Après plusieurs courts-métrages remarqués et la série Ceux qui rougissent, le réalisateur Julien Gaspar-Oliveri signe son premier long-métrage avec La Frappe. Longtemps réticent à aborder de face la question du père et de l'inceste dans ses écrits, le cinéaste a eu un véritable déclic en plein confinement. Il se rappelle : « Une nuit en plein confinement, j'écris une scène dans laquelle le personnage va chercher cet amour-là auprès de son père... Je ne pouvais plus éviter le père. Le film est né de ce refus de l'évitement ».
Pour interpréter le rôle d'Enzo, Julien Gaspar-Oliveri cherchait un jeune comédien capable d'exprimer un tiraillement intérieur permanent et une grande vulnérabilité. Il a trouvé en Diego Murgia une présence instinctive particulièrement troublante. Le cinéaste se souvient : « Diego a un visage qui se trahit beaucoup. Il peut sourire et donner l'impression qu'il va se mettre à pleurer. Il m'échappe... Je cherchais quelqu'un qui tremble tout le temps, même en disant "je vais bien" ».
Bien que le film aborde un sujet profondément autobiographique pour Julien Gaspar-Oliveri, La Frappe n'en demeure pas moins une pure œuvre de fiction. Le réalisateur a scrupuleusement évité l'écueil du documentaire ou de la simple thérapie personnelle. Son objectif dramatique était avant tout d'explorer la contradiction terrible du traumatisme incestueux, en imaginant le parcours d'un jeune homme qui tente par tous les moyens de préserver la figure paternelle.
Pour incarner le rôle déterminant de la sœur frondeuse, l'équipe du casting a auditionné un nombre considérable de jeunes comédiennes à Paris. Le réalisateur recherchait une colère authentique qu'il n'a trouvée que chez Romane Fringeli. Lors des essais, l'intensité de l'actrice était telle qu'elle a littéralement jeté des feuilles au visage de l'assistante de casting, une violence d'interprétation qui a immédiatement convaincu le cinéaste et impressionné son partenaire Diego Murgia.
Pour prêter ses traits au père agresseur, Julien Gaspar-Oliveri a délibérément choisi Bastien Bouillon, un comédien au capital sympathie très fort. Le réalisateur souhaitait éviter les clichés du méchant immédiatement identifiable. Il explique d'ailleurs : « C'était important qu'on comprenne qu'un père qui inceste, ça peut être n'importe qui... Plus il est séducteur, séduisant, plus on est, en tant que spectateur, au cœur de la problématique ».
Afin d'obtenir une esthétique proche du documentaire et d'immortaliser une émotion brute, le tournage s'est déroulé sans préparation lourde, sans répétition et sans étape de coiffure ou maquillage. Soucieux d'immortaliser la texture réelle de la peau, le directeur de la photographie Martin Rit a adapté un objectif spécifique sur la caméra numérique pour retrouver le grain chaleureux et imparfait du format 16mm.
Pour Julien Gaspar-Oliveri, le son primait sur l'image pour retranscrire la lourdeur du traumatisme et des silences familiaux. L'équipe s'est grandement inspirée de l'univers moite et poisseux de La Ciénaga, le premier long-métrage de la réalisatrice argentine Lucrecia Martel. Une attention toute particulière a été portée au moindre détail sonore du quotidien (bruits de frigo, respiration, climat) pour nourrir l'atmosphère oppressante du récit.