Les Hauts de Hurlevent
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weihnachtsmann

1 617 abonnés 5 723 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 26 décembre 2020
C'est comme si le réalisateur tirait de cette histoire le côté le plus noir de l'amour fou. Le romantisme hallucinant de deux êtres qui se savent liés même dans l'au-delà tel une malédiction. On y est presque d'ailleurs tant le serviteur joue le rôle du chœur à force de lire tout le temps les paroles divines comme un jugement dernier.
Fort et prenant.
anonyme
Un visiteur
2,5
Publiée le 13 février 2014
Une belle réalisation même si le scénario apparaît un peu bâclé et moyennement convaincant. Je préfère du Bunuel plus engagé.
Yasujirô Rilke
Yasujirô Rilke

272 abonnés 1 059 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 1 mars 2007
Film passionnel adapté de l’oeuvre d’Emily Bontë "Les Hauts de Hurleven", «Abismos de pasion» (Mexique, 1954) se départage des autres films de Luis Bunuel à tendance plus surréaliste. Différant donc de «Subida al cielo» (Mexique, 1951), «El Angel exterminador» (Mexique, 1962) ou même de «Viridiana» (Espagne, 1961). Plus académique dans son histoire (logique en vue du matériel original : un classique littéraire), le film n’en est pas moins débordant de la fougue qui qualifie ce qu’on appelle «la patte bunuelienne». C’est ce qui fait d’une bonne adaptation une réussite magistrale. Le choc passionnel des caractères donne à vivre une histoire enivrante. Le plus immersif étant la vivacité avec laquelle on est plongé dans le récit, nous laissant imaginer les antécédents du film (antécédents clairement illustré dans l’adaptation de William Wyler). Bunuel ne s’embourbe pas d’un récit purement déictique et classique, il s’intéresse et met clairement l’accent sur la passion. Car le réalisateur ne nous parle pas d’amour mais de la passion dans toute l’amertume de sa démesure. Pas de demi- mais point d’extravagance outrancière non plus, Bunuel illustre parfaitement l’impureté (incrusté également dans les décors) des abîmes de la passion. Pour ce qui est du jeu d’acteurs, Luis Bunuel arrive à donner un contre-emploi à Lilia Prado (la tentatrice de «Subida al cielo») et à Luis Aceves Castaneda (le gentil garde dans «La Fièvre monte à El Pao» (France-Mexique, 1959) et le bon chauffeur de «Subida al cielo»). Bref, «Abismos de pasion» derrière des traits trompeurs de simple adaptation est une grande œuvre de Luis Bunuel, remplie de passion et de sa violence lyrique nécessaire.
RenardDesSteppes
RenardDesSteppes

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4,0
Publiée le 7 octobre 2025
"Les Hauts de Hurlevent" par Luis Bunuel, ou comment un homme sacrifie sa passion à sa vengeance.
Par une nuit d'orage, un étranger tout de noir vêtu, chapeau sur la tête, bottes aux pieds et canne à la main arrive dans un village perdu des montagnes mexicaines. Il frappe à la fenêtre d'une vieille maison en pierre pour y trouver refuge mais on lui refuse l'entrée. Qu'à cela ne tienne, il brise violemment la vitre et s'introduit dans la demeure, bien décidé à retrouver sa bien aimée et à se venger de tous ceux qui l'ont fait souffrir par le passé.
N'ayant ni lu le roman d'origine, ni vu d'autres adaptations de celui-ci, ni entendu parler du film avant de l'appercevoir par hasard dans les rayons de la médiathèque, ni même visionné d'autres films de Luis Bunuel, je ne pourrai le juger que pour ses propres qualités. Mais quelles qualités ! Car l'ouverture du film annonce d'emblée la noirceur du drame à venir, autant dans l'histoire d'Emiliy Brontë que dans les visuels de Luis Bunuel.

