N’attendez pas trop de la fin du monde
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islander29

1 028 abonnés 2 662 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 30 septembre 2023
Un film assez inqualifiable, dans un esprit new yorkais, serais-je tenté de die…Il y a du Jim Jarmusch très assimilé et mélodieux, il y a du Fellini assez imagé, il y a de l’esprit enfin dans les dialogues et le montage ;..Le film est original, il alterne deux époques, les années 70 ( époque Ceausescu) en couleurs, et l’époque actuelle ( années 2020) en noir et blanc « Jarmuschien » ;…c’est adroitement monté il faut le dire, avec l’héroïne principale souvent au volant de sa voiture,( Nina Hoss) elle fait un film documentaire en se déplaçant dans Bucarest, gros plans gracieux et émouvants, sur les accidentés du travail, pour une compagnie occidentale…Elle parvient vraiment à nous capturer dans ses grimaces, ses pensées, ses mimiques , son chewing gum, sa désillusion profonde sur la société roumaine, voire européenne,. Pour les amateurs de voitures anciennes et les connaisseurs, ils auront la chance à chaque plan en couleur, de voir des R12, (Renault) voiture que j’ai eu le privilège de conduire à travers l’Europe en 1980-81, la meilleure et la plus fiable voiture qui existe, à mon avis, même parmi les modèles actuels…Bon excusez-moi, pour en revenir à nos moutons, le film finit par devenir passionnant, avec des digressions sur le cinéma, des opinions politiques dans la dernière heure , et un montage et un noir et blanc, qui encore une fois nous capturent par leurs qualités…Pas besoin de s’attacher aux personnages, ils s’attachent à nous, c’est la marque d’une réussite, d’un grand réalisateur, retenez son nom…… ( Radu Jude)… Je conseille fortement, c’est juste très « intelligent »…..
traversay1

4 479 abonnés 5 351 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 1 octobre 2023
Le Monsieur Plus du cinéma roumain a encore frappé. Et comme Radu Jude vise juste, cela fait très mal, même si son cinéma polymorphe ne recule devant aucun excès, ou répétition, pour parler d'un pays, le sien, qui est passé sans transition d'une dictature (communiste) à une autre (capitaliste), cette dernière usant de moyens plus rusés que la première, pour imposer ses lois infrangibles, au détriment du citoyen lambda. N'attendez pas trop de la fin du monde accumule les références (de Goethe à Godard), les grossièretés (le trash des réseaux sociaux), les embouteillages, les musiques diverses (pas mal du tout, le turbo folk !) et les portraits d'accidentés du travail, avec en fil rouge la journée d'une assistante de production survoltée et rebelle dans l'âme. A vrai dire, le fil rouge en question se transforme en pelote de laine où le cinéaste multiplie les digressions et les provocations, se permettant même d'intégrer à dose homéopathique de véritables scènes d'un film roumain de 1981, qui racontait les pérégrinations d'une chauffeuse de taxi dans un Bucarest ou le quartier typique d'Uranus n'avait pas encore été effacé de la carte pour permettre la construction de l'atroce palais de Nicolae Ceaușescu. Ce film est dingue, forcément inégal sur sa durée excessive de 163 minutes, mais unique en son genre dans le cinéma actuel et il a le bon goût d'inviter à la fête la grande Nina Hoss, pour un rôle très court, certes, mais marquant.
Jerome
Jerome

50 abonnés 197 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 4 octobre 2023
Superbe fresque de l'état de la société roumaine menée avec brio en parallèle sur deux époques. Ce réalisateur sait vous émouvoir du sort de ses personnages, avec extraordinaire réalisme social. Encore plus brillant que du meilleur Ken Loach
nlan86
nlan86

2 abonnés 9 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 30 septembre 2023
Jude est l'un des plus grands artistes vivants. Un chef-d'oeuvre. Si vous avez aimé ce film, je vous recommande son précédent, Loony Porn.
QuelquesFilms.fr

