Un début de film (je dirais les 20 premières minutes) assez intriguant, pour ne pas dire prometteur. On est plongé directement dans l'intrigue, le tragique survient dès le début, nous faisait alors percevoir les enjeux et les thématiques que va aborder le film. Dans ce même temps, il y a un travail des deux espaces principaux intéressants, les deux appartements (ceux des deux voisins) s'intriquent, se superposent, à tel point qu'en tant que spectateur, nous sommes confus. Durant certaines séquences, je me suis demandé dans quel appartement nous étions plongés, renforçant cette idée de deux espaces qui se confondent, se mélangent autant pour nous que pour les personnages.
Mais après ces 20 premières minutes, le film éclate, s'éparpille, essaye d'aborder tant bien que mal une multitude de thématique et se perd alors dans une volonté de raconter un ensemble de processus que pourrait vivre une famille comme celle-ci (le deuil d'un mère, d'une femme, d'une voisine ; la difficulté d'élever seul ses enfants sachant que la vie continue et que les injonctions du travail se poursuivent ; la famille qui se recompose en intégrant de nouveaux membres ; l'amour (sexuel et affectif) qui se lie au deuil ; la culpabilité de celui qui est encore en vie face à la perte d'un proche ; esprit maternel ; la jalousie infantile...). Face à toutes ces thématiques, je me suis sentie submergé et dans un second temps déçu par le fait que le film ne puisse pas faire le choix de ce qu'il voudrait raconter. Il se veut totale en englobant tout mais n'arrive finalement à rien. Je lie cette volonté de tout aborder avec l'aspect temporelle du film. Sur ce point là, le film veut aussi aborder beaucoup de choses, le film suit le quotidien de ses personnages durant les deux premières années de vie de ce nouvel enfant. Étant donné qu'il s'établie sur une période de deux ans, il doit aller à l'essentiel, et donc ne laisse pas le temps à certaines séquences de se développer. Les scènes de dialogue sont courtes, allant à l'essentiel et se finissant globalement de la même manière : grande phrase sur la vie suivie d'une musique qui accompagne et marque la fin de la séquence dialogique. Finalement, le film fait l'inverse de ce que j'ai l'impression qu'il veut faire. Alors qu'il veut nous narrer un quotidien tragique et sensible, il ne prend pas le temps de le faire, normalise toutes les scènes de dialogues et passe à une autre séquence. J'ai vraiment eu l'impression d'être face à un enchaînement de séquences. On passe de l'une à l'autre jusqu'à la fin, toutes se ressemblant terriblement. Chaque séquence se veut sensiblement touchante et émouvante de par le tragique de la situation d'ensemble, se finit doucement et enchaîne sur une autre séquence identique affectivement.
J'ai vraiment cru aussi que le film allait se finir beaucoup plus tôt, puisqu'il installe des séquences comme pouvant conclure le récit (il met tout en scène pour laisser penser ça). Plusieurs séquences ont un air de conclusion mais finalement il n'en ai rien, le film continue, relance sa dynamique d'enchaînement de séquences, on se demande alors quand est-ce que cela va finir.
J'ajouterais aussi que je ne crois jamais à ces personnages, et cela est dû à une écriture des dialogues qui est lourde, toujours explicative, ne laissant jamais de place à l'incertitude, à l'erreur des uns et des autres. Chacun doit s'excuser, remercier, dire "je t'aime", expliquer pourquoi il agit comme cela, exprimer frontalement et sans gêne sa culpabilité. Finalement le film nous explique tout par le biais de ces personnages, donc quand on sort du film, il n'y a plus de zone grise, rien n'est confus pour nous, tout est limpide. Alors pourquoi se donner la peine de le réfléchir après le visionnage vu qu'il n'y a aucun élément sur lequel réfléchir ?
Les rares séquences que j'ai trouvé vraiment sensible, belle, délicate, sont celles dans lequel il y a le jeune enfant Elliott. Il a cette naïveté naturelle qui est fascinante à regarder tandis que les acteurs adultes se regardent un peu jouer ou sentent qu'ils doivent rendre "honneur" à des dialogues qui sont au final pas si profond et intelligent qu'ils auraient aimé être.