Retour du réalisateur David Robert Mitchell, habitué du genre mystérieux, qui pop après 8 ans d'absence avec cet hommage aux années 80 qui nous transportera aisément dans la nostalgie, avec cette famille traditionnelle pleine de sentiments, et l'incursion de dinosaures dans le quotidien d'un monde pas encore prêt à ce genre de rebondissement.
On est capté par le vertige que représente ce vestige du passé qui vient percuter les certitudes et les habitudes de chacun, et qui servira avant tout d'allégorie pour l'introspection de ces personnages tourmentés et fragilisés par un manque de communication, d'expression, et dont cette confrontation leur permettra de se trouver, de s'affirmer, et d'avancer de nouveau ensemble.
Le film jongle avec conscience sur les limites de la fiction, et le processus de création, à la fois artistique, cinématographique et psychologique, où l'élément perturbateur d'un récit, de l'histoire, ou d'une mémoire devient une force invoquée, une nécessité dans le processus de progression, ou d'évolution de la civilisation et de tout individu. Le film, tout comme son titre, pouvant ainsi s'interpréter par l'angle choisi, où chaque situation correspondrait à une étape symbolique, autant du spectateur que de son auteur, à l'intérieur et à l'extérieur de cette bulle du quatrième mur.
D'un autre côté, malgré un excellent casting et l'originalité d'un retour aux sources qui séduira, on pourra ne pas totalement adhérer à la tonalité du film, qui bascule parfois de l'humour un peu décalé à une surprenante cruauté. On ne trouvera pas non plus de véritable identité concernant le bestiaire, qui manquera son échelle de grandeur, et ne parviendra pas à franchir son statut de référence, préférant se focaliser sur le conflit conjugal et familial très convenu pour le genre aventure/catastrophe mais permettant au plus grand nombre de s'identifier aux problèmes et relations du quotidien.
La fin pourra aussi donner l'impression de ne pas assumer totalement son propos, conduisant les fans du réalisateur à s'interroger sur ses intentions, qui ne retrouveront pas la force de ces deux derniers films, et à constater que celui-ci n'est pas de niche, mais orienté blockbuster pour un large public, avec un propos simplifié, et porté sur l'accessibilité. C'est lorsqu'on lui prêtera les allures de divertissement un peu surjoué et assumé dans ses excès, ou son absurdité, que l'on trouvera du plaisir à cette ravivication.
C'est aussi un film très moderne qui impose son cahier des charges comme bon nombre de films, avec ici les hommes représentés comme des idiots simplistes et croyants, et les femmes comme des personnages éclairés, pleins d'indépendance et de lucidité, seules se préoccupant, interrogeant et affrontant les difficultés au nom des véritables valeurs. Que ce soit pour la famille, mais aussi tous les personnages secondaires du voisinage, on pourra faire une liste assez conséquente des travers dans la narration des garçons : violence, vengeance, égoïsme, la peur et le besoin d'assistance, jusqu'au boutisme pour le fils, là où l'on trouvera chez les rôles féminins : de la bravoure, du courage, et de la détermination, devenant l'écho à cette confrontation, cette irruption des forces de la nature qui viennent chambouler ce monde patriarcal et archaïque, inversant les rôles et les gens, une réalité dans laquelle on ne peut plus faire, comme si de rien n'était !
Intéressé pour être chamboulé dans vos opinions de films et séries en tout genre ? Venez affronter les dinosaures de vos esprits et trouver la bulle de votre récit ! senscritique . com/Illusionperdue