Un film de musique
Philippe Béziat est un documentariste, mais avant tout un fou de musique qui assouvi sa passion en filmant la Musique sous toutes ses formes. Il aime à nous montrer les coulisses ou, plus exactement comment on « fabrique » la musique, ses coulisses, son travail, ses aspects humains, bref tout ce qui se passe avant que le spectateur ne s’asseye dans la salle pour le moment magique du concert ou de la représentation. Comment jouer ensemble sans se sentir disparaître dans la masse ? Comment cohabiter si longtemps sans que le groupe explose ? Quel rôle joue vraiment le chef d’orchestre ? Pour la première fois, caméras et micros se faufilent parmi les 120 musiciens de l’Orchestre de Paris, sous la baguette de leur jeune chef prodige, Klaus Mäkelä. Un film immersif au cœur de la musique en train de se faire ; au plus près de l’expérience des musiciens, de leurs émotions, de la beauté. 90 minutes d’une véritable expérience sensorielle pour le spectateur qui a l’impression de ressentir la musique d’une manière particulière, sans doute pour la 1ère fois. A contrecourant des injonctions intimidantes vis à vis de la « grande » musique, Philippe Béziat, passeur hors-pairs, propose un documentaire rassembleur et inclusif. Œuvre subtile et sertie de musique, qui nous place au plus près des femmes et des hommes qui la créent, faisant de nous les témoins privilégiés et émus à la fois de leurs parcours, de leur ressentis, mais aussi d’un processus de création ensorcelant. Une pépite.
Ce film marque un tournant dans la filmographie de Philippe Béziat. En effet, jusqu’à présent, la plupart de ses films étaient construits autour d’opéras, à l’image de Pelleas et Melisande, Le Chant des Aveugles (2009), Traviata et nous (2012) ou encore Indes Galantes (2020). Ici, les choses étaient différentes puisqu’il a fallu que Philippe Béziat s’aventure ailleurs, avec le matériau davantage abstrait de la symphonie et de la polyphonie orchestrale, qui ne raconte pas de livret, ni d’histoire. Il fallait essayer, selon ses propres mots, de faire une sorte de documentaire-symphonie. Avec Nous l’orchestre, le cinéaste a totalement repensé la notion de musique de film, qui est généralement fabriquée après le film, de manière à soutenir un discours, un scénario, une dramaturgie, pour l’accompagner et l’illustrer. Le réalisateur, lui, a fait totalement autrement puisque c’est la musique qui intervient en premier. En effet, dans son travail, la dramaturgie de base est celle du discours musical. À la place d’une musique de film, le cinéaste parle d’un film de musique. Pour ce faire, la Philharmonie de Paris, - coproductrice du documentaire -, a mis des moyens considérables à leur disposition. Par exemple, à chaque prise du tournage, 90 micros étaient ouverts sur le plateau. De plus, on a mis en place un dispositif de réécoute avec chacun des personnages de son film. Le réalisateur faisait un prémontage de ce qu’il avait enregistré pendant les répétitions puis l’interview avec les protagonistes se faisait entre les deux concerts. Tout se faisait à chaud. Les personnes interviewées pouvaient écouter et donc se transformer ce qui n’est pas forcément le cas lorsqu’ils sont en concert où ils sont accaparés par les partitions qu’ils doivent jouer. Quelques exemples, pour prouver que tout est nouveau dans la manière de montrer et de faire comprendre et… entendre, le travail d’un orchestre. Ce n’est pas pour rien si ce formidable docu a reçu le Grand Prix Documentaire Musical à Biarritz, Ouvrez vos yeux et vos oreille et dégustez.