N’attendez pas trop de la fin du monde
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CloakBack
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6 abonnés 347 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 18 décembre 2025
Une course épuisante à travers une ville embouteillée de discours et d’absurdité managériale. N’attendez pas trop la fin du monde observe le présent avec une lucidité féroce, au risque de s’y enfermer.

Le film adopte une forme volontairement éclatée et instable, pensée comme un miroir direct du monde qu’il observe. Radu Jude délaisse toute narration linéaire au profit d’un enchevêtrement de régimes d’images et de temporalités, mêlant fiction contemporaine, vidéos grotesques destinées aux réseaux sociaux et références à l’histoire audiovisuelle roumaine. L’action s’ancre dans le présent, celui des smartphones, des multinationales et du langage managérial, tout en convoquant une imagerie héritée des années 1980. Cette collision temporelle ne relève pas de la nostalgie, mais installe un malaise constant en brouillant les frontières entre violence autoritaire passée et domination contemporaine plus policée.

Cette construction chaotique dépasse le simple exercice formel. Elle met en scène un monde saturé de discours et d’images, où le sens se dissout dans la répétition et l’ironie. Le film avance par accumulation plutôt que par progression, donnant une impression de piétinement assumé. Ce choix s’inscrit dans la continuité du cinéma de Radu Jude, cinéaste frontal et politique, attentif à la responsabilité collective, à la manipulation des images et à la violence sociale produite par le langage. Si la forme épouse efficacement l’épuisement qu’elle décrit, elle maintient aussi le spectateur à distance, enfermé dans un dispositif très démonstratif.

Les thématiques abordées sont claires. Le travail contemporain apparaît comme un lieu central de violence, non par la contrainte physique, mais par la parole managériale et la dilution permanente des responsabilités. Le capitalisme tardif est montré comme un système capable d’absorber la souffrance, de la transformer en contenu et de neutraliser toute critique en l’intégrant à son propre discours. Le corps devient un simple support, exposé et instrumentalisé. En filigrane, le film suggère une continuité des mécanismes de domination entre la Roumanie des années 1980 et notre époque, sous des formes renouvelées et plus lisses.

Mon ressenti reste contrasté. J’ai trouvé le film stimulant dans ses idées, dans la radicalité de son regard et dans sa critique frontale de nos modes de vie imposés. En revanche, la durée et l’accumulation de références très ancrées dans le contexte roumain ont freiné mon adhésion sans toujours enrichir l’expérience.

Les limites tiennent à la lourdeur du dispositif. À force de répétitions et d’empilement de discours, le propos finit par se diluer. La saturation, pensée comme un outil critique, devient un frein, donnant l’impression que le film martèle son constat au lieu de le laisser infuser. Le refus de toute progression narrative ou émotionnelle installe une distance constante, qui se transforme peu à peu en lassitude. Les personnages existent davantage comme vecteurs de discours que comme figures incarnées.

N’attendez pas trop la fin du monde demeure ainsi un film lucide, ambitieux et politiquement fort, mais dont la radicalité formelle et l’insistance démonstrative en limitent l’impact. Une œuvre stimulante sur le plan des idées, plus éprouvante que réellement engageante sur le plan du cinéma.
Arthur Debussy
Arthur Debussy

189 abonnés 772 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 21 octobre 2025
Radu Jude joue avec la patience et même les nerfs du spectateur. « N'attendez pas trop de la fin du monde » est interminable, sa longueur de 2h43 n'étant clairement pas justifiée. Le film est complètement inégal. Il y a un certain nombre d'excellentes séquences, mais aussi beaucoup de passages inutiles. Du moins en apparence. Car Radu Jude nous livre une expérience cinématographique en tant que telle. Il nous confronte à l'ennui, à la banalité et parfois même à la médiocrité de notre vie, loin des paillettes et du glamour hollywoodien. Avec de la musique bien débile à fond la caisse pour nous maintenir éveillés, littéralement.

Une fois de plus, c'est un cri du cœur du cinéaste roumain face à la bêtise et à la méchanceté de notre monde contemporain, pris en étau entre l'ultralibéralisme qui gangrène nos sociétés, et le cancer du fascisme/populisme, qui croît à une vitesse fulgurante partout dans le monde, y compris dans notre Occident soi-disant civilisé. Il faut dire que les fléaux du 20e siècle n'ont pas été totalement vaincus. Il y a pas mal de monde en Europe aujourd'hui, et pas seulement à l'Est, qui regrette le nazisme et le communisme lénino-stalinien. La France n'est bien sûr pas épargnée, la Roumanie non plus.