353 abonnés 1 758 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 3 octobre 2023
C’est un film protéiforme, un montage-collage d’images d’époques, de styles et de tons différents, traversé de digressions et jouant avec la durée, en mode fulgurance ou longueur de temps… Bref, c’est un objet original. Et d’une intelligence caustique, corrosive, pour dire la déliquescence de notre monde contemporain : la déshumanisation, l’irrespect, l’agressivité, la vulgarité, la bêtise, le racisme, le cynisme ambiants, partout à l’œuvre. C’est aussi un pari audacieux de la part du réalisateur, car tendre aux spectateurs ce miroir social sans concession, sans échappatoire sympathique, sur 2h45, relève d’une expérience peu aimable, quand bien même elle est pertinente. On peut trouver l’ensemble bien pensé, mais également un peu long et fastidieux.
Yves G.

1 845 abonnés 4 017 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 3 octobre 2023
Assistante de production dans une agence de publicité, Angela sillonne interminablement Bucarest au volant de sa voiture pour trouver une victime d'un accident du travail qui interviendra dans la publicité commandée par une multinationale autrichienne.

Radu Jude n'est pas adepte de la concision. Ses films sont aussi longs que leurs titres : "Peu m'importe si l'histoire nous considère comme des barbares" (2018) durait déjà deux heures vingt, "Bad Luck Banging or Loony Porn" (2021), Ours d'or à Berlin, était certes moins long, mais "N'attendez pas trop de la fin du monde", Prix spécial du jury au dernier festival de Locarno, tangente les trois heures.

C'est cette durée obèse qui, à mes yeux, constitue le défaut rédhibitoire de ce film. Je le dis souvent, au risque de me répéter. Mais l'attention du spectateur, comme sa vessie, a ses limites qu'il est dangereux de tangenter. Certains films hors normes ont besoin d'une durée exceptionnelle : "Autant en emporte le vent", "Ben Hur", "Lawrence d'Arabie", "La Liste Schindler".... Mais cela doit rester l'exception. Étirer un film pendant trois heures pour venir à bout de la résistance du spectateur, comme certains réalisateurs arty s'y sentent désormais obligés, relève plus du geste faussement transgressif que d'une réelle nécessité cinématographique.

Aurait-il duré une heure de moins, j'aurais eu un jugement moins sévère sur "N'attendez pas....". Car, comme le relèvent les critiques dithyrambiques qui l'encensent - lesquels, décidément, doivent avoir une attention et une vessie mieux adaptées que les miennes - sa transgression est sacrément culottée. Comme dans ces précédents films, au risque d'ailleurs d'épuiser une formule dont il s'est déjà servi, Radu Jude met en scène les tares qu'il entend dénoncer : c'était l'antisémitisme dans "Peu m'importe...", la bigoterie dans "Bad Luck Banging...", c'est le libéralisme effréné dans "N'attendez pas...".
Il m'a fait penser à "Toni Erdman", sans doute parce qu'il se déroule en Roumanie, mais surtout parce qu'il décrit de la même façon, avec le même mélange d'humour et de cynisme, la logique déshumanisante du capitalisme. Son héroïne, essorée par son travail, taillable et corvéable à merci, est au bord du burn out ; la société de pub pour laquelle elle travaille traite avec le plus parfait mépris les handicapés qu'elle doit recruter pour son tournage et leur droit à l'image ; la multinationale tourne une pub sur les accidents du travail moins par humanisme que pour ripoliner son image...

Angela, l'héroïne, s'est construit une soupape de sécurité pour évacuer les mauvaises ondes qui menacent de l'engloutir, un double diabolique et barbichu qu'elle met en scène sur Tik Tok grâce à un filtre numérique et à qui elle fait débiter les pires obscénités masculinistes.
Autre mise en abyme : Radu Jude a rajouté au montage de longs extraits d'un film roumain du début des 80ies, "Angela merge mai departe" de Lucian Bratu, dont l'héroïne, également appelée Angela, conduit un taxi et traverse les mêmes expériences que son double contemporain. L'idée sans doute est de montrer que la Roumanie n'a finalement pas tant changé depuis quarante ans, la dictature de Ceaucescu ayant laissé place à une autre dictature, plus insidieuse, ultra-libérale.