Commençons par l'histoire. Le film suit la confrontation entre une famille bourgeoise et un domestique vengeur : Alejandro. Après dix ans d'absence il désire revivre son amour avec Catalina, mais celle-ci a épousé Eduardo, nouveau propriétaire de la demeure dont il va entreprendre de se venger par le biais de sa soeur Isabel. Les personnages secondaires sont Ricardo, l'ancien maître de maison ruiné au jeu, son jeune fils et un vieillard qui se voient contraint d'accepter Alejandro dans leur ferme isolée. L'histoire se concentre principalement sur le problème du quatuor amoureux, a priori insolluble tant l'écriture insiste sur les contrastes entre les personnages. Ainsi les deux hommes et les deux femmes qui composent ce quatuor représentent deux versions opposées de la masculinité et de la féminité. Eduardo incarne une masculinité passive, inoffencive, qui privilégie la raison aux sentiments. En témoignent sa confiance aveugle envers les femmes qui l'entourent et son incapacité à agir physiquement pour conserver ce qu'il souhaite. Son activité principale consiste à tuer et collectionner des insectes, un hobby présenté comme assez pathétique, symbole d'une âme glacée par le temps et d'une violence refoulée. Au contraire Alejandro incarne une masculinité active, dangereuse, gouvernée par une passion malsaine et les plus bas instincts de l'homme. Il est une bête révoltée contre ses maîtres : de l'écurie dans laquelle il fut confiné adolescent il a hérité son comportement animal, et de dix ans d'aventure son attitude de chasseur. Presque comme un loup garou, mi-homme mi-bête, il passe ses nuits à errer dans la montagne, épiant son amour a travers les arbres et violant sa demeure en brisant brutalement portes et fenêtres. Alejandro est un homme mauvais dès le début de l'histoire, c'est lui qui ouvre et conclut l'intrigue, c'est sa seule volonté de nuire qui fait avancer le récit. En cela il me rappelle le machiavélique Iago de "Othello" qui fait tourner à lui seul les engrenages de l'histoire. Comme lui Alejandro est une force du mal créatrice, un homme auquel le diable a cédé une partie de sa malfaisance pour accomplir sa vengeance, l'empêchant en contrepartie de satisfaire sa passion amoureuse pour Catalina. Une passion réciproque, bien que Catalina soit pleinement consciente de la monstruosité d'Alejandro, qui a toujours sommeillée en lui. Elle ne peut ni se résoudre à quitter Eduardo, ni à ignorer Alejandro qu'elle voit en cachette malgré les interdictions de son mari. Catalina est une femme qui ne veut se soumettre à aucun homme car elle aime chacun d'eux pour des raisons différentes, mais par conséquent elle ne parvient pas à être heureuse. Sa belle soeur Isabel est différente car elle n'est pas mariée, et naïvement amoureuse de Alejandro. Elle est plus innocente mais moins raisonnable car en acceptant de choisir elle tombera dans les griffes du démon.

Dans le film les désirs des personnages sont exprimés au travers de nombreux dialogues, qui nous permettent de savoir exactement ce qu'ils pensent. Bien que la langue espagnole leur confère un certain charme, j'ai d'abord trouvé ce choix un peu dommage car je ne suis pas un grand amateur des répliques littérales. Je préfère lorsque les pensées des personnages sont cachées, leurs actions ambigües, et que leurs interactions reposent sur les regards ou le visuel. Cependant force est de constater que cette honnêteté totale des protagonistes aide à transmettre la tragédie de la situation et l'inéluctabilité de leurs destins. Néanmoins je reste persuadé que le film aurait pu se passer de ces nombreux dialogues, car les partis pris visuels de Luis Bunuel parviennent à conter l'histoire avec bien plus de force.