Face à ce constat qui incite au désespoir, Radu Jude sort deux armes : l'humour et l'intelligence. Il se moque outrageusement des fascistes contemporains – Orban, Poutine et compagnie – mais aussi des capitalistes hypocrites et vénaux, prêts à tout pour exploiter les êtres humains jusqu'à ce qu'ils en crèvent. Le cinéaste roumain use aussi beaucoup d'humour absurde, dans le ton de notre époque complètement folle, comme lors de cette séquence hilarante où l'héroïne raconte un contentieux juridique à propos d'une exécution par balles.

Radu Jude s'en remet également à l'intelligence de ses semblables. D'abord par la culture, son film regorgeant de citations lettrées, souvent amusantes et décalées, mais propices à la réflexion. Comme un moyen d'honorer la richesse culturelle et la complexité de notre continent, les hommes et femmes de savoir – pour ce qui est des bien intentionnés – ayant aidé l'humanité à progresser ne serait-ce qu'un peu. Ensuite, il place au cœur de ses œuvres l'Histoire. Il rappelle les tragédies passées, pour ne pas oublier et faire en sorte qu'elles ne se reproduisent pas (rien n'est moins sûr). Mais aussi car l'Histoire et la mise en lumière des faits et des idéologies du passé permettent d'éclairer et de mieux comprendre le présent, voire même de prévoir en partie l'avenir. A titre d'exemple, même s'ils n'ont pas été crus, certains avaient anticipé l'invasion russe en Ukraine de février 2022, dont les fondements, parmi lesquels ce fameux nationalisme impérialiste russe, remontent à plusieurs siècles en arrière.

Mais Radu Jude ne verse pas pour autant dans le didactisme simpliste. Il prend les spectateurs à rebrousse-poil, choque pour secouer et réveiller des Occidentaux endormis par la lâcheté et le poison des fake news, ces vérités alternatives, qui disloquent nos démocraties. Les films de Radu Jude se méritent, il faut passer outre la vulgarité de façade et l'apparent cynisme, pour discerner l'angoisse d'un cinéaste et artiste face à un monde en décomposition... Sans doute faut-il adopter l'attitude de son anti-héroïne Angela, dire f*** aux tyrans, promouvoir la vérité même la plus crue... et travailler pour faire advenir un monde plus humain, à notre mesure, malgré nos compromissions et nos faiblesses.
Marc L.
Marc L.

68 abonnés 1 828 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 2 avril 2025
Du précédent film de Radu Jude (“Bad luck banging or loony porn”), on retrouve le dispositif de surface : une longue errance dans un Bucarest étouffant, des considérations philosophiques ou triviales sur la société roumaine d’aujourd’hui et une conclusion, absurde et consciemment étirée, en apothéose, le tournage d’un spot de conscientisation lénifiant sur les normes de sécurité avec les ouvriers qui ont été victimes de leur propre présumée négligence, en remplacement de la réunion de parents d’élèves. Le réalisateur y adjoint d’autres échappées belles qui témoignent de son affranchissement des pratiques normatives du 7ème art : le parallèle permanent entre la frénésie d’une journée de travail dans la Bucarest contemporaine, en noir et blanc, et les extraits d’un classique seventies du cinéma roumain aux couleurs vintage, dont on ne sait s’il vise à démontrer une ressemblance entre les deux époques ou une préférence pour l’une d’elles ou les grotesques vidéos TikTok enregistrées par Illinca, tellement déconsidérée et exploitée par ses employeurs que son unique exutoire est de déverser des tombereaux d’obscénités sous l’identité d’un avatar masculiniste. Au passage, on a droit à des considérations à la volée sur l’alcoolisme, le racisme envers les roms et le pessimisme envers un pays à la dérive et à vendre à l’encan, qui vit au rythme des investissements occidentaux et où les gens ne croient plus à grand chose et certainement pas à l’avenir. Répétitif mais dynamique, grossier mais lettré, auterisant mais fantaisiste, jouant sur la réalité sociale comme sur la fiction poétique, le film de Radu Jude donne une leçon de vitalité créatrice à pas mal d’autres cinématographies européenne : même sa longueur largement excessive (mais sans doute nécessaire pour épuiser et irriter le spectateur autant que le sont les personnages) se trouve compensée par son énergie débordante.
Hélène Grenier
Hélène Grenier

1 critique Suivre son activité

2,0
Publiée le 12 septembre 2024
Serieux, je suis tres tolerante, mais là, j en pouvais plus, je suis sortie avant la fin!!! Oui il y a des bonnes idées dans ce film, mais c est lonnnnnnnnnnnnggggg. La scene sans fin sur les croix!!!!! Interminable. Il pouvait pas se concéntrer sur 2 h???
Hotinhere

790 abonnés 5 464 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 3 juin 2024
Une satire déjantée et corrosive (mais ternie par trop de longueurs, avec notamment une dernière scène en plan séquence interminable) des travers de la société d’ajd.
Michel L
Michel L

1 abonné 6 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 10 mai 2024
Le film est éprouvant, physiquement et mentalement, mais que cela fait du bien de croiser un réalisateur qui va jusqu'au bout de ses esthétismes. Dans une ambiance post-punk, ce film est une critique radicale du capitalisme, de la corruption, de l'exploitation, de l'humiliation que l'on subit et fait subir.
FaRem

10 571 abonnés 11 451 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 8 mai 2024
Angela travaille comme assistante de production, un job éreintant où elle se sent totalement exploitée. N'ayant pas le choix, elle serre les dents et enchaîne les cafés pour mener à bien sa mission qui consiste à caster des victimes d'un accident de travail pour une publicité sur la sécurité au travail. Si les conditions de travail sont évoquées, il n'y a pas vraiment de sujet principal dans ce nouveau Radu Jude. Il est question de l'externalisation, de l'Union européenne, de corruption politique, de racisme et de la vie de tous les jours en Roumanie. Une satire qui oppose le monde d'aujourd'hui à celui des années 80 avec le réalisateur qui n'hésite pas à ponctuer son film de véritables scènes du film "Angela merge mai departe", un godardien de 82 qui suivait le quotidien banal d'une chauffeuse de taxi également appelée Angela. La structure est ici un peu redondante avec un trajet en voiture, une rencontre, un coup d'œil dans le temps et un délire d'Angela qui utilise un filtre pour s'évader en imitant des gens comme Andrew Tate. Derrière son filtre ou non, Ilinca Manolache est géniale. Elle incarne une femme franche, excentrique, vulgaire et entière. Malgré une certaine redondance, "Nu astepta prea mult de la sfârsitul lumii" n'est jamais ennuyeux. Il n'y a que la dernière partie qui n'a pas du tout marché de mon côté, mais tout ce qu'il y a avant est pas mal.
LARSEN
LARSEN

5 abonnés 38 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 4 mai 2024
Une jeune assistante de tournage, punkette à paillette double ceux qui l'exploitent et dont elle s'émancipe par la production de shots sur TikTok (ou similaire) en parallèle du taf.
Elle y exprime avec un dynamisme contagieux et réjouissant son point de vue récalcitrant et radical.
Et les followers suivent l'insaisissable en attendant la prochaine parenthèse numérique explosive.
Elle opère masquée derrière un avatar numérique masculin à gros sourcils en projetant harassée de fatigue ses propos exaspérés et comiques.
Réjouissante par la provocation et l'énergie fulgurante des ces apartés, elle court derrière sa survie.
Pour le reste difficile à expliquer alors embarquez dans la R12 roumaine et foncez avec cette pépite d'actrice au très grand talent pour 2h30 d'outrances!
lesgoutsetlescouleurs
lesgoutsetlescouleurs

6 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 3 juillet 2024
Film le plus moderne, le plus déjanté et le plus subversif. Mon oscar de cœur du film le plus punk de l’année. Après l’avoir vu tous les autres films sont ringards, fades et dérisoires.
Joël DI DOMIZIO
Joël DI DOMIZIO

16 abonnés 130 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 14 février 2024
J'avais vu le précédent film de ce réalisateur Roumain, "Bad Luck Banging or Loony Porn", et cela m'a motivé pour découvrir sa nouvelle œuvre.
J'ai été conquis par ce film qui foisonne de plans incroyables, de mouvements de caméra assez délirants, de musique diffusée en permanence, de fulgurance évidente et de multiples références mais très bien assimilées. La scène finale, un plan fixe de 45 minutes et répétitif où une équipe tente de tourner une pub est jubilatoire.
Ce film est un pur OVNI de 2h45 qui demande un minimum d'attention et de concentration.
Bertie Quincampoix
Bertie Quincampoix

142 abonnés 2 053 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 8 janvier 2024
Deux ans après le bien nommé Bad luck banging or loony porn, le cinéaste roumain Radu Jude nous offre ici une nouvelle satire d’une ironie mordante et d’une contemporanéité folle, dressant le portrait d’un pays rongé par une ubérisation à tout va, un capitalisme sauvage et la mainmise condescendante des pays d’Europe de l’ouest. Dans ce film volontairement trop long de 2h45, il nous embarque dans le road trip urbain d’Angela, qui parcourt de long en large une Bucarest congestionnée et peuplée de conducteurs machistes. Assistante de production, elle mène un casting de personnes victimes d’un accident du travail, spoiler: non pas dans une optique d’indemnisation ou de dénonciation de leurs conditions de travail harassantes, mais pour les faire apparaître dans le spot de l’entreprise autrichienne responsable de leur sort, qui a eu l’idée de faire passer à travers eux un message de respect des règles de sécurité.
Pour décompresser de journées harassantes en contradiction avec son moi profond, Angela se filme régulièrement sous les traits d’un avatar numérique qui profère les pires horreurs, dans une visée nihiliste de dénonciation de l’état du monde. Ce long-métrage dense, punk et résolument politique prend par ailleurs une tournure historico-poétique lorsqu’il nous donne à voir, parallèlement à son intrigue principale, les images d’un film roumain de 1981 sur une femme taxi, qui questionne une période révolue et offre des séquences de grâce lorsque l’actrice du film d’origine fait une apparition rayonnante sous les traits d’une femme de 80 ans. Une œuvre passionnante, militante, dérangeante et mordante. En un mot, salutaire.
Bart Sampson

414 abonnés 850 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 27 octobre 2023
Fillm long et clivant mais dont on peu reconnaître une vraie liberté filmique et un côté punk et rentre dedans. C'est parfois monté de manière bordélique avec des dialogues et des rebondissements étonnants et un peu désarconnants mais le film suit son film qui est de choquer et gêner le spectateur
Un OVNI....
JUJUBE20
JUJUBE20

36 abonnés 59 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 2 novembre 2023
Le plus grand des cinéastes roumains signe une nouvelle merveille. A travers la journée déjantée d'une assistante de production surmenée, qui conduit sans fin sa voiture pour trouver les éclopés les plus Instagrammables à interviewer, se superposent trois époques : le passé communiste (avant la destruction d'un quartier entier par Caucescu) paradoxalement traité en couleurs, les conséquences de la libéralisation après 1989 avec une critique libertaire de l'ultra-libéralisme, en noir et blanc, et notre 21eme siècle où les réseaux sociaux peuvent se faire caisse de résonance des plus drôles et plus crues provocations sexuelles (bel hommage rendu à Charlie Hebdo et Salman Rushdie), avec filtres psychédéliques déformants. Ici fond et forme se rejoignent, références culturelles les plus subtiles et mauvais goût le plus appuyé se conjuguent, musiques de tous les styles se télescopent : le patchwork de notre temps... avec une mise en abîme sublime, sur la plus belle façon de filmer la vraie prévention des accidents, non comme un film d'entreprise quelconque, mais en plans fixes sur des croix de diverses formes et couleurs au bord d'une route...
Lola. S.
Lola. S.

7 abonnés 10 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 10 octobre 2023
J'avais déjà adoré son précédent film "Bad Luck banging or loony porn" mais celui-ci est encore plus jouissif, fou, libre et sans concession sur notre époque. Entre la descente aux enfers et la montée d'acide, on est pris dans un tourbillon d'images qui vous feront dire à coup sûr : "je n'ai encore jamais vu ça au cinéma".
Catherine RAY LE GALL
Catherine RAY LE GALL

1 critique Suivre son activité

4,0
Publiée le 9 octobre 2023
Décapant, burlesque ... Attention ce joyau dure 2 heures 3/4 : installez vous bien dans vos fauteuils !
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