Le film se termine par un plan-fixe de quarante-cinq minutes (oui ! vous avez bien lu) qui concentre à lui seul ses qualités et ses défauts. Il s'agit du tournage de la pub avec le travailleur paraplégique que la production a finalement retenu. Dans un joyeux et bruyant désordre, le réalisateur lui fait répéter plusieurs fois son texte, en supprimant progressivement tout ce qui risque d'écorner l'image de son commanditaire, au point de dénaturer la réalité des faits. On comprend vite le sens de la scène. Pourquoi l'étirer pendant quarante-cinq minutes interminables ?
Damien Vabre
Damien Vabre

187 abonnés 488 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 2 octobre 2023
J'avais aimé le précédent film de Radu Jude sur l'hypocrisie face au sexe et la misogynie, il reprend une structure proche pour traiter de la dureté du libéralisme et encore de la misogynie avec moins de réussite. L'histoire beaucoup moins drôle est plombée par des longueurs comme les trajets en voiture pour montrer l'agressivité routière à Bucarest et la durée démesurée de la journée de travail d'Angela, et des lourdeurs comme les vidéos TikTok qu'elle tourne dans la peau d'un personnage horriblement misogyne ne sont pas très drôles et leur répétition amène une monotonie pénible.

Le cinéaste roumain empile les références prestigieuses et sulfureuses dans les dialogues sans dépasser le stade du film édifiant pour dénoncer une société vulgaire, abusive et violente. Cela donne une réflexion assez brouillonne filmée par une caméra poussive, la réalisation à base de longs plans fixes manque vraiment de mordant et de richesse. Jude laisse les personnages seuls avec leur impuissance et leur souffrance, difficile alors d'être ému par le simple constat de vies malheureuses.
Adelme D.Otrante
Adelme D.Otrante

228 abonnés 1 480 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 5 octobre 2023
Angela est conductrice de taxi dans la Roumanie communiste et misogyne des années 70. Angela est chargée de production cinéma dans la Roumanie capitaliste et cynique de notre siècle. Elle a un alter-égo masculin, Bobita, qui déblatère des immondices sur Tik Tok, et ça marche bien elle a des vues. Ce film post-Godard surfe d'un personnage et d'une époque à l'autre dans un cut-up kaléidoscopique plutôt réussi. Mais il demande beaucoup d'implication et surtout de patience au spectateur. Et après avoir déjà enduré une succession de plans en hommage aux accidentés d'une route reliant la capitale, le tout sans aucun son pendant trois bonnes minutes, le plan fixe d'une demi-heure clôturant le film m'a définitivement perdu.
Hotinhere

790 abonnés 5 461 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 3 juin 2024
Une satire déjantée et corrosive (mais ternie par trop de longueurs, avec notamment une dernière scène en plan séquence interminable) des travers de la société d’ajd.
AZZZO

363 abonnés 996 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 8 octobre 2023
Un film totalement déroutant... ou plutôt "routand" vu le très grand nombre de minutes passées dans l'habitacle de la voiture de Doris. Il ne faut pas se mentir, les trente premières surprennent au point parfois de se demander s'il faut rester dans la salle (le film dure 2h40). Mais la réponse se révèle rapidement : oui ! Car le film de Radu Jude est non-seulement cinglant sur le fond mais aussi terriblement innovant sur la forme. A l'instar de Soljenitsyne qui critiquait le goulag en racontant la journée d'Ivan Dennissovitch, Radu Jude dénonce l'ubérisation de notre société en filmant la journée de sa jeune assistante. On bouffe du bitume pour bien comprendre la réalité de cette course à la monnaie et il y a quelques scènes incroyables, en particulier cette succession silencieuse de plans de trois secondes que je ne raconterai pas et ce plan-séquence final, caméra fixe, de 45 minutes. A recommander aux cinéphiles qui applaudissent la créativité.
Lola. S.
Lola. S.