Premièrement l'intrigue prend place dans un contexte isolé dont nous savons à vrai dire très peu de choses. Filmé dans un noir et blanc extrêmement contrasté, les paysages arides de la montagne, les ruines et vieilles bâtissent en pierre, mais aussi les éléments naturels comme le soleil brûlant ou la nuit orageuse constituent un environnement hostile propre à l'exaltation des passions.
L'apparence des personnages est quant à elle révélatrice de leurs personnalités. Catalina et Isabel sont souvent vêtue de blanc pour représenter la pureté de leurs sentiments, tandis que Alejandro est constamment vêtu de noir pour symboliser sa malveillance. Ses vêtements sont ceux d'un chasseur, son visage serré entre une chevelure noir et des rouflaquettes aiguisées évoque celui d'un loup ou du diable. Si Alejandro parvient a duper Isabel par de fausses attentions, son apparence, elle, ne trompe pas le spectateur.
Si la caractérisation de ce personnage est l'un de mes aspects préféré du film, l'architecture en est un autre. Alors que les extérieurs des maisons évoquent des architectures rurales familières, les intérieurs sont construits de toute pièce pour refléter le statut des personnages. La demeure de Eduardo, Catalina et Isabel est une maison traditionnelle, dont les espaces sont remplis de mobilier luxueux, de colonnes d'inspiration néo-classique ou encore d'une grande cheminée apaisante, qui reflètent leur aisance sociale. Leur maison offre un cadre de vie agréable et bourgeois mais elle a aussi endormi leurs passions. Lorsqu' Alejandro pénètre par effraction dans le bâtiment , il rompt la frontière protectrice entre le dedans et le dehors, il commet un acte de rébellion envers la bourgeoisie, lui montrant que son confort n'est qu'une illusion aussi fragile qu'une paroi de verre. Il porte avec lui non seulement sa propre haine, mais également le danger d'un monde extérieur pouvant ressurgir à tout moment : de cette manière il devient une figure presque allégorique du danger qui nous entoure. L'origine de ce mal semble évidente lorsqu'on découvre enfin "La Grange" dans laquelle a grandit Alejandro, haïe fort justement par Eduardo. L'apparence traditionnelle de cette architecture cache un chaos intérieur tout droit sorti du cinéma expressionniste allemand : un espace démesurément grand pour ses habitants, construit par une juxtaposition absurdes de poutres en bois gigantesques, de colonnes primitives compressées par les charges de murs en pierre énormes, d'un escalier distordu, meublé d'une unique table centrale et d'un foyer minuscule auprès desquels les personnages vivent leur châtiment quotidien. "La Grange" semble n'être constituée que de cette seule pièce monumentale où sont réunis tous les âges de la vie (l'enfant, Ricardo et le vieillard) sous la gouverne de l'horrible Alejandro, devenu maître de l'enfer qui l'a créé autrefois. Si la demeure bourgeoise d'Eduardo est une architecture protectrice et apaisante, celle de Alejandro est tout le contraire : oppressante et aliénante. C'est dans ce prugatoire que Ricardo expie son crime de s'être ruiné au jeu, sombre dans l'acoolisme et maltraite son fils, et Isabel celui d'avoir abandonné sa famille pour un homme maléfique. En fin de compte Luis Bunuel ancre dans l'architecture toute la tension dramatique de son récit, jusqu'à en faire la cause même du mal qui s'empare des individus.

Vous l'avez compris "Les Hauts de Hurlevent" est selon moi un excellent film de Luis Bunuel. Bien que souvent un peu trop bavard à mon goût, il sait tirer parti de la noirceure de son intrigue pour dresser des portraits d'hommes et femmes ambigüs. En particulier la figure tragique de Alejandro, aveuglé par la vengeance au point d'en avoir perdu toute son humanité et la femme qu'il aimait, retient mon attention. Ces éléments issus du roman sont amplifiés par le style visuel de Luis Bunuel, qui parvient à faire de son personnage principal une allégorie du mal qui habite notre monde. Un mal prêt à resurgir, tapi dans les montagnes reculés, les bâtisses anciennes ou la pénombre d'une nuit d'orage.
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