le sentiment dans ce qu'il est trop peu représenté : l'ignorance de lui-même. Ici pas de déclaration amoureuse flamboyante, de francs moments de camaraderie ou de sacrifice maternelle pour son enfant. Tardieu creuse ici le sentiment flou : amour, amitié, attachement.
Les liens se font et se relachent. C'est très émouvant et ne nécessitait pas une BO parfois superflue venu appuyer là où on ne le voudrait pas.
On est au creux des personnages et de l'intime et la réalisatrice abuse de plans serrés.
Le scénario recours perpetuellement à des clichés pour avancer ce qui est irritant : le classeur sur le crâne, les sushis, l'énervement au bureau de l'administration, les courses qui tombent dans l'escalier. Cela m'a gavé, j'aurai probablement aimé plus de temps et moins d'événements.
Le cadre bourgeois m'a gentiment gonflé : les appartements "parisiens", le papa fan de jazz, la maison de famille à Cancale, son job dans une banque aux projets d'investissements équitable, le hug à sa boss lors de son retour, son job de pédiatre à elle qui sauvegarde la vie, les gamins insupportables de mignonerie, la gamine HPI qui marche et parle à 11 mois...
Il n'empêche que le film excelle dans ses dialogues ("période de deuil vs ta mission c'est d'être heureux") et dans des scènes riches aux interprétations multiples. Le premier baisé forcé par exemple, il intervient après un (le seul ?) accès de masculinité toxique du héro (t'es qui pour me dire ce que je peut dire). On peut lire ce baiser comme un acte de domination, une agression sexuelle passible de 3 ans de prison mais aussi comme un noyé qui se débat de couler ou même un accès de faiblesse d'un homme jeune, beau et riche manipulé par une vieille célibataire pauvre.
Je me suis senti assez proche du héro principal : il fait de son mieux, à bouffer pour ses gamins, gère son beau frère pas malin, n'arrive pas à la lever le premier soir, pense aux compotes de ses gosses. Il subit pas mal, accepte pour faire plaisir et ne fait pas beaucoup de choix, jusqu'au dernier, une fois encore à l'initiative de sa partenaire. Ce final ("je t'ai aimé") consacrant la légèreté des sentiments m'a irrité tant elle me parait représentative d'une époque où l'on ne se bat pas pour affronter les difficultés à deux, préférant célébrer la joie d'une liberté retrouvée.