Etrange objet que ce passionnant "documentaire" qui nous plonge dans les dédales de la magnifique Philharmonie, parmi les 120 musiciens de l’Orchestre de Paris, bien plus en fait une image impressionniste d'un grand orchestre symphonique qu'un documentaire; car si vous espériez en savoir plus sur le travail d'orchestre, vous resterez sur votre faim.
Mais sur les états d'âme de ceux qui composent cette masse indifférenciée, et qui pourtant, est composée de grands artistes... cela vous donnera à réfléchir. Car, apparemment, dans l'Orchestre de Paris, on fait une carrière.... qui peut durer 40 ans! Un moment d'émotion d'ailleurs avec le corniste André Cazalet, qui prend sa retraite après 43 ans de bons loyaux services, et qui porte sur son passé un regard mitigé. Il aurait voulu faire mieux...
Le travail sur l'image est magnifique. Cadrages insolites, images inattendues. Une murmuration de passereaux dans le ciel, symbole du groupe orchestral... Le réalisateur s'attarde sur certains musiciens; le timbalier -d'après Christian Merlin, le musicien le plus important de l'orchestre, mais Christian aime bien les paradoxes; le cor anglais, qui se sent mal lorsqu'il se prépare à donner son solo... Beaucoup appartiennent par ailleurs à un petit groupe musical qui leur permet de s'exprimer avec plus de liberté; de sortir d'un certain carcan.
Des témoignages anonymes, aussi, avec parfois de l'amertume. X... a été nommé chef de pupitre, alors que l'on avait la sensation d'être meilleur que lui. Y... vous énerve et vivre 40 ans à côté de quelqu'un qui vous énerve, c'est dur, non? Et si le groupe joue trop fort, c'est évidemment la faute de Z... pas la mienne. Bref, ce sont tous les problèmes de la vie en communauté maximisés par une proximité extrême et le fait qu'il ne s'agit pas de créer un banal objet manufacturé, mais la beauté...
Sous la direction du jeune et vibrionnant Klaus Mäkelä, qui semble tellement sympathique, le réalisateur a choisi de ne nous faire entendre que de la musique du vingtième siècle.
Mais un autre choix m'a laissée perplexe. La dizaine de musiciens sur lesquels Beziat a choisi de flasher, ceux que l'on distingue, ceux qui s'expriment, ce sont tous.... des mecs. Ce qui, en cette période de féminisme agressif, est quand même assez surprenant. Heureusement, le syndicat des harpies patentées n'entend rien à la musique. Sinon, les salles qui passent le film seraient attaquées...
Même si (et surtout si) vous n'êtes pas un grand musicologue, allez voir ce film, parce qu'il est très beau, déjà, et parce qu'il donne à réfléchir