7 abonnés 10 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 10 octobre 2023
J'avais déjà adoré son précédent film "Bad Luck banging or loony porn" mais celui-ci est encore plus jouissif, fou, libre et sans concession sur notre époque. Entre la descente aux enfers et la montée d'acide, on est pris dans un tourbillon d'images qui vous feront dire à coup sûr : "je n'ai encore jamais vu ça au cinéma".
FaRem

10 571 abonnés 11 446 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 8 mai 2024
Angela travaille comme assistante de production, un job éreintant où elle se sent totalement exploitée. N'ayant pas le choix, elle serre les dents et enchaîne les cafés pour mener à bien sa mission qui consiste à caster des victimes d'un accident de travail pour une publicité sur la sécurité au travail. Si les conditions de travail sont évoquées, il n'y a pas vraiment de sujet principal dans ce nouveau Radu Jude. Il est question de l'externalisation, de l'Union européenne, de corruption politique, de racisme et de la vie de tous les jours en Roumanie. Une satire qui oppose le monde d'aujourd'hui à celui des années 80 avec le réalisateur qui n'hésite pas à ponctuer son film de véritables scènes du film "Angela merge mai departe", un godardien de 82 qui suivait le quotidien banal d'une chauffeuse de taxi également appelée Angela. La structure est ici un peu redondante avec un trajet en voiture, une rencontre, un coup d'œil dans le temps et un délire d'Angela qui utilise un filtre pour s'évader en imitant des gens comme Andrew Tate. Derrière son filtre ou non, Ilinca Manolache est géniale. Elle incarne une femme franche, excentrique, vulgaire et entière. Malgré une certaine redondance, "Nu astepta prea mult de la sfârsitul lumii" n'est jamais ennuyeux. Il n'y a que la dernière partie qui n'a pas du tout marché de mon côté, mais tout ce qu'il y a avant est pas mal.
Arthur Debussy
Arthur Debussy

189 abonnés 772 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 21 octobre 2025
Radu Jude joue avec la patience et même les nerfs du spectateur. « N'attendez pas trop de la fin du monde » est interminable, sa longueur de 2h43 n'étant clairement pas justifiée. Le film est complètement inégal. Il y a un certain nombre d'excellentes séquences, mais aussi beaucoup de passages inutiles. Du moins en apparence. Car Radu Jude nous livre une expérience cinématographique en tant que telle. Il nous confronte à l'ennui, à la banalité et parfois même à la médiocrité de notre vie, loin des paillettes et du glamour hollywoodien. Avec de la musique bien débile à fond la caisse pour nous maintenir éveillés, littéralement.

Une fois de plus, c'est un cri du cœur du cinéaste roumain face à la bêtise et à la méchanceté de notre monde contemporain, pris en étau entre l'ultralibéralisme qui gangrène nos sociétés, et le cancer du fascisme/populisme, qui croît à une vitesse fulgurante partout dans le monde, y compris dans notre Occident soi-disant civilisé. Il faut dire que les fléaux du 20e siècle n'ont pas été totalement vaincus. Il y a pas mal de monde en Europe aujourd'hui, et pas seulement à l'Est, qui regrette le nazisme et le communisme lénino-stalinien. La France n'est bien sûr pas épargnée, la Roumanie non plus.

Face à ce constat qui incite au désespoir, Radu Jude sort deux armes : l'humour et l'intelligence. Il se moque outrageusement des fascistes contemporains – Orban, Poutine et compagnie – mais aussi des capitalistes hypocrites et vénaux, prêts à tout pour exploiter les êtres humains jusqu'à ce qu'ils en crèvent. Le cinéaste roumain use aussi beaucoup d'humour absurde, dans le ton de notre époque complètement folle, comme lors de cette séquence hilarante où l'héroïne raconte un contentieux juridique à propos d'une exécution par balles.

Radu Jude s'en remet également à l'intelligence de ses semblables. D'abord par la culture, son film regorgeant de citations lettrées, souvent amusantes et décalées, mais propices à la réflexion. Comme un moyen d'honorer la richesse culturelle et la complexité de notre continent, les hommes et femmes de savoir – pour ce qui est des bien intentionnés – ayant aidé l'humanité à progresser ne serait-ce qu'un peu. Ensuite, il place au cœur de ses œuvres l'Histoire. Il rappelle les tragédies passées, pour ne pas oublier et faire en sorte qu'elles ne se reproduisent pas (rien n'est moins sûr). Mais aussi car l'Histoire et la mise en lumière des faits et des idéologies du passé permettent d'éclairer et de mieux comprendre le présent, voire même de prévoir en partie l'avenir. A titre d'exemple, même s'ils n'ont pas été crus, certains avaient anticipé l'invasion russe en Ukraine de février 2022, dont les fondements, parmi lesquels ce fameux nationalisme impérialiste russe, remontent à plusieurs siècles en arrière.

Mais Radu Jude ne verse pas pour autant dans le didactisme simpliste. Il prend les spectateurs à rebrousse-poil, choque pour secouer et réveiller des Occidentaux endormis par la lâcheté et le poison des fake news, ces vérités alternatives, qui disloquent nos démocraties. Les films de Radu Jude se méritent, il faut passer outre la vulgarité de façade et l'apparent cynisme, pour discerner l'angoisse d'un cinéaste et artiste face à un monde en décomposition... Sans doute faut-il adopter l'attitude de son anti-héroïne Angela, dire f*** aux tyrans, promouvoir la vérité même la plus crue... et travailler pour faire advenir un monde plus humain, à notre mesure, malgré nos compromissions et nos faiblesses.
JUJUBE20
JUJUBE20

36 abonnés 59 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 2 novembre 2023
Le plus grand des cinéastes roumains signe une nouvelle merveille. A travers la journée déjantée d'une assistante de production surmenée, qui conduit sans fin sa voiture pour trouver les éclopés les plus Instagrammables à interviewer, se superposent trois époques : le passé communiste (avant la destruction d'un quartier entier par Caucescu) paradoxalement traité en couleurs, les conséquences de la libéralisation après 1989 avec une critique libertaire de l'ultra-libéralisme, en noir et blanc, et notre 21eme siècle où les réseaux sociaux peuvent se faire caisse de résonance des plus drôles et plus crues provocations sexuelles (bel hommage rendu à Charlie Hebdo et Salman Rushdie), avec filtres psychédéliques déformants. Ici fond et forme se rejoignent, références culturelles les plus subtiles et mauvais goût le plus appuyé se conjuguent, musiques de tous les styles se télescopent : le patchwork de notre temps... avec une mise en abîme sublime, sur la plus belle façon de filmer la vraie prévention des accidents, non comme un film d'entreprise quelconque, mais en plans fixes sur des croix de diverses formes et couleurs au bord d'une route...
Bertie Quincampoix
Bertie Quincampoix

142 abonnés 2 053 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 8 janvier 2024
Deux ans après le bien nommé Bad luck banging or loony porn, le cinéaste roumain Radu Jude nous offre ici une nouvelle satire d’une ironie mordante et d’une contemporanéité folle, dressant le portrait d’un pays rongé par une ubérisation à tout va, un capitalisme sauvage et la mainmise condescendante des pays d’Europe de l’ouest. Dans ce film volontairement trop long de 2h45, il nous embarque dans le road trip urbain d’Angela, qui parcourt de long en large une Bucarest congestionnée et peuplée de conducteurs machistes. Assistante de production, elle mène un casting de personnes victimes d’un accident du travail, spoiler: non pas dans une optique d’indemnisation ou de dénonciation de leurs conditions de travail harassantes, mais pour les faire apparaître dans le spot de l’entreprise autrichienne responsable de leur sort, qui a eu l’idée de faire passer à travers eux un message de respect des règles de sécurité.
Pour décompresser de journées harassantes en contradiction avec son moi profond, Angela se filme régulièrement sous les traits d’un avatar numérique qui profère les pires horreurs, dans une visée nihiliste de dénonciation de l’état du monde. Ce long-métrage dense, punk et résolument politique prend par ailleurs une tournure historico-poétique lorsqu’il nous donne à voir, parallèlement à son intrigue principale, les images d’un film roumain de 1981 sur une femme taxi, qui questionne une période révolue et offre des séquences de grâce lorsque l’actrice du film d’origine fait une apparition rayonnante sous les traits d’une femme de 80 ans. Une œuvre passionnante, militante, dérangeante et mordante. En un mot, salutaire.